dimanche 10 mai 2020

L'anti-bolchevisme de Kâzım Karabekir et Fevzi Çakmak




Stéphane Yerasimos, "Caucase, la grande mêlée (1914-1921)", Hérodote, n° 54-55, 4e trimestre 1989, p. 188-191 :

"Les négociations turco-soviétiques s'ouvrent à Moscou le 21 février [1921], au moment où l'Armée rouge assiège Tiflis. L'atmosphère est tendue et Tchitcherine reproche aux Turcs de ne pas évacuer Alexandropol et d'aider les dachnaks. (...) Les négociations reprennent le 26. Entre-temps, les mencheviks évacuent Tiflis et l'Armée rouge avance vers Batoum. La position diplomatique des Turcs est de lâcher en dernière instance Batoum, en demandant en compensation le district de Sourmalou (Igdir), occupé par la Russie en 1828. Mais l'agitation sur le terrain correspond mal au calme des salons de conférence. Le même jour de la reprise des négociations à Moscou, le représentant turc en Géorgie, Kâzim Bey [Kâzım Karabekir], télégraphie à Erzeroum pour annoncer l'entrée de l'Armée rouge dans Tiflis et le retrait du gouvernement menchevique à Koutais et demander si l'armée turque n'a pas l'intention d'occuper Batoum. Le commandant de l'armée de l'Est, tout en posant la question à Ankara, écrit au commandant du front du Caucase de l'Armée rouge pour annoncer que, devant le danger d'un complot de l'Entente à Batoum, l'armée turque a l'intention de progresser vers cette ville. Ordjonikidzé répond aussitôt qu'il n'est pas question que l'armée turque occupe Batoum dont le sort est en train d'être décidé par la conférence de Moscou. Le 1er mars, Ordjonikidze ordonne à l'Armée rouge d'avancer sur la route Akhaltsikh-Batoum pour prévenir une progression turque et le même jour le commandant turc de l'armée de l'Est reçoit l'ordre de marcher sur Batoum.

Les choses évoluent rapidement. Tandis qu'à Moscou on semble se mettre d'accord sur la frontière de Brest-Litovsk, excluant Batoum et son hinterland immédiat, mais affectant à la Turquie la rive droite de l'Araxe, c'est-à-dire Sourmalou, le Conseil des ministres qui se réunit à Ankara décide de proposer la neutralité d'Akhaltsikh et d'Akhalkalaki. Le lendemain à Londres, Lloyd George propose à la délégation turque la création d'une Confédération du Caucase, opposée à la Russie. Le surlendemain, la population d'Akhaltsikh se révolte contre les mencheviks et constitue un soviet. Alors le gouvernement géorgien demande aux Turcs d'occuper Batoum, Akhaltsikh et Akhalkalaki. Devant les signaux concordants venant de Géorgie et de Londres, Ankara décide le 8 mars d'occuper les trois districts. Akhaltsikh est occupé le 9, mais les deux armées évitent soigneusement le conflit. Le même jour, un détachement de l'Armée rouge arrive à Akhaltsikh et les commandants des fronts se félicitent mutuellement de cette rencontre.

Moscou, devant ces nouvelles, essaie de boucler au plus vite le traité. Une dernière concession est faite le 10 à la Turquie au sujet de l'autonomie à accorder au Nakhitchevan dans le cadre de la République d'Azerbaïdjan, à condition que celle-ci ne puisse pas céder ses droits à un pays tiers.

Le jour même où les délégués turcs à Moscou acceptent la cession de Batoum à la Russie, le ministre des Affaires étrangères d'Ankara annonce à l'Assemblée nationale la décision d'occuper cette ville. Le commandant du front de l'Est télégraphie cette décision à Ordjonikidzé qui la transmet à Moscou. Moscou répond par le même canal en envoyant les décisions de la conférence, mais Ankara insiste. Le 11, trois bataillons turcs pénètrent dans Batoum où vient de se réfugier le gouvernement menchevik. Moscou décide alors une avance « pacifique » de l'Armée rouge vers Batoum et demande à Ordjonikidze d'éviter tout accrochage.

Le 12 mars, le Conseil des ministres d'Ankara décide d'installer une administration civile turque à Batoum, Akhaltsikh et Akhalkalaki. Le 14, les troupes turques occupent également Akhalkalaki. Kâzim Bey annonce même de Batoum son intention de se proclamer chef des troupes islamiques au service des mencheviks. Or, ces derniers signent le 15 un armistice avec l'Armée rouge et acceptent d'évacuer la ville dans les vingt-quatre heures. Kâzim Bey prépare alors un « coup » contre les mencheviks, destiné à donner le « pouvoir » aux nationalistes géorgiens qui accepteraient à leur tour la protection turque. Il imprime dans la nuit du 15 au 16 des affiches annonçant l'annexion de la ville à la Turquie. Le 16, jour où le traité d'amitié turco-soviétique, attribuant Batoum à la Russie, est signé, il y a à Batoum une armée et un gouvernement mencheviques, une administration militaire turque et un soviet en train de se former, tandis qu'au dehors campent un gouvernement géorgien soviétique, l'Armée rouge géorgienne et l'Armée rouge soviétique. Après l'embarquement du gouvernement menchevique sur les navires de l'Entente, les Turcs essayent de désarmer l'armée menchevique ; celle-ci s'allie alors au soviet local et les premières escarmouches commencent. Le lendemain, l'Armée rouge entre dans la ville et des accrochages continuent jusqu'au 21 mars, date où les Turcs acceptent d'évacuer la ville, ainsi qu'Akhaltsikh et Akhalkalaki. Le seul conflit armé entre la Russie soviétique et la Turquie kémaliste aura donc eu lieu le lendemain de la signature du traité d'amitié turco-soviétique. Au cours de la même période, le ministre de la Guerre du parti dachnak, réinstallé à Erivan, vient signer à Igdir un accord avec les Turcs qui s'engagent à lui fournir armes et munitions.

Il s'agit toutefois des derniers soubresauts et le traité du 16 mars finira par prévaloir. Ankara attend quand même la défaite des dachnaks pour évacuer Alexandropol le 23 avril. En septembre, une conférence réunit à Kars les Turcs, les trois républiques soviétiques transcaucasiennes et la Russie. Le traité de Kars, signé le 13 octobre, fixe les frontières actuelles turco-russes, mais prévoit en même temps l'autonomie du Nakhitchevan dans le cadre de la République soviétique d'Azerbaïdjan, avec interdiction de sa cession à un tiers Etat, ainsi que l'autonomie de l'Adjarie, c'est-à-dire la région de Batoum, Akhaltsikh et Akhalkalaki, qui est la Géorgie musulmane, dans le cadre de la Géorgie soviétique. Ainsi des frontières internes de l'Union soviétique se trouvent-elles garanties par un traité international signé avec la Turquie."


P. du B., "La conférence de Lausanne : Russes et Turcs se prêteront un mutuel appui : Mais il y a entre eux la question des musulmans du Caucase et de Russie", Le Petit Parisien, 27 novembre 1922, p. 3 :

"Lausanne, 26 nov. (d'un de nos env. spéc.)

M. Vorovski est à Lausanne depuis quelques jours. M. Rakovski est arrivé ce soir. M. Tchitcherine sera là dans quelques jours. Le premier geste de la délégation russe sera évidemment de demander son admission à toutes les séances de la conférence. Conformément à l'une des stipulations essentielles de l'alliance conclue entre Angora et Moscou, les Turcs appuieront cette requête de toutes leurs forces.

D'après les indications que je possède, la tactique des deux alliés sera de pousser à une solution générale et définitive de tous les problèmes qu'aura à examiner la conférence. Les Turcs sont absolument sûrs de l'appui des Russes dans la question des Détroits et dans celle des Capitulations ; les Russes, de leur côté, espèrent bien obtenir ici leur reconnaissance officielle, mais ils procéderont par des voies détournées, par exemple en faisant intervenir Ismet pacha pour être admis à signer au même titre que les autres participants les accords diplomatiques auxquels aboutira la conférence.

La délégation turque déclare ouvertement qu'elle appliquera strictement toutes les conventions passées avec Moscou. Elle a du reste reçu des instructions catégoriques en ce sens à son départ d'Angora.

Les rapports entre Moscou et Angora sont cependant moins bons qu'on le dit.


C'est ainsi que Moscou a protesté auprès d'Angora contre les agissements de Kiazim Kara Bekir pacha, chef des groupes turcs à Kars, qu'il accusait de fomenter des soulèvements dans le Caucase du Nord et, de fournir du matériel de guerre pris à l'arsenal d'Erzeroum à Enver pacha pour sa lutte contre les pouvoirs des soviets au Turkestan. Kiazim fut alors déplacé, mais il est monté en grade depuis, puisqu'il a remplacé Ismet pacha au commandement du front occidental.

La chute de Youssouf Kemal, l'ancien ministre des Affaires étrangères, qui fut à Moscou le véritable artisan de l'alliance, a marqué également un échec de l'orientation russe. Une preuve de la méfiance qui règne entre les deux gouvernements réside dans le fait que les Turcs refusèrent toujours les troupes de renfort que les Russes leur offraient et que les soviets, de leur côté, accumulèrent à la frontière du Caucase des garnisons toujours plus nombreuses.

La véritable raison de cet état de choses est le mouvement qui se dessine parmi les musulmans de Russie. La propagande entreprise au Turkestan par Enver pacha a gagné la Crimée, le Kouban et les Tartares du Volga, qui représentent un bloc ethnique compact de quinze millions d'individus s'étendant au nord jusqu'à Kazan. Ces populations ont reçu des bolcheviks une autonomie nominale, mais leurs regards se tournent vers la Turquie, en qui s'incarne pour elles le réveil de l'Islam. Angora s'est engagé vis-à-vis de Moscou à ne pas favoriser leurs velléités d'indépendance. Il n'en est pas moins certain que celles-ci ont rencontré un accueil sympathique et certaines complicités au sein de la Grande Assemblée. On m'assure à ce propos, de très bonne source, que, lorsque Djemal fut assassiné à Tiflis, il était en train d'assurer la liaison entre l'état-major d'Enver et Angora. Ayant appris la chose, les soviets l'auraient fait supprimer par les agents de la Tcheka.

Un représentant du conseil national des Tartares de Crimée est déjà arrivé à Lausanne. Des délégués du Turkestan, des Tartares du Kouban et des nationalistes de l'Azerbeidjan sont également attendus. Ils appuieront auprès d'Ismet pacha la cause des populations musulmanes opprimées par les soviets. Officiellement, celui-ci se refusera à rien dire comme il se refuse déjà à appuyer ouvertement la délégation nationaliste égyptienne. Il est ici pour faire la paix avec l'Angleterre en s'appuyant sur la Russie. La plus élémentaire diplomatie veut donc qu'il n'indispose ni l'un ni l'autre.

Les soviets savent que la question des musulmans de Russie est désormais ouverte et qu'elle se trouve simplement ajournée du fait de leur traité avec Angora et des difficultés dans lesquelles se débat la Turquie. On sent de part et d'autre que l'alliance est précaire, aussi s'efforcera-t-on de lui faire rendre à Lausanne tout ce qu'elle peut donner."


Montreux, "La Situation vue d'Angora", Le Gaulois, 30 janvier 1923, p. 3 :

"Vis-à-vis de Moscou, la politique d'Angora est avant tout une politique d'intérêt. La Turquie a besoin de la Russie pour faire pression sur les puissances occidentales. Profitant de cette situation, la Russie poursuit en Anatolie un vaste plan de pénétration politique et économique. Mais les relations turco-russes, amicales en apparence, sont en réalité assez tendues. La question des Etats musulmans du Caucase est une cause de conflit toujours latente, ainsi que celle de la prépondérance au Turkestan et en Perse... et celle de Constantinople.

La propagande musulmane inquiète les bolcheviks. Par contre, celle des soviets n'est guère tolérée par Angora. Sept communistes turcs venant de Bakou ont été récemment arrêtés et exécutés à Trébizonde. Le déplacement de Khiazim Kara-Bekir du front du Caucase, demandé par les soviets à la cause de son opposition marquée à leur propagande, n'a été accordé qu'après de longues discussions par Angora. Il en a été de même pour toutes les concessions faites aux soviets sous la pression des circonstances."


Serge Afanasyan, L'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie : de l'indépendance à l'instauration du pouvoir soviétique (1917-1923), Paris, L'Harmattan, 1981, p. 191 :

"Tchitcherine, afin de mettre à l'épreuve les intentions d'Ankara, exige le 23 mars [1921] l'évacuation des territoires au sud de la Géorgie, Akhalkalak et Akhaltsikh, occupés par les Turcs lors de leur avance vers Batoum. Il accuse ces derniers d'avoir attaqué en certains endroits les troupes rouges et opprimé les populations, notamment les Molokans [communauté de chrétiens russes qui s'est longuement maintenue à Kars sous la République turque, à l'instar des chrétiens allemands] dans la région occupée. Le 6 avril, dans une note adressée à Ali Fuad pacha, nommé ambassadeur turc à Moscou, Tchitcherine, après la reprise d'Erevan par l'Armée rouge, demande l'évacuation des régions arméniennes d'Alexandropol et d'Erevan et s'étonne de la déclaration du ministre turc de la Guerre, Kemal [Mustafa] Fevzi pacha [Fevzi Çakmak], annonçant que l'Armée turque doit rester dans ces régions « pour constituer un élément d'équilibre » [!]."


Georges Mamoulia, Les combats indépendantistes des Caucasiens entre URSS et puissances occidentales : Le cas de la Géorgie (1921-1945), Paris, L'Harmattan, 2009, p. 76-79 :


"Dès l'été 1923, le Comité de l'indépendance de la Géorgie avait entrepris de reconstituer ses organisations clandestines régionales, dont un grand nombre avaient été supprimées à la suite de l'arrestation du Centre militaire. Ce dernier fut transformé en Commission militaire ; celle-ci conservait les mêmes fonctions mais elle était plus étroitement subordonnée au Comité de l'indépendance. Malgré de bons résultats dans ce domaine, il fut impossible de réparer complètement les dégâts infligés par la GPU. Après l'arrestation en masse des officiers géorgiens dans les unités soviétiques, la police communiste redoubla sa surveillance. Désormais il n'était plus possible de recevoir des renseignements de l'état-major de l'Armée caucasienne bolchevique. Noé Khomeriki, l'un des dirigeants du Comité de l'indépendance, informa le gouvernement en exil qu'à son avis, si auparavant une insurrection se déroulant uniquement en Géorgie avait eu des chances de réussir, désormais, après l'arrestation des officiers, on ne pouvait plus compter que sur une révolte s'étendant à tous les peuples du Caucase, ou sur une guerre entre l'URSS et les puissances occidentales, et encore, à condition que la neutralité bienveillante de la Turquie fût acquise. En outre, le succès de l'insurrection dépendait largement d'un financement régulier et de l'envoi de l'étranger de combattants ayant l'expérience des actions clandestines.

S'inspirant de ces recommandations, le gouvernement en exil tenta, avant tout, de parvenir à un accommodement avec les Turcs. Les Géorgiens escomptaient pouvoir exploiter leur mécontentement après l'inclusion le 30 décembre 1922 des républiques soviétiques transcaucasiennes dans l'URSS. Ils s'assurèrent l'appui des Azéris qui avaient de nombreuses relations en Turquie.

Les kémalistes étaient parfaitement au courant de l'opposition de certains communistes géorgiens, comme Philippe Makharadzé ou Polycarpe Mdivani, à cette décision de Moscou. Redoutant la reconstitution de l'Empire russe, y compris sous une forme communiste, ils espéraient que les Bolcheviks géorgiens arriveraient à tenir tête à la pression russe. C'est pourquoi le 29 mars 1923 lors de son entrevue avec Refet Pacha, Constantin Gvardjaladzé, le représentant en Turquie du gouvernement géorgien souligna qu'Ankara surestimait l'influence et la détermination des Bolcheviks géorgiens à résister à la politique centralisatrice du Kremlin. Pour la Turquie, la restauration de l'indépendance du Caucase serait le seul moyen de se protéger à l'avenir contre l'expansion russe.

Le 20 décembre 1923, Tchenkeli et Toptchibachy (Toptchibachev), le chef de la mission diplomatique de l'Azerbaïdjan en Europe, envoyèrent une note à Ismet Inönu, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères de la Turquie. Après avoir dénoncé le rattachement, le 30 décembre 1922, de la fédération transcaucasienne à l'Union Soviétique et les tentatives de Moscou de renforcer par ce moyen son contrôle sur la Géorgie, l'Azerbaïdjan et l'Arménie, les auteurs abordaient des problèmes plus concrets. Ils se disaient prêts à reconnaître le traité de Kars à condition qu'Ankara adopte une politique favorable à l'égard du Caucase.

Au début de 1924, Gvardjaladzé entreprit des mesures énergiques pour un rapprochement avec les Turcs. Il était secondé par les diplomates polonais.

Le 2 mars il rencontra le maréchal Fevzi Pacha, l'un des chefs des kémalistes. A la différence de certains de ses collègues, le maréchal était bien informé des événements récents qui s'étaient déroulés dans le Caucase, y compris du soulèvement de Svanéthie et des actions des unités de partisans du colonel Tcholokachvili.

Gvardjaladzé, qui se présentait comme le porte-parole du Comité de l'indépendance et du gouvernement national en exil, déclara à son interlocuteur que la majorité écrasante de la population géorgienne était prête à se soulever contre les occupants et que la position de la Turquie était en l'occurrence cruciale pour la cause des insurgés. La Géorgie était la cible d'une propagande hostile permanente orchestrée par le Kremlin. Afin d'intimider les Géorgiens, les Bolcheviks répandaient des rumeurs selon lesquelles ils avaient conclu un accord secret avec la Turquie ; aux termes de ce prétendu accord, si les troupes soviétiques abandonnaient la Transcaucasie, la région serait immédiatement occupée par les Turcs.

En souriant, Fevzi Pacha assura à Gvardjaladzé que ces rumeurs étaient dépourvues de tout fondement. Gvardjaladzé enchaîna, en faisant valoir que le gouvernement géorgien était convaincu que la formation d'un Etat-tampon caucasien correspondait aux intérêts vitaux de la Turquie. Le Comité de l'indépendance se rendait parfaitement compte que pour l'instant la Turquie n'était pas en mesure d'aider militairement les Géorgiens. Il demandait seulement de confirmer, même de manière officieuse, que dans le cas d'un soulèvement en Géorgie, la Turquie s'en tiendrait à une neutralité amicale.

Après un moment de silence, Fevzi Pacha répondit qu'il allait prendre en considération cette demande des Géorgiens. Dans deux semaines il se rendrait à Ankara, où il discuterait cette question avec Mustafa Kemal et İsmet İnönü.

Le maréchal tint parole : le 12 mars Gvardjaladzé informa le gouvernement à Paris que Fevzi Pacha avait soumis cette question à Kemal et İnönü. Selon lui, les deux dirigeants turcs avaient demandé de transmettre aux Géorgiens qu'officiellement la Turquie était obligée d'entretenir des relations amicales avec les Bolcheviks. C'est pourquoi Ankara ne pouvait pas s'ingérer dans les affaires internes de l'URSS. Cependant, le gouvernement turc était disposé à garantir aux Géorgiens une neutralité totale.

D'autres considérations empêchaient aussi les Turcs de rendre une assistance au mouvement national géorgien. Du 19 mai au 15 juin 1924 se déroulait à Istanbul une conférence anglo-turque, qui devait résoudre la question de la frontière de la Turquie avec l'Irak. Cette conférence n'aboutit pas car les Anglais rejetèrent les revendications turques sur la région de Mossoul. Selon le témoignage de David Vatchnadzé, l'un des leaders des nationaux-démocrates géorgiens engagé à cette époque dans les pourparlers secrets avec les kémalistes, les Turcs firent valoir qu'à cause de la mésentente avec les Anglais, Ankara avait besoin de l'appui diplomatique des Soviets. Ainsi, les Turcs n'étaient pas en mesure d'aider ouvertement les Géorgiens et ils devaient se contenter de les assurer de leur neutralité bienveillante."


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