samedi 27 février 2021

Les Jeunes-Turcs et le sionisme


Theodor Herzl (partisan de la création d'un foyer national juif sous suzeraineté ottomane et sous la protection de l'Allemagne wilhelmienne, intégrant les musulmans locaux), lettre à Abdülhamit II (sultan partiellement d'origine juive, dont le règne a correspondu à une augmentation de la proportion de Juifs dans la fonction publique ottomane et en Palestine), citée dans son journal intime, 17 juin 1901, source : Theodor Herzl, Theodor Herzls Tagebücher, 1895-1904, volume III, Berlin, Jüdischer Verlag, 1923, p. 72-73 :


"Je ne sais pas s'il m'est permis de mentionner une autre chose. Je le fais sous toutes réserves, désirant avant tout ne point déplaire à V. M. I. [Votre Majesté Impériale] On est venu me trouver pour me dire qu'il y a à Paris un écrivain Mr. Ahmed Riza qui s'est fait connaître par ses attaques contre le Gouvt. Imp. On m'a dit qu'il y avait moyen de faire cesser ces attaques. J'ai pris simplement note de cette proposition sans me prononcer d'aucune façon, car il ne m'appartient pas de me mêler en quoi que ce soit aux affaires de ce genre, si désireux que je sois de servir en toute occasion l'auguste personne de V. M. I. Je ne ferai rien sans ordre, je ne verrai même pas ce monsieur sans autorisation. Mais si V. M. I. le croit utile, je m'occuperai de la chose, et il reste bien entendu que pour faire cesser les attaques je n'accepterais aucune récompense, excepté un mot de contentement de V. M. I., qui est pour moi la plus haute des récompenses.

J'ai, Sire, l'honneur, d'être de V. M. I.
le très humble et très obéissant serviteur."


Sam Lévy (journaliste juif et antisioniste de Salonique, sympathisant de l'Entente libérale, parti d'opposition au Comité Union et Progrès), lettre au Journal de Genève, reproduite dans L'Univers israélite, n° 8, 29 octobre 1915, p. 202 :


"Votre correspondant dit que « les deunmés se sont posés en champions du sionisme intégral » ; que « le résultat de l'activité turbulente des deunmés fut la révolution turque » ; que Talaat bey est un deunmé de Salonique » et que « Djavid bey était un petit employé des postes ».

N'ayant absolument rien de commun avec les juifs et le judaïsme moderne, dont ils sont même les ennemis, les deunmés ne se sont jamais occupés de sionisme. Cette doctrine, qui veut la restauration du royaume de Judée, ne compte que peu d'adeptes à Salonique.

La révolution turque n'est nullement l'oeuvre des deunmés, malgré la présence d'un des leurs, Djavid bey, au sein du comité Union et Progrès. Talaat bey est un bon musulman et un brave et honnête garçon. Djavid bey, dont je n'aime pas la politique, était professeur d'économie politique à la Faculté de Constantinople. Il était très érudit.

Djavid bey, qui est un grand orateur, n'a jamais parlé du haut du balcon du Cercle de Salonique. Il se trouvait à Bucarest au moment où la révolution turque éclata."


"Turquie et Sionisme", L'Univers israélite, n° 21, 4 février 1910 :


"Le docteur Nazim Bey [issu d'une famille de Turcs ethniques de Macédoine, et non de dönme], un des chefs les plus écoutés du parti jeune-turc, a eu avec un rédacteur du Journal de Salonique [dirigé par Sam Lévy], au sujet du récent Congrès sioniste et des vues qui y ont été exposées, un entretien dont nous extrayons les principaux passages :

— Les israélites, déclare Nazim Bey, qu'on dit être si prosaïques, se lancent dans des utopies, dans des idées absolument irréalisables.

— Qui vous dit que l'idéal sioniste est du domaine du rêve ?

— Mais nous tous nous le soutenons et je crois que nous ne nous trompons pas. Vos sionistes effraient la masse turque. Quant à l'élite, elle ne permettra jamais une concentration juive en Palestine. Jamais, au grand jamais, tant que nous vivrons et je crois que nous n'avons pas le pied dans la tombe.

« Si nous sommes favorables à une émigration juive chez nous, ce n'est pas uniquement parce que nous y trouverons notre compte. Les israélites nous apporteront des intelligences ouvertes, des concours matériels, ils feront de très bons sujets ottomans, tout cela est vrai. Mais nous leur ouvrons nos bras pour les secourir dans la misère morale qui est la leur.

« Nous recevrons les juifs aussi par tradition. Quand la catholique Espagne les exila, nous fûmes heureux de les recevoir et nous ne nous sommes pas trouvés mal. Aujourd'hui que la Roumanie les soumet à tous les devoirs sans leur reconnaître presque aucun droit, nous sommes disposés à les accueillir encore une fois. Je crois que c'est un sentiment humain que celui de tendre les bras à celui qui souffre.

« Si nous voulons recevoir les juifs, c'est à condition de choisir nous-mêmes la région où ils devront immigrer. Ils viennent chez nous et déjà avant de venir ils posent des conditions. Avouez que c'est trop de prétention. Ils ne cachent pas qu'ils veulent venir en Palestine avec une nationalité et des revendications toutes faites. Nous qui avons déjà assez à faire avec les diverses nationalités, nous n'avons aucune envie de nous créer de nouveaux soucis." (p. 658-659)


Feroz Ahmad, The Young Turks and the Ottoman Nationalities : Armenians, Greeks, Albanians, Jews, and Arabs, 1908-1918, Salt Lake City, University of Utah Press, 2014 :


"Bien que le CUP n'ait eu aucun problème avec la communauté sépharade, il a eu des problèmes avec les sionistes ashkénazes qui s'étaient installés en Palestine ottomane et avaient conservé la citoyenneté russe, refusant de l'abandonner pour la citoyenneté ottomane. En 1914, les dirigeants sionistes négociaient avec la Porte à Istanbul, au sujet de la naturalisation des Juifs russes en Palestine. Alors que les négociations étaient en cours, le 17 décembre 1914, 500 Juifs russes ont été arrêtés par le kaymakam de Jaffa et déportés en Egypte. Arthur Ruppin [sioniste allemand et responsable de la colonisation juive en Palestine] s'est plaint aux autorités, mais sans effet. "Qu'un kaïmakam soit capable de détruire le travail de tant d'années en une seule journée m'a fait réaliser sur quelles bases faibles reposent tous nos efforts de colonisation." Le kaymakam Bahaeddin Bey se méfiait des intentions sionistes depuis un certain temps. Dans un article de journal cité par Ruppin, il affirmait que les sionistes "veulent établir leur propre gouvernement et émettent déjà des timbres... et des billets de banque... Ce qui est pire, il croit en fait toutes ces absurdités et a dit à d'autres responsables, en toute sincérité, que les sionistes ont déjà secrètement formé leur propre gouvernement... et que nous n'attendons que l'arrivée des Britanniques pour reconnaître ouvertement son existence." [Isaiah] Friedman attribue certaines des décisions prises contre les sionistes au caractère décentralisé du pouvoir ottoman ou à la faiblesse du gouvernement central. Le kaymakam Bahaeddin Şakir, écrivait-il, se sentait assez fort pour prendre la loi en main et ordonner l'expulsion des Juifs russes. Mais ce n'était pas un cas isolé pendant la guerre. Les gouverneurs agissaient souvent indépendamment des ordres de la Porte." (p. 107-108)


David Ben Gourion, Les Arabes, les Palestiniens et moi, Paris, Presses du temps présent, 1974 :


"Je rencontrai l'expression d'une opposition politique arabe au printemps de 1915, après que la Turquie fut entrée dans la guerre aux côtés de l'Allemagne. Avec I. Ben-Zvi , j'étudiais le droit à l'Université de Constantinople, où j'avais des camarades et des amis parmi les étudiants turcs et arabes. Nous ne parlions jamais du problème juif... Nous rentrâmes en Palestine pour les grandes vacances, au début d'août 1914 ; nous étions en route quand la guerre éclata. Jemal Pacha vint en Syrie-Palestine superviser le front Sud de l'Empire Ottoman. Il commença par réprimer le mouvement nationaliste arabe et pendit à Beyrout certains de ses dirigeants. En Palestine, il s'en prit au mouvement sioniste  ; quand on trouva nos noms (celui d'Isaac Ben-Zvi et le mien) sur la liste des délégués au Congrès Sioniste, nous fûmes interrogés par un officier turc et Jemal Pacha ordonna de nous expulser de l'Empire « pour ne jamais y revenir ». Nous restâmes arrêtés jusqu'à l'expulsion mais, en notre qualité d'étudiants inscrits dans une université turque, on nous traita avec bienveillance et on nous permit, pendant la journée, de nous promener dans l'enceinte du Sérail (groupe de bâtiments officiels comprenant également la prison). J'y rencontrai un étudiant arabe, Yehia Effendi, que j'avais connu à Constantinople. Quand il me demanda ce que je faisais là, je répondis que j'étais détenu et qu'on avait ordonné de m'expulser de l'Empire. Mon ami Yehia Effendi réagit en ces termes : « En tant qu'ami, je le regrette ; en tant qu'Arabe, je m'en réjouis ». Pour la première fois, j'entendis un Arabe exprimer une hostilité politique à notre égard." (p. 11)


J., "Le Sionisme, la Turquie et l'Allemagne", L'Univers israélite, n° 51, 25 août 1916 :


"Un télégramme de La Haye à l'agence Central News porte : « La légation de Turquie a publié un démenti formel aux bruits relatifs à des négociations entre la Turquie et M. Morgenthau sur la cession de la Palestine aux sionistes » (Jewish Chronicle du 11 août). Ce démenti peut paraître intéressé. Il est conforme en tout cas à l'attitude constante du parti jeune-turc vis-à-vis du sionisme. Les Jeunes-Turcs, nationalistes et centralisateurs, se sont toujours méfiés des aspirations sionistes. Quelques années avant la guerre, le sionisme a été dénoncé et réprouvé à la Chambre des députés ottomane. La guerre n'a pas changé les dispositions du parti gouvernemental, au contraire. C'est ce dont témoignent des déclarations toutes récentes de personnages influents de Constantinople. Hussein Djahid Bey, vice-président de la Chambre, a déclaré à un rédacteur du journal Jüdisches Echo que « la Turquie ne peut tolérer la fondation d'un Etat — non ottoman — dans l'Etat » et que ce n'est pas après avoir supprimé les Capitulations pour éliminer les tendances particularistes des nations étrangères qu'elle favoriserait un séparatisme juif en Palestine (Israël du 3 août). Talaat Bey, ministre de l'Intérieur, interviewé par un correspondant de l'Evening Mail sur l'attitude du gouvernement turc vis-à-vis du mouvement sioniste, a répondu qu'il « regardait avec défaveur les sionistes qui ont des ambitions politiques sur la Palestine et qu'il les considérait comme des ennemis de la Turquie. Toutes les parties de l'Empire, a-t-il ajouté, à l'exception de la Palestine, sont ouvertes aux juifs qui désirent devenir sujets ottomans ». Les Jeunes-Turcs voient dans les sionistes des ennemis de leur politique et de leur gouvernement et sont prêts à les persécuter autant qu'ils peuvent (Jewish Chronicle du 4 août). Le fait est que Djemal Pacha, le « proconsul » de la Syrie, s'en est pris aux sionistes de Palestine et à leurs institutions.

On peut juger après cela à quel point il est vraisemblable que le gouvernement turc, « après avoir hésité pour la forme (?), ait admis... le principe de cette cession » de la Palestine aux sionistes." (p. 609-610)


"Nouvelles diverses", L'Univers israélite, n° 22, 23 février 1917 :


"— Le gymnase juif de Jaffa a pu se maintenir jusqu'à présent, malgré les grandes difficultés du moment. Il compte cette année 446 élèves et 27 professeurs. L'inspecteur ottoman de l'instruction publique en Palestine, Djemal Bey [à ne pas confondre avec Cemal Paşa], qui vient de le visiter, a exprimé son admiration pour la remarquable tenue de cet établissement." (p. 532)


Isaiah Friedman, Germany, Turkey and Zionism, 1897-1918, Oxford, Oxford University Press, 1977 :


"Une atmosphère de morosité a envahi le Yishouv lorsque Djemal Pacha est arrivé à Jérusalem. Le grand rabbin et un certain nombre de notables venus l'accueillir l'ont entendu dire crûment que les Juifs palestiniens entretenaient des "aspirations séparatistes" ; le sionisme était un "mouvement révolutionnaire et anti-turc, qui doit être éradiqué''. Quelques jours plus tard, Zakey Bey [gouverneur de Jérusalem] a été démis de ses fonctions et Beha-ed-Din, précédemment destitué par la Porte, a été nommé par Djemal comme son adjudant et conseiller politique. De ce poste, Beha-ed-Din pouvait lancer une campagne antisioniste plus vigoureuse qu'auparavant. Les ordres, une fois imposés au seul district de Jaffa, ont été étendus dans tout le pays ; les drapeaux sionistes ont été confisqués, l'utilisation de l'hébreu dans la correspondance a été interdite, l'Anglo-Palestine Bank a été fermée, la possession des timbres du Fonds national juif pouvaient entraîner la condamnation à mort et plusieurs personnalités de premier plan ont été arrêtées. De plus, les armes qui avaient été confisquées aux Juifs étaient distribuées librement aux mercenaires arabes. Le projet d'une milice juive qui avait été étudié au bureau de Zakey a été rejeté. Beha-ed-Din a déclaré à Djemal qu'il ne faisait pas confiance aux Arabes, mais encore moins aux Juifs : "si ces derniers étaient armés, ils se rangeraient du côté des Britanniques et lutteraient contre les Turcs". Un tel argument ne semblait pas étrange. Hassan Bey [gouverneur militaire], obsédé par la peur d'un débarquement britannique sur la côte palestinienne, partageait cette suspicion. Elle contamina bientôt Djemal, qui devint encore plus convaincu à la suite de la publication d'un article dans le Times de Londres proposant de "remettre la Palestine aux Juifs".

Il y avait encore une différence essentielle qui caractérisait la deuxième phase d'activité de Beha-ed-Din. Alors qu'autrefois elle était dirigée contre tous les Juifs étrangers, elle était maintenant concentrée uniquement contre les sionistes, même ceux qui étaient des sujets ottomans de longue date. Cette distinction est apparue grossièrement au grand jour dans sa proclamation publiée dans le journal hébreu Hacherut (25 janvier), dans laquelle il qualifiait les Juifs de "nos alliés'' et de "vrais fils de la patrie'', contrairement aux sionistes qui étaient qualifiés de "méchants éléments révolutionnaires", qui essayaient de créer dans la région palestinienne de l'Empire ottoman "un Etat juif... causant ainsi du tort aux personnes de leur propre race". C'est pourquoi le gouvernement avait ordonné la confiscation des drapeaux sionistes, des timbres, des billets de banque de la Compagnie Anglo-Palestine et avait décrété la dissolution des sociétés et organisations sionistes "secrètes". A leur égard, conclut Beha-ed-Din, "nous resterons à jamais des ennemis implacables".

Beha-ed-Din était allé trop loin. Sa tentative de creuser un fossé entre un Juif et un autre a suscité une vive protestation de la part du grand rabbin séfarade Moses Franco, qui a été publiée dans Hacherut ; tandis qu'à Constantinople des forces puissantes se sont mises en mouvement contre lui. Le 9 février, Lichtheim [sioniste allemand, représentant de l'Organisation sioniste mondiale à Istanbul] a câblé à l'exécutif sioniste à Berlin : "La culpabilité principale incombe à Beha-ed-Din, le secrétaire de Djemal. Mesures prises. Les ambassadeurs allemand et américain ont promis leur soutien. J'espère réussir..." L'espoir de Lichtheim était bien fondé. Il a noté à quel point Wangenheim était furieux d'apprendre la source du problème. "Ces deux scélérats [Beha-ed-Din et Hassan Bey] doivent partir... Je ne tolérerai pas ce comportement méprisable", s'est-il exclamé. Il a pris contact avec Morgenthau et ils ont tous deux exercé une pression concertée sur les ministres turcs. Normalement, Wangenheim a gagné sa cause par la diplomatie mais à cette occasion il n'a pas hésité à parler durement avec Talaat et à lui reprocher avec force. Sur ce, Talaat a demandé un rapport sur la Palestine et a ordonné que "les injustices soient rectifiées". Il a promis à Wangenheim que Beha-ed-Din serait rappelé. Talaat, à l'époque également ministre des Finances, avait ses propres griefs contre Djemal pour ne pas l'avoir consulté avant de fermer l'Anglo-Palestine Bank. Il a révélé à Morgenthau que les mesures mises en œuvre à son insu seraient révoquées. Enver Pacha, qui a également été approché par Morgenthau, a immédiatement informé Hassan Bey que "de la considération doit être montrée envers tous les Juifs".108 (...)

108 Lichtheim, She'or Yoskuv, p. 336 ; Rückkehr, p. 295 ; Manuel, op. cit, p. 126. Le professeur Manuel pense qu'Enver, en faisant cette déclaration, entendait simplement apaiser Morgenthau, "tandis que les fonctionnaires locaux procédaient comme d'habitude [dans leur] technique usée par le temps" (ibid., également p. 123, 128). Cependant, en ignorant le bras de fer entre la Porte et les autorités locales, l'accusation de duplicité turque de la part de Manuel dans cette affaire est intenable." (p. 218-221)

"En tout cas, Lichtheim a été soulagé d'apprendre que la Porte n'était pas responsable du procès du timbre [procès en cour martiale d'Arthur Ruppin, Jacob Thon et d'autres sionistes du Bureau palestinien]. Que le fait qu'elle a, à l'instigation juive, destitué Hassan Bey de ses fonctions et l'a remplacé par un commandant plus sympathique était de bon augure. Djemal Pacha, aussi, est devenu plus aimable et continuait d'employer des ingénieurs et des agronomes juifs dans son administration. Il les trouva si habiles et dignes de confiance qu'il se sentit justifié de rejeter une offre de Berlin de fournir à son armée des techniciens et des médecins allemands. A une occasion, il se vantait devant Enver que les réalisations de l'usine d'armement de Damas étaient dues à "notre homme [Abraham Krinitzi] et non à l'initiative allemande".28 (...)

28 Abraham Krinitzi, B'Koah Hamaase [En vertu de l'acte] (Tel Aviv, 1940), p. 42. En 1916-1918, Krinitzi a été directeur technique d'une usine de munitions à Damas. En 1922, il fut l'un des cofondateurs de Ramat Gan, près de Tel Aviv, et devint plus tard son premier maire, servant jusqu'à sa mort en 1969." (p. 274-275)

"Non seulement il [Cemal] était un membre important du triumvirat et le commandant suprême de la quatrième armée ottomane, mais avec les frictions croissantes entre Talaat et Enver, Talaat a été contraint de s'appuyer sur Djemal dont l'hostilité au sionisme était plus profonde que jamais. Dans une interview donnée à Ernst Jäckh en mai 1917, Djemal a déclaré qu'il n'autoriserait plus aucune immigration juive en Palestine ; le sionisme était "extrêmement préjudiciable" à l'empire ottoman. Si des doutes subsistaient sur l'attitude de Djemal, ses déclarations faites à Constantinople et à Berlin les dissipaient complètement. Lors de sa rencontre avec Waldburg [conseiller de l'ambassade allemande] à Constantinople, en route vers l'Allemagne, Djemal s'est déclaré "non pas un antisémite, mais un ennemi du sionisme". Il s'est fermement opposé au rapatriement des évacués de Jaffa, ce qui conduisit Ruppin à admettre que tous les efforts en vue d'un changement d'attitude au sein du gouvernement turc avaient échoué." (p. 329)

"Dix jours après l'évacuation de Jaffa [en avril 1917], Djemal a convoqué tous les consuls et leur a dit qu'en dépit des succès sur le front de Gaza, il devait évacuer la population civile de Jérusalem dans les vingt-quatre heures. L'ennemi pourrait avancer plus vite que prévu et il a exhorté les consuls à conseiller à leurs ressortissants respectifs de partir le plus tôt possible. Brode [consul allemand à Jérusalem], appuyé par d'autres consuls, a contesté la prémisse de Djemal, car, selon l'autorité compétente, aucun danger militaire ne menaçait Jérusalem. L'autorité à laquelle Brode se référait était le colonel bavarois (futur général) Friedrich Freiherr Kress von Kressenstein, chef d'état-major du huitième corps de la quatrième armée ottomane. Décrit comme son "cerveau militaire directeur", Kress était "un soldat vaillant, résolu et capable [qui] a toujours imposé le respect à ses adversaires britanniques". Rafael de Nogales, le gouverneur militaire ottoman du Sinaï, qui connaissait de près Kress, a témoigné qu'il était "l'idole de ses officiers'', pour qui le mérite d'avoir repoussé les Britanniques sur le front de Gaza lui revenait principalement. De l'avis de Kress, l'intention de Djemal de transférer toute la population de Jérusalem à l'est du Jourdain et à l'intérieur de la Syrie confinait à la folie. La position sur le front égyptien semble avoir été stabilisée et même si le haut commandement avait eu l'intention de défendre Jérusalem, les forces allemandes et ottomanes n'auraient guère été autorisées à combattre dans les limites de la ville sainte. Cela a éliminé toute nécessité d'évacuer la population civile. Kress soupçonnait fortement que Djemal nourrissait des "projets politiques cachés" de débarrasser Jérusalem de ses habitants étrangers et de la convertir en une ville purement musulmane et en un bastion turc. Si farouche que soit l'idée, elle n'était pas totalement en contradiction avec la constitution mentale de Djemal, car, bien qu'aimant afficher une certaine tolérance, il n'en était pas moins un fanatique musulman et un chauviniste turc [affirmation qui est très éloignée de la réalité historique]. Kress ne pouvait offrir aucune autre explication. "L'évacuation de Jérusalem", nous dit-il dans ses mémoires, "aurait été une grande erreur tactique" et aurait entraîné les personnes concernées dans des dangers terrifiants. (...)

C'étaient des mots audacieux [adressés à l'ambassade allemande] ; venant d'un officier aussi compétent que Kress, ils ne pouvaient rester ignorés. Kühlmann [ambassadeur allemand] a promis de soulever la question auprès de Talaat Pacha, le Grand Vizir, mais pas en des termes aussi drastiques.

Zimmermann [ministre des Affaires étrangères allemand] était plus efficace. Le 26 avril, lorsqu'il a abordé la question avec le haut commandement, il savait ce qu'il faisait. Les autorités militaires ont peu utilisé les subtilités diplomatiques et, sur leurs instructions explicites, Enver Pacha a ordonné à Djemal d'annuler l'évacuation. Kress était ravi de la défaite de son ennemi juré ; encore plus gratifiant fut le fait que Jérusalem, du moins pour le moment, fut sauvée." (p. 351-353)


Sean McMeekin, The Berlin-Baghdad Express : The Ottoman Empire and Germany's Bid for World Power, Cambridge, Belknap Press of Harvard University Press, 2010 :


"Le rôle historique de l'Allemagne au Moyen-Orient, cependant, ne se limite guère à l'héritage du stratagème bâclé du djihad. Facile à oublier aujourd'hui, vivant comme nous le faisons dans la longue ombre morale de l'Allemagne nazie et de l'Holocauste, l'Allemagne wilhelmienne était aussi le foyer spirituel et politique du sionisme. Comme le Times de Londres s'en est plaint en 1911 — la même année, le pauvre Djavid Bey a été rituellement exploité en tant que crypto-juif au congrès du CUP pour l'édification des Britanniques — les dirigeants du mouvement sioniste étaient "des Juifs parlant yiddish, comprenant tous l'allemand". En effet, l'opinion dominante au sein du gouvernement britannique avant et pendant la Première Guerre mondiale était que "le sionisme n'était qu'un outil du ministère allemand des Affaires étrangères''. Comme Sir Ronald Graham l'écrivait à Arthur Balfour peu de temps avant que ce dernier ne publie sa fameuse déclaration : "Nous pourrions à tout moment être confrontés à un mouvement allemand sur la question sioniste et il faut se souvenir que le sionisme était à l'origine, sinon une idée juive allemande, en tout cas une idée juive autrichienne."

Il est facile de rejeter les craintes britanniques en temps de guerre sur la puissance du sionisme allemand, qui étaient en lien avec l'exagération générale de l'influence juive dans le monde entier à Whitehall. Certes, les notions anglaises sur les francs-maçons crypto-juifs dönme [on peut ajouter une composante "tsigane" à cette théorie du complot] tirant les ficelles du gouvernement du CUP étaient complètement exagérées. L'attente britannique, exprimée par Sir Mark Sykes après la révolution de Février, selon laquelle une adoption publique du sionisme aiderait à maintenir la Russie dans la guerre en enrôlant ses millions de Juifs derrière la cause alliée, était encore plus erronée. L'idée que les Juifs dirigeaient secrètement Constantinople ou Pétrograd était un sinistre fantasme.

Dans le cas allemand, cependant, l'idée britannique d'une influence sioniste omniprésente avait une base plus solide.
Lorsque la guerre est arrivée en Europe en 1914, l'exécutif sioniste international était basé à Berlin au 8 Sachsische Strasse, et deux de ses six membres étaient des Allemands. Alors que l'empereur Guillaume s'était considérablement refroidi dans son soutien au sionisme depuis son alliance malheureuse en 1898, la plupart des sionistes allemands sont restés de fervents partisans du trône des Hohenzollern, en particulier après que l'Allemagne a livré bataille à la Russie tsariste, universellement considérée comme le plus grand ennemi de la communauté juive mondiale. Le ministère allemand des Affaires étrangères, comme nous l'avons vu dans "Aperçu de l'activité révolutionnaire que nous entreprendrons dans le monde islamo-israélite" d'août 1914 [mémorandum d'Otto Günther von Wesendonk, orientaliste et diplomate], considérait le sionisme comme une arme politique tout aussi dangereuse pour la Russie que le djihad d'Oppenheim [orientaliste au service de la Wilhelmstrasse] l'était pour la Grande-Bretagne. Pas moins que les Britanniques qui craignaient le lien germano-juif, Wesendonck considérait le sionisme international comme "similaire à l'ordre jésuite dans la rigueur de sa discipline", les membres observant "la plus stricte obéissance envers leurs dirigeants". Il était donc possible, a-t-il proposé, pour Berlin de "gagner toute l'organisation des sionistes à notre cause", ce qui s'avérerait "un outil d'une valeur incalculable" pour détruire l'effort de guerre de la Russie." (p. 342-343)

"Les Allemands auraient tant aimé inonder la Palestine avec les Juifs sionistes généralement pro-allemands d'Europe de l'Est, cependant, les Turcs étaient beaucoup moins enthousiastes à cette idée. C'était l'avertissement du ministre ottoman des Affaires étrangères à Wilhelm qui avait mis un frein sur le soutien officiel allemand au sionisme en 1898. De la même manière, c'est l'inquiétude quant à la réaction de la Porte qui a empêché le sous-secrétaire d'Etat allemand de publier sa propre déclaration Balfour en juin 1915. Tandis que Zimmermann concluait avec délicatesse sa lettre au rabbin Jacobus, "la suggestion de la création progressive d'une province juive avec une administration autonome rencontrerait de grandes difficultés".

La question de la politique sioniste ottomane pendant la guerre reste controversée. Talaat, qui en tant que ministre de l'Intérieur est généralement blâmé pour les pires excès de la campagne de déportation arménienne, était remarquablement plus amical envers les minorités juives en Turquie. Pendant la guerre, Talaat s'est efforcé de rester en bons termes avec l'ambassadeur américain Morgenthau, qui était lui-même juif et, comme beaucoup d'Américains, vivement intéressé par le sort des colons juifs de Palestine. Djemal, qui dirigeait la majeure partie de la Syrie et de la Palestine pendant la guerre en tant que dictateur de fait, n'était pas un partisan de la poursuite de la migration sioniste, mais cela ne signifiait pas qu'il était hostile aux colons juifs vivant déjà sur le territoire ottoman. Alors que Djemal avait d'abord acquiescé à la répression antisioniste de Beha-ed-Din à Jaffa pendant le premier hiver de la guerre, il s'est ensuite rétracté. Djemal a travaillé en étroite collaboration avec plusieurs ingénieurs et agronomes juifs venus travailler dans son administration. Djemal a trouvé ces colons sionistes "si habiles et dignes de confiance'', qu'il "a rejeté une offre de Berlin de fournir à son armée des techniciens et des médecins allemands", et s'est même vanté que les réalisations de l'usine d'armement de Damas étaient dues à "notre homme'' — un sujet juif — "pas le résultat de l'initiative allemande".

Malgré sa reconnaissance pour les contributions des colons juifs à la vie économique ottomane, Djemal a refusé d'embrasser le sionisme. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi. Alors que très peu de colons juifs ont participé à des activités séditieuses de quelque nature que ce soit pendant la guerre, la propagande sioniste de plus en plus stridente émanant des capitales de l'Entente en 1916 et 1917, sans parler du recrutement ouvert par Vladimir Jabotinsky d'un "régiment juif '' pour rejoindre l'offensive britannique en Palestine, était difficile à ignorer pour le gouvernement ottoman. Les populations minoritaires ottomanes avaient longtemps été utilisées, sciemment ou non, par des puissances extérieures comme des chevaux de Troie pour l'intervention et l'invasion : la guerre de Crimée avait été littéralement faite pour des "droits de protection" contestés pour les chrétiens du Levant. Les partisans arméniens n'avaient-ils pas aidé les Russes à Sarıkamış et à Van ? La plupart des conspirateurs arabes exécutés par Djemal en 1915-16 n'ont-ils pas été compromis par un lien avec la France (comme le montrent les documents saisis au consulat de Damas) ? Et qu'en est-il de la rébellion de Hussein, ouvertement aidée et encouragée par des agents britanniques ? Il n'est pas nécessaire de défendre la brutalité ottomane pendant la guerre pour comprendre que le potentiel de sédition était très réel, que les sionistes soutenus par les Britanniques aient ou non jamais mis des hommes armés sur le champ de bataille.

Alors que l'intrigue entourant la question sioniste atteignit son point culminant à l'été 1917, Djemal était l'homme du moment. Les Turcs et les Allemands savaient très bien que les sionistes de Londres se rapprochaient d'un soutien britannique. Mais Berlin pourrait-il leur barrer la route ? Sans le consentement de son allié turc, le gouvernement allemand n'a pas pu faire d'appel public ; les journaux allemands non plus (la Wilhelmstrasse s'est même appuyée sur la Frankfurter Zeitung à un moment donné pour empêcher un éditorial pro-sioniste, "au vu des soupçons du gouvernement turc sur les aspirations sionistes"). Ainsi, lorsque Djemal est venu à Berlin à la fin du mois d'août, les dirigeants sionistes allemands ont essayé de lui forcer la main. Lors d'une réunion avec Arthur Hantke et Richard Lichtheim le 28 août 1917, Djemal a réitéré ses promesses antérieures de protéger les Juifs ottomans et a même encouragé de nouvelles migrations juives vers l'empire — tant que les nouveaux arrivants s'installeraient ailleurs qu'en Palestine. Ce n'était pas simplement le potentiel de sédition parrainée par l'Entente en Palestine qui préoccupait Djemal, mais l'hostilité écrasante de la population arabe là-bas envers les Juifs. Faisant écho au point de vue de Djemal avec une formulation encore plus forte, peu de temps avant la publication de la déclaration Balfour, Talaat (à présent Grand Vizir) a déclaré à l'ambassadeur allemand Bernstorff que "je serais heureux d'établir un foyer national pour les Juifs [en Palestine]". Mais l'entreprise n'aurait guère de sens, a averti Talaat, car à la fin, "les Arabes auraient uniquement tué les Juifs"." (p. 349-351)

"Il est intéressant de constater que Djemal et Talaat, qui avaient une expérience réelle de l'administration des populations minoritaires, souvent hostiles les unes aux autres, de l'Empire ottoman, étaient beaucoup moins optimistes que les Britanniques quant aux relations arabo-juives. Alors que Djemal a été critiqué à plusieurs reprises pendant la guerre pour ses persécutions antisémites, comme nous l'avons vu, il avait en fait une haute estime pour les Juifs qui travaillaient pour lui. De manière révélatrice, le commandant de la quatrième armée ottomane a admis à un moment donné au début de 1915, devant Albert Antebi [un Sépharade de Syrie], porte-parole de la colonie juive du Yishouv en Palestine, que ses persécutions contre les Juifs étaient politiquement motivées, en raison de son "besoin d'apaiser les Arabes''. Talaat, pour sa part, était convaincu qu'une nouvelle colonisation sioniste enflammerait les Arabes contre les Juifs, quelle que soit la puissance qui contrôlerait la Palestine après la guerre. De manière presciente, le Grand Vizir prédit en juillet 1918 (après la chute de Jaffa et Jérusalem aux mains d'Allenby) que, suite à l'inévitable explosion des tensions ethniques, "l'Angleterre émergerait comme une protectrice des Arabes". Bernstorff, l'ambassadeur allemand qui a rapporté ces propos, était également convaincu que la promesse de Balfour aux sionistes n'était pas sincère, car elle allait directement à l'encontre du désir de Londres de "fonder un empire anglo-arabe"." (p. 354)


"Question juive", Bulletin quotidien de presse étrangère, n° 692, 22 janvier 1918 :

"OPINION ALLEMANDE. — Pour la première fois, dans les déclarations de M. Balfour à Lord Rothschild, le sionisme a été reconnu officiellement par une grande puissance comme problème politique, et comme tel il a été inscrit au programme du Congrès de la paix. Il est compréhensible que les sionistes aient salué avec joie cette consécration attendue par eux depuis si longtemps, et il est probable qu'ils attendent de l'Angleterre plus que l'Angleterre n'a l'intention de leur accorder. Car pour l'Angleterre la question de la Palestine n'est qu'un aspect de son vaste programme oriental ; elle est une étape sur la route qui mène de l'Egypte aux Indes. Il est naturel que l'Angleterre ne songe à faire de la Palestine autre chose qu'une colonie anglaise ; elle ne favorisera l'accès du pays qu'aux juifs de l'Entente et l'interdira probablement aux autres. Wilson a aussitôt désigné Brandeis, le chef des sionistes d'Amérique, comme plénipotentiaire des Etats-Unis au Congrès de la paix et l'a chargé d'étudier dès maintenant la question. Il s'acquiert ainsi la reconnaissance de plus de 2 millions de juifs américains, pour la plupart sionistes, et il s'assure une représentation efficace de l'Amérique dans toutes les questions orientales que soulèveront les négociations de paix. — Les puissances centrales ne peuvent rester étrangères au problème. Le comte Czernin [ministre des Affaires étrangères austro-hongrois] s'est déclaré favorable au sionisme ; von dem Busche [sous-secrétaire d'Etat à la Wilhelmstrasse] l'a imité. Mais il est évident que les déclarations du gouvernement allemand sont gênées par la nécessité de ne pas heurter l'impérialisme turc, qui est absolument hostile au sionisme, comme l'a laissé entendre déjà le Grand Vizir Talaat Pacha, bien qu'avec une prudence toute diplomatique. Il n'admet pas que les juifs de Palestine, après la suppression des Capitulations, ne deviennent pas sujets turcs. Quoi qu'il en soit, le problème sioniste mérite d'être suivi avec la plus grande attention par les hommes politiques d'Allemagne ; son importance est considérable en ce qui concerne les relations économiques de l'Allemagne avec l'Orient. — (Carl Endres) Münchner Neueste Nachrichten, 16.1." (p. 4)


Youssef Courbage, "Les Juifs dans l'Empire ottoman jusqu'à la déclaration Balfour (1917)", Carep-paris.org, 28 octobre 2018 :


"En définitive, les efforts d'un Ben Gourion ou d'un Jabotinsky pour convertir l'Empire ottoman au sionisme étaient superflus car ses dirigeants y répugnaient. Ce ne sont pas non plus les manoeuvres tardives de Talaat Pacha qui changèrent le cours des choses. En effet, après la déclaration Balfour et quelques mois avant la défaite de l'Empire, ce membre du triumvirat (également composé d'Enver Pacha et Jamal Pacha) avait exprimé sa sympathie pour l'idée d'un foyer national juif en Palestine [et non un Etat séparé]. Il s'agissait d'une tentative désespérée pour damer le pion aux Britanniques plutôt que d'une aspiration sincère."


Voir également : Abdülhamit II et Theodor Herzl

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