mercredi 29 avril 2020

Talat Paşa (Talat Pacha) et la chute du tsarisme




"Russie et Turquie : Déclarations du grand vizir", L'Humanité, 8 avril 1917, p. 3 :

"Zurich, 7 avril. — Le grand-vizir Talaat pacha a été interviewé par un représentant du journal Tanin, au sujet de la révolution russe [de Février] et des rapports russo-turcs. Il a déclaré :

Depuis plusieurs siècles, la Turquie et la Russie étaient des ennemis mortels. La cause de cet état d'hostilité entre les deux pays est due uniquement aux idées de conquêtes russes en ce qui concerne notre territoire.

Talaat pacha dit encore que le peuple russe a droit à l'existence et que le devoir du peuple le plus naturel et le plus sacré était d'entretenir un sentiment de haine contre le gouvernement autocrate de Russie. C'est pourquoi la révolution russe est accueillie avec satisfaction en Turquie, car il était impossible d'envisager la possibilité de la reprise des relations entre le tsarisme et la Turquie.

La jeune Turquie aspire également au repos et aux réformes dont le pays et tout l'Orient ont un si grand besoin. Mais nous voyons avec regret que la révolution russe n'a pas complètement renoncé à ses idées agressives. — (Havas.)"

"Opinions sur les puissances de l'Entente", Bulletin quotidien de presse étrangère, n° 422, 27 avril 1917, p. 5 :

"Russie. — Interview de Talaat Pacha, dans le Tanine : La Turquie et la Russie étaient depuis quelques siècles des ennemies mortelles. Les causes de l'inimité entre les deux Etats étaient les visées ambitieuses de la Russie à l'endroit de la Turquie. La chute du tsarisme est un événement de nature à être accueilli en Turquie, plus qu'ailleurs, avec intérêt et satisfaction... Il n'y a aucune raison pour nous de ne pas vivre en bons voisins avec le peuple russe qui a pris en mains ses destinées pour former un Etat libre et moderne. A ce point de vue, nous avons accueilli avec sympathie la révolution russe. Si le peuple russe renonce aux ambitions de conquête poursuivies par le tsarisme, il s'ouvrira pour l'Orient une nouvelle ère de développement et de progrès. La jeune Turquie est également un enfant de la révolution... Cependant nous voyons avec regret que les idées de la révolution n'ont pas eu complètement le dessus sur les idées agressives. M. Milioukov, parlant de la paix honorable, met en avant la nécessité de résoudre la question turque en faveur de la Russie. Si le peuple russe adopte comme ligne de conduite ce néfaste héritage du tsarisme, il serait déplacé de parler de paix. Nous n'avons jamais nourri d'idées agressives envers aucun Etat... Conséquemment, la question de la Turquie ne peut être résolue qu'en faveur des Ottomans. — Commentant les déclarations précédentes du grand-vizir, le Tanine dit : On peut y ajouter que l'opinion publique turque pense de même. Si les nouveaux hommes d'Etat russes voulaient accueillir sérieusement les paroles de Talaat Pacha, les résultats utiles ne resteraient pas limités aux Turcs et aux Russes ; tout l'Orient en profiterait Nous souhaitons que les révolutionnaires russes ne tardent pas à le comprendre. — Journaux bulgares, 6 et 9.4."

Voir également : Les causes nationales ukrainienne et irlandaise dans la stratégie jeune-turque 

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