dimanche 5 juillet 2020

Progressisme kémaliste, arriération coloniale




Robert Louzon (syndicaliste révolutionnaire et anticolonialiste, il ne s'est pas compromis dans la collaboration malgré ses dérives inquiétantes), "Notes Economiques", La Révolution prolétarienne, n° 51, 1er février 1928, p. 10 :

"Quand on songe à l'importance qu'ont les signes extérieurs, symboles qui font se survivre les systèmes d'idées, d'institutions, de principes sociaux surannés, qui sans eux seraient depuis longtemps tombés en poussière, il y a dans le chapeau mou de celui [Amanullah Khan] qui, tout récemment encore, était considéré comme le futur Commandeur des Croyants, un fait d'importance capitale.

C'est donc maintenant une chose bien avérée. Il y a actuellement deux pays musulmans, et deux seuls, qui s'échappent à toute allure des liens d'une tradition millénaire, qui sont en train d'abandonner à toute vitesse un état de civilisation dans lequel ils étaient endormis depuis des siècles ; ces deux Etats, ce sont : la Turquie et l'Afghanistan.

Or ces deux pays, et ces deux-là seuls, sont les seuls Etats musulmans indépendants.

Dans les pays semi-indépendants comme l'Egypte, il y a demi-évolution, et dans les pays entièrement soumis à une domination étrangère, comme l'Afrique du Nord, le musulman continue à vivre et à penser comme il y a un siècle, comme il y a dix siècles.

Ce n'est pas là une simple coïncidence : le progrès ne s'accomplit que dans la liberté. L'exemple de l'Afghanistan montre ce que serait devenu le Rif, si nous avions été capables d'aider suffisamment Abd el Krim à conquérir et à maintenir l'indépendance de son pays."

Robert Louzon, "Sanctions ou pas sanctions : Une heure décisive", La Révolution prolétarienne, n° 209, 25 octobre 1935, p. 2 :


"Nous ne sommes certes pas les adversaires de la civilisation moderne — quels que soient les comptes que nous ayons à régler avec elle — mais, précisément, c'est un fait que seuls peuvent parvenir à la civilisation moderne les peuples restés indépendants.

Comparez les progrès du Japon qui a su résister à toute domination européenne, avec ceux de la Chine tenue en vasselage durant tout le XIXe siècle par les différentes puissances européennes ! Voyez le Siam, indépendant, beaucoup plus « modernisé » que l'Indochine française ! Et voyez la Turquie libérée des intrigues européennes qui abandonne en un tournemain ses coutumes séculaires, tout ce qui s'était introduit de particulièrement réactionnaire dans l'Islam, alors que les musulmans restés sous le joug de colonisateurs maintenus de force, — comme les Algériens, par exemple, sous la domination des marabouts — ont été incapables d' « évoluer » depuis des dizaines, voire une centaine d'années, qu'ils jouissent des « bienfaits de la civilisation »."

Voir également : La lutte d'indépendance impulsée par Mustafa Kemal : une résistance à l'occupation de l'Entente et aux irrédentismes gréco-arméniens
 
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Qui était Mustafa Kemal Atatürk ?
 
Le kémalisme, la bonne révolution 

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