jeudi 18 mars 2021

François-Joseph Ier et l'Empire ottoman



"Revue des Revues : L'empereur François-Joseph", La Croix, 9 septembre 1930, p. 4 :


"Pour juger François-Joseph, il ne faut jamais perdre de vue ses traditions de famille, son éducation militaire, l'empreinte exercée sur lui par les puissantes personnalités de Metternich et de Schwarzenberg, et les leçons de politique intérieure et extérieure qu'ils lui avaient laissées. Par nature et par éducation, il était profondément convaincu que son devoir essentiel était de maintenir intacte la puissance de l'Empire qui lui était confié. Or, en 1848, la Révolution avait mis cette puissance et l'existence même de la dynastie à deux doigts de leur perte, et il n'avait pu en triompher que par son armée. Il resta donc toujours hostile à tout pacte avec le libéralisme et avec le nationalisme, ces deux enfants de la Révolution. Mais d'autre part — et c'est ce qui fait la grandeur tragique de sa destinée, — les nations qui lui étaient confiées réclamaient des réformes incompatibles avec ses propres convictions. Il passa sa vie à chercher un compromis entre son devoir dynastique et la nécessité de faire des concessions au temps où il vivait.

Sa politique intérieure était inséparable de sa politique extérieure. S'il ne voulait pas s'écarter du pouvoir absolu basé sur la force, il devait renoncer à toute idée de combattre le tsar, qui représentait ce principe et qui l'avait fait durement sentir aux Hongrois. Or, l'attitude ambiguë et presque hostile de François-Joseph pendant la guerre de Crimée irrita profondément le tsar, qui croyait pouvoir compter sur sa reconnaissance. Depuis cette époque, le ressentiment réciproque des Hongrois et du tsar s'opposa à tout rapprochement entre la Russie et François-Joseph. Celui-ci aurait dû trouver un accueil plus favorable du côté de la France, dont il n'était séparé par aucune divergence d'intérêts. Mais Napoléon III ne pensait qu'à l'Italie, pour laquelle il devait faire la guerre à l'Autriche.

Cependant, après la bataille de Solférino, quand François-Joseph et Napoléon III se rencontrèrent à Villafranca, on put croire à une collaboration durable. « Ce que vous appelez le principe des nationalités, je l'appelle la révolution », disait François-Joseph, caractérisant ainsi le malentendu fondamental des deux régimes. Néanmoins, il était toujours favorable au projet d'une confédération italienne qui eût assuré l'unité de l'Italie sans porter atteinte aux droits des différents Etats."


François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003, p. 33-34 :


"Partout, les souverains européens ont rivalisé [en 1867] pour accueillir le sultan [Abdülaziz] et sa suite, pour éblouir leurs hôtes : réceptions, défilés militaires, manœuvres navales, feux d'artifice, bals, soirées à l'opéra, concerts, promenades, visites, rien ne manque aux fastes protocolaires. Partout l'accueil des foules, poussées par la curiosité de voir, pour la première fois, le souverain ottoman, a été enthousiaste. Abdülaziz est particulièrement touché par l'accueil que lui réserve François-Joseph, le seul parmi les souverains européens qui se soit comporté avec lui « comme un frère ». (...)

A Vienne, où il [le prince Abdülhamit, neveu d'Abdülaziz] tombe malade, et qu'il doit quitter quelques jours après le cortège impérial, il est très touché par les attentions de François-Joseph à son égard."


Erich Feigl, Un mythe de la terreur. L'extrémisme arménien : ses causes et ses origines, Salzbourg, Druckhaus Nonntal, 1991, p. 58 :


"L'Allemagne de Bismarck et l'Autriche de l'Empereur François-Joseph déjouèrent avec la Grande Bretagne les projets du Tsar de mettre à exécution la liquidation de l'Empire ottoman préparée dans le traité de San Stefano [en 1878]."

Voir également : Le traité de paix entre les Habsbourg et Süleyman Ier (1547)

XVIIe siècle : l'Europe des Habsbourg et l'"apaisement turc"

Ömer Lütfi Paşa alias Mihajlo Latas

La conservation de l'héritage ottoman dans la Bosnie austro-hongroise

François-Ferdinand d'Autriche, un "ami des Turcs"

L'opération terroriste "Némésis" : des crimes de la haine

Les déportations de populations civiles durant la Première Guerre mondiale : l'exemple de la Bosnie austro-hongroise

Le pape Benoît XV et l'Empire ottoman