mardi 19 janvier 2021

Le "culte" de Pierre Loti dans l'armée ottomane



Pierre Loti, Suprêmes visions d'Orient, Paris, Calmann-Lévy, 1921, p. 229 :


"Jeudi 21 août 1913.

Départ d'Andrinople de bonne heure le matin, reconduit à la gare par le Vali [Hacı Adil Bey], Enver Bey et tous les généraux.

Le soir, je suis de retour dans le grand Stamboul illuminé pour le Ramazan, et, vers minuit enfin, j'arrive dans mon petit Candilli."


Pierre Loti, La Hyène enragée, Paris, Calmann-Lévy, 1916, p. 21-25 :


"LETTRE A ENVER-PACHA

Rochefort, 4 septembre 1914.

« Mon cher et grand ami,

» Pardonnez ma lettre, en raison de mon affectueuse admiration pour vous et de mon attachement à votre patrie dont j'ai fait un peu la mienne. Autour de Tripoli, vous avez été le héros magnifique, sans reproche et sans peur, tenant tête, dix contre mille ; en Thrace, vous avez été celui qui a rendu Andrinople à la Turquie, et vous avez accompli ce tour de force de reprendre la ville héroïque presque sans verser de sang. Vous avez réprimé partout, avec la violence qu'il fallait, les cruautés et les brigandages ; j'ai vu votre indignation contre les atrocités bulgares, et c'est vous-même qui avez voulu me faire visiter, dans votre automobile militaire, les ruines des villages par où les assassins avaient passé.

» Eh ! bien, ce que vous ne savez sans doute pas déjà, je veux vous le dire : les Allemands commettent en Belgique, en France, et par ordre, ces mêmes abominations que les Bulgares commettaient chez vous ! Et ils sont mille fois plus odieux encore, parce que les Bulgares étaient des montagnards primitifs que l'on avait fanatisés, tandis qu'ils sont, eux, des civilisés, mais d'une brutalité si foncière que la culture n'a pas de prise sur leurs âmes et que l'on n'en peut rien attendre.

» La Turquie aujourd'hui veut reconquérir ses îles ; sur ce point, à moins d'être aveuglé de parti pris, chacun saura le comprendre. Mais je tremble qu'elle ne veuille pousser plus loin la guerre… Je devine bien, hélas ! les pressions exercées sur votre cher pays et sur vous-même par l'être abominable en qui sont venues s'incarner toutes les tares de la race prussienne : férocité, morgue et fourberie. Il a dû abuser de votre beau et fougueux patriotisme, en vous leurrant d'illusoires promesses de revanche. Défiez-vous de ses mensonges. Il a certainement su empêcher la vérité d'arriver jusqu'à vous, sans quoi votre cœur de soldat loyal se serait détourné de lui. Il a su vous persuader, comme à une partie de son peuple, qu'il avait été contraint à ces tueries, si longuement préméditées, au contraire, avec un cynisme infernal. Il a réussi à vous donner foi en ses victoires, alors qu'il sait, comme tout le monde aujourd'hui, que le triomphe finira par être à nous. Et d'ailleurs, si par impossible nous devions succomber pour un temps, la Prusse et sa dynastie de bêtes fauves n'en resteraient pas moins clouées pour jamais aux plus honteux piloris de l'histoire humaine.

» Combien je souffrirais de voir notre chère Turquie, trompée par ce misérable, se lancer à sa suite dans une terrible aventure et, plus encore, de la voir se déshonorer en s'associant à l'attentat des derniers barbares contre la civilisation ! Oh ! si vous saviez l'immense dégoût qui se lève dans le monde entier contre la race prussienne !

» Hélas ! Vous ne devez rien à la France, je ne le reconnais que trop ! Nous avons autorisé l'acte de l'Italie sur la Tripolitaine. Plus tard, au début de la guerre balkanique, nous avons oublié l'hospitalité séculaire que la Turquie nous donnait si largement, à nous Français, à nos maisons d'éducation, à notre culture, à notre langue devenue presque la vôtre. Par irréflexion et ignorance, nous avons pris le parti de vos voisins, chez qui nos nationaux n'ont jamais trouvé que malveillance et persécution ; contre vous tous, nous avons commencé une campagne de calomnies dont nous n'avons reconnu que trop tard l'injustice. Les Allemands, au contraire, ont été les seuls à vous apporter un peu — oh ! très peu — de réconfort ; mais c'est égal, cela ne vaut pas que vous vous suicidiez pour eux. Et puis, voyez-vous, ces gens-là achèvent à cette heure de se mettre hors l'humanité ; il deviendrait donc non seulement périlleux, mais dégradant, de marcher en leur compagnie.

» Vous avez sur votre pays une influence pleinement justifiée ; puissiez-vous le retenir sur la pente mortelle où il semble engagé ! Ma lettre mettra bien du temps à vous parvenir ; quand elle arrivera, peut-être vos yeux se seront-ils déjà ouverts, malgré la trame de mensonges dont l'Allemagne a dû vous envelopper ; pardonnez-moi si j'ai voulu être au nombre de ceux qui auront fait parvenir jusqu'à vous un peu de vérité.

» Je garde une foi inébranlable dans notre triomphe de la fin. Mais, le jour de la délivrance, combien ma joie serait voilée de deuil si ma seconde patrie orientale s'ensevelissait sous les décombres du hideux empire de Prusse ! » "


Pierre Loti, La mort de notre chère France en Orient, Paris, Calmann-Lévy, 1920, p. 269-271 :


"Lettre du lieutenant de vaisseau [Henry] Rollin.

Commandant,

J'ai une dette de reconnaissance à acquitter envers vous, car, étant tombé aux mains des Turcs après ma blessure, votre influence a beaucoup contribué à l'accueil que j'ai reçu de tous leurs officiers avec qui je me suis trouvé en contact pendant mes six mois d'hôpital. A chaque instant d'ailleurs on me demandait de vos nouvelles ; j'ai pu constater la reconnaissance que vous gardaient les Turcs de tous genres, de toutes provenances et l'influence que vous aviez sur eux. Avec quel esprit chevaleresque j'ai été soigné et traité et quel prestige la France conservait là malgré la guerre !

Une chose m'a péniblement frappé pendant les quelques jours que j'ai passés en France entre mes deux séjours en Turquie. J'ai vu défendre dans les journaux français les revendications grecques, arméniennes, etc., il n'y a que l'influence française en Turquie dont, à part vous, on ne se préoccupe pas. Pourtant il n'y a pas, je crois, un Français connaissant la Turquie qui ne doive être tout à fait d'accord avec vous à propos de ce que vous avez écrit au sujet des « Massacres d'Arménie ».

Cela fait peine de voir ainsi négliger l'œuvre de nos devanciers en Orient, qui est le résultat de tant d'efforts et dont on a pu constater la solidité dans les circonstances les plus critiques. Au cas où vous jugeriez utile et intéressant de publier quelques anecdotes de ma captivité chez les Turcs, je n'y verrais aucun inconvénient, au contraire. Etc..

Signé : LIEUTENANT DE VAISSEAU ROLLIN.

Base navale de Constantinople."


Francis Gutton, "Le souvenir de Pierre Loti en Turquie (I)", Cahiers Pierre Loti, n° 45, juin 1965, p. 25-27 :

"Ecrasant, troublant, le contact avec l'Afrique semble peser sur Loti comme un cauchemar.

Après la magnificence de l'Inde, — où trop de misère voisine avec la plus vaniteuse richesse pour que Loti puisse admirer sans souffrir, — quel enchantement d'arriver enfin aux terres d'Islam, sur ces hauts plateaux d'Iran, créés, dirait-on, pour donner à l'âme rêveuse de Loti la joie la plus immatérielle.

L'âme rêveuse ? Elle enchante ce mal qui vient du cœur fervent. Et ce cœur va sans cesse là où l'appelle la pitié. Nul n'a compris comme lui les êtres douloureux : ceux qui vivent sans horizon, à l'intérieur des terres les plus ingrates ; et ceux que la mer tourmente, perdus dans les brumes d'Islande, ou s'en allant sur cet Océan qui fut premier décor à l'enfance de Loti ; ceux aussi qui connaissent, au long des rives, l'angoisse d'attendre, la brièveté de tout bonheur, et peut-être aussi l'inutilité de tant de souffrance, — énigme douloureuse qui porta dans l'âme d'un tel observateur sa subtile, sa pénétrante cruauté.

A tant de sentiments complexes, l'Islam oppose sa résignation. Impression chère à Loti : la paix ! Il va se sentir en Turquie si bien, tellement à l'aise parmi la vertu simple de ces êtres, qu'il trouvera près d'eux son pays d'élection.

Tout l'enchantement de la jeunesse s'attache à ce premier contact avec Stamboul. A côté de la touchante petite Circassienne, Loti se prend à aimer d'humbles gens : derviches, bateliers, kesmedjis. Et l'attachement se porte, au delà de ces êtres, vers tous ceux, innombrables, qui sont pareils à eux. Déjà, Loti peut écrire ceci :

« Mes sympathies sont pour ce beau pays qu'on veut supprimer, et, tout doucement, je deviens turc sans m'en douter ».

C'est le plus bel éloge que l'on puisse taire à la belle franchise turque, à la douceur toute empreinte de gravité des visages, à tant d'inépuisable bonté, à la grandeur de la résignation.

Supprimer ce pays ? Loti va le défendre. Et d'abord parler de lui. Je ne veux pas dire pour le faire aimer : on l'aimera tout naturellement dès qu'on le connaîtra.

Eh bien ! mais tout pareil encore à ce qu'il fut, avec ces mêmes vertus profondes qui touchèrent le cœur de Loti, je l'ai connu, ce pays, et, tout aussitôt, l'ayant connu, je n'ai pu que l'aimer.

Un véritable non-sens ! C'est en combattant contre la Turquie pendant la guerre qu'il me fut donné de m'attacher à elle !

On avait tant médit de ce peuple que je ne m'attendais pas à le voir sous cet aspect de bonté qui est le sien, véritablement.

Et ce ne fut pas long ! Notre sous-marin, le « Saphir », englouti dans les Dardanelles, l'équipage, aussitôt recueilli par des barques turques, s'étonna de voir les soldats qui montaient ces barques se défaire de leur tunique, sous le vent glacial d'hiver, et la placer sur nos épaules. A terre, vêtements chauds, cognac pour nous ranimer, cigarettes amicalement offertes. L'état-major de Tchanak-Kalé montra pour nous la plus grande déférence. Nous étions des prisonniers ! mais on nous parlait de la France ; on nous parlait de Loti ; on eût dit des amis qui, se rejoignant après avoir été séparés, prennent plaisir à évoquer ensemble de chers souvenirs.

Le Général commandant la place eut pour s'excuser cette phrase : « Je suis navré d'avoir été dans l'obligation de faire tirer mes canons sur des Français. Hélas ! C'est la guerre, et, malheureusement pour l'humanité, nous lui obéissons ».

Pour s'excuser !... Mais il était visible, en effet, que cette guerre, la Turquie la faisait à contre-cœur. Quelles qu'aient été les raisons qui l'avaient amenée à prendre positon contre nous dans ce grand confit, ses sympathies n'allaient pas, — ne pouvaient pas aller à l'Allemagne. J'ai pu m'en rendre compte tout au long de cette captivité. Pour les officiers allemands, aucun sentiment d'amitié ; un agacement à les voir là, et, bien souvent, la patience turque était mise à rude épreuve quand il s'agissait de réprimer la sourde irritation que causait, parmi ce peuple sensible, courtois, leur présence mal supportée.

Entraînés vers nous, bien au contraire, les Turcs faisaient, pour nous rendre plus tolérable ce destin mauvais d'une captivité qui devait être longue, les efforts les plus empressés, et, s'il le fallait, des sacrifices.

A qui devions-nous d'être ainsi traités ? A ce prestige de la France qui fut de tradition dans cet Orient si proche de nous ?... Oui, sans doute. Mais aussi, mais surtout, parce que cette France — à qui, certes, bien des reproches faits par la Turquie s'étaient trouvés justifiés au point de la ranger parmi nos ennemis — avait donné aux Turcs cet ami véritable, inoublié : Loti.

Si notre pays, en tant que nation, poursuivait des objectifs contraires aux destinées de la Turquie, du moins, c'était un devoir amical, presque une dette de gratitude, que de nous bien traiter, nous, Français, amenés là par devoir militaire, et sans haine. Cette gratitude allait uniquement, en de telles circonstances, à tout ce qu'avait tenté Loti en faveur de ses amis.

Cette impression de sympathie ressentie dès notre premier contact avec les Turcs, dans la place forte de Tchanak-Kalé, ne fut jamais démentie. Et je revois, avec un sentiment de reconnaissance, tant de traits de bonté qui marquèrent leur conduite envers nous.

Je revois, entre autres, un jeune officier de marine, Irfan Bey, venant fréquemment nous rendre visite dans notre prison d'Ismidt, se privant pour nous apporter des friandises, des cigarettes, et causant avec nous longuement. En ces heures tragiques de la guerre, il s'inquiétait de Pierre Loti. Où se trouvait-il ? Sur quel front ? Il souhaitait que les hasards meurtriers des combats pussent l'épargner.

Je n'ai pas oublié, non plus, alors que, partis du Taurus, nous nous rendions à Sivas, certain cavalier rencontré sur la route désertique, un soir. Il allait dépasser notre convoi lorsqu'il s'arrêta, et nous interrogea courtoisement : Où allions-nous ?... Ah ! nous étions Français ?... Son regard s'attrista soudain ; puis, s'étant séparé de nous très aimablement, rapidement, il nous devança... En arrivant à Tchar-Kichia — l'étape toute proche — quelle surprise de trouver celui-ci nous attendant, nous souhaitant la bienvenue, et ravi de pouvoir nous donner, en cette halte, un peu de confort. Il avait prié son père, Commandant du poste, de faire préparer pour nous de bonnes chambres, un excellent repas, des douceurs, et de nous garder là jusqu'à ce que nous soyons bien reposés pour continuer notre route.

Tous ces bons traitements n'étaient qu'un prélude à ce qui nous attendait à Sivas. Là, pendant plus d'une année, le vali, Mouamer Bey, nous traita comme des hôtes que l'on aime, nous donnant des marques de sympathie toujours croissantes.

Par la suite, auprès de Véhib Pacha, qui commandait en chef la 3e armée du Caucase, j'ai rencontré le même attachement pour la France, et le même culte pour Loti. « Nos Français », disait Véhib Pacha en parlant de nous et sur quel ton de paternelle affection — ! Traités comme l'étaient ses officiers supérieurs, nous étions confus de tant de délicates prévenances. Les soldats turcs que le Pacha nous donnait pour ordonnances se mettaient au garde à vous pour nous parler. Et les officiers autrichiens, affectés à l'état-major, ne se montraient pas peu surpris de ces attentions.

Peut-être est-ce dans une ville très proche des lignes russes que cet amour pour la France m'est apparu sous sa forme la plus émouvante. Quelques jours passés là, parmi les officiers qui s'y reposaient entre deux séjours au front, m'ont laissé le plus étonnant souvenir : tous ces officiers turcs, pour qui l'amour de la patrie passait au premier plan, évoquaient la France avec le plus sincère attachement. Le nom de Loti revenait sans cesse dans leurs propos ; religieusement, presque, ils parlaient de lui. L'un d'eux, Mahmoud Bey, était d'Andrinople ; il se souvenait du martyre de sa ville et de l'ardente défense qu'en fit le grand écrivain ; Mahmoud Bey ne pouvait nommer Loti sans que l'émotion fît venir à ses yeux des larmes ; l'émotion, la reconnaissance.

On m'avait invité, avant mon départ, à une séance de musique. Touchante surprise, à peine entré dans la salle, d'entendre résonner les accents sublimes de notre « Marseillaise », là, à portée des canons russes, incroyablement !

Mais d'ailleurs, pour montrer toute l'estime en laquelle nous tenaient les Turcs, au moment de partir, l'armistice signé, Chevki Pacha, à Kars, où nous nous trouvions alors, offrait, pensant nous retenir, aux cinq prisonniers que nous étions, les galons de capitaine dans l'armé ottomane... que nous ne pouvions accepter !

Partout, sur les interminables routes d'Anatolie, à Ismidt, à Koniah, à Sivas, à Erzindjian, à Erzeroum, à Kars, auprès de l'élite musulmane comme dans les plus humbles chaumières de villages perdus, j'ai rencontré, vivant, sincèrement aimé, le souvenir de celui qui fut, en Turquie, le plus grand, le plus juste, le meilleur de tous nos ambassadeurs. Grâce à lui, nous avions gardé là-bas la première place dans les esprits, la meilleure place dans les coeurs.

Que de fois, en ces circonstances pénibles, ai-je vu, le cœur serré, pleurer d'ardents patriotes turcs. « Ah ! disaient-ils, amèrement, la France s'est détournée de nous ; elle nous a laissés sous l'influence allemande. Pourquoi nous a-t-elle abandonnés ? »

...Revenu en France sous cette impression d'une réelle amitié turque, je n'hésitai pas à retourner, peu après, en Turquie."

 

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