mercredi 8 avril 2020

Regards non-turcs sur les populations turques




Maxime Du Camp, lettre à Gustave Flaubert, 22 juin 1844 :

"Au reste ils [les Turcs] ne sont pas jaloux comme on le croit généralement. J'ai déjà vu à Scutari cinq femmes avec leur mari sans voiles, c'est-à-dire visage et gorge complètement à découvert. Une d'elles était remarquablement jolie. Les Turcs sont les meilleurs gens du monde. Ils valent cent fois mieux que les Grecs tant vantés. Ces derniers sont pour la plupart des gredins, voleurs et méchants. Ils tueraient un homme pour 2 sols. Leur roi, le sieur Othon, est une manière de petit Jean-fesse, qui a le grand défaut de se masturber indignement et presque publiquement quoiqu'il ait une assez jolie femme. Les Grecs sont morts maintenant, et je crois que l'heure de leur résurrection n'est point prête à sonner — Constantinople est inondé de chiens, de cigognes, de mouettes, de milans. Le respect des Turcs pour les animaux est poussé à un tel point qu'ils finiront, je crois, par être dévorés par toutes les bêtes qui les entourent."


Edmond About, La Grèce contemporaine, Paris, L. Hachette et Cie, 1863, p. 65-66 :

"Il restait quelques familles turques dans l'île de Négrepont, lorsque la guerre d'Orient a éclaté : je suppose qu'elles ont quitté le royaume. Les Grecs les toléraient, à peu près comme ils tolèrent les juifs : je ne sais rien de plus intolérant que leur tolérance. Ces Turcs avaient cent fois plus de raisons de se plaindre que les Grecs rayas n'en ont jamais eu d'accuser les Turcs. Jamais les Turcs n'ont traité les églises grecques comme les gamins de Négrepont traitaient les mosquées.

Les Grecs témoignent très-hautement leur mépris pour les Turcs. Depuis qu'on les a délivrés, ils se figurent qu'ils se sont délivrés eux-mêmes ; chacun se rappelle les beaux faits d'armes qu'il aurait pu faire, et le plus modeste a toujours tué cent Turcs pour le moins. Cependant j'ai vu le temps où il était fort difficile de décider un domestique hellène à passer la frontière de la Turquie. Ces héros se serraient contre leurs maîtres à l'approche du moindre turban, et le plus mince cavas aurait pu les bâtonner sans résistance."


Joseph Arthur de Gobineau
, lettre à sa soeur Caroline de Gobineau, 7 février 1867 :

"Tu as tort de détester les Turcs, ce sont de braves gens, pas très alertes ni vifs, mais qui ne demanderaient pas mieux que de vivre tranquilles et de laisser vivre tout le monde, si le fanatisme exorbitant de braves Chrétiens qui ne croient ni à Dieu ni à Diable ne leur rendait la vie impossible et la patience fort à charge."


Karl Marx, lettre à Wilhelm Liebknecht, 4 février 1878 :


"Nous prenons parti [dans la guerre russo-turque], de manière la plus énergique, pour les Turcs, et cela pour deux raisons : 1° parce que nous avons étudié le paysan turc (dans la masse populaire turque) et comprit qu'il est sans conteste un des représentants les plus vaillants et les plus moraux de la paysannerie d'Europe (...)."


Elisée Reclus
, L'Homme et la Terre, tome V, Paris, Librairie universelle, 1905, p. 388-389 :

"Ce n'est pas à un « homme malade », c'est à un invalide amputé de bras et de jambes que l'on devrait comparer ce qui reste de l'empire de Souleïman le Magnifique. Or, la Turquie se trouvant sous la dépendance de jour en jour plus étroite des financiers européens, il est à présumer que ceux-ci continueront de distribuer le pays à leurs protégés princiers comme ils l'ont déjà fait pour la Roumanie, la Serbie, la Bulgarie, la Bosnie-Herzégovine, l'île de Samos et la Crète.

Pourtant les ressources de toute nature, en hommes, en terres, en produits variés, que possède la Turquie, en Europe et dans l'Asie antérieure, dans les limites qu'on a bien voulu lui laisser pour un temps, sont encore d'une haute valeur. D'abord le peuple turc est, en Europe, celui dont les individus sont les plus forts et les plus sains ; s'il n'est pas le plus intelligent, s'il est même le moins souple à l'adaptation, c'est du moins le plus honnête et le plus sincère, de même que le plus sobre et celui qui use le moins de boissons excitantes."


Jean Jaurès, "Réformes turques", L'Humanité, 15 juillet 1908 :

"Il ne s'agit pas, en effet de dépecer la Turquie et d'en jeter les morceaux à des chiens affamés, mais de la sauver en la réformant. Il ne s'agit pas de déchaîner en Macédoine les convoitises bulgares, serbes ou grecques, et d'ajouter ces rivalités éternelles à tous les maux dont souffre le peuple turc. Il s'agit de créer un régime de probité, de sécurité, de liberté, d'ordre administratif qui garantisse la vie, les liens, les droits, le développement intellectuel des populations chrétiennes des Balkans, et aussi la vie, les biens, les droits, le développement intellectuel de cette admirable race de paysans turcs, si laborieux, si sobres, si fiers, si braves.

Si les jeunes Turcs sont assez forts pour faire prévaloir un programme de réformes et de garanties, ils sauveront du désastre un peuple excellent, et ils épargneront à l'Europe une crise longue et redoutable."


Henri Isvoranu, "La VIIIe Croisade", Les Temps nouveaux, n° 29, 16 novembre 1912, p. 1 :

"Les Turcs ! Que n'a-t-on pas dit sur leur compte ! Les a-t-on assez dépeints comme des brutes sanguinaires, cruelles jusqu'à la folie et ne vivant que de pillage et d'exactions ! Peut-on s'imaginer le Turc autrement que sous l'aspect d'un grand escogriffe, long comme un échalas, les pommettes saillantes, le nez pointu, l'immense moustache tombante, la tête ceinte d'un chiffon dont les bouts retombent sur la nuque, vêtu de loques, le ventre barré d'une large ceinture dont émerge tout un arsenal de poignards, pistolets, broches, etc., et passant, en trombe, sur les campagnes terrorisées, éventrant les femmes, violant les filles, écartelant les enfants !

Non, ce Turc n'existe pas. Demandez aux officiers de la gendarmerie internationale et aux fonctionnaires étrangers de l'administration de Macédoine qui, eux du moins, ont vu et coudoyé tout cet amalgame innommable qui constitue la population de cette province ; ils vous diront, tous, que l'élément turc est le plus doux, le plus effacé, le plus docile de tous et que les autres ne sont qu'un tas de braillards paresseux et malfaisants qui se détestent plus entre eux qu'ils ne détestent leurs soi-disant oppresseurs et faisaient dire à un de leurs administrateurs : « Je me trouvais dans une maison de fous ! » "


Jean Grave, Les Temps nouveaux, n° 29, 16 novembre 1912, p. 2 :


"Nous avons inséré l'article [de Henry Isvoranu] ci-dessus parce qu'il nous a semblé sincère — quoique un peu trop empreint de littérature — et qu'il apporte une note que l'on ne trouve pas dans la grande presse.

Et aussi parce que j'ai entendu des récits de camarades, dignes de foi, ayant vécu en Turquie, confirmer ce que dit l'auteur de l'article.

Les Turcs, qu'il ne faut pas confondre avec le gouvernement de boue et de sang qui fut celui d'Abdul-Hamid — le protégé de la France et de la Russie — le paysan turc, surtout, est pacifique, travailleur, tolérant et loyal."


René Pinon, "La réorganisation de la Turquie d'Asie", Revue des Deux Mondes, 15 août 1913, p. 888 :

"L'Anatolie est un vaste plateau coupé de vallées profondes, triste et pauvre, balayé par les vents du nord, très froid l'hiver, torride l'été : là seulement, dans ces steppes qui lui rappellent ses lointaines origines mongoliques, vit en groupes compacts le paysan de race turque, paisible et honnête cultivateur qui constitue la vraie force militaire de l'Empire, la suprême réserve de son avenir."


Georges Wagnière, allocution devant l'Assemblée populaire, Genève, 2 novembre 1915 :


"Le Turc a un affreux Gouvernement, mais le peuple, surtout le paysan turc, possède de grandes qualités, que reconnaissent les voyageurs et tous les Européens qui ont vécu en Turquie."


Charles Richet, Les Coupables, Paris, Flammarion, 1916, p. 59-60 :

"Et le mystère n'est pour personne qu'Enver pacha s'est vendu à l'Allemagne, ou, si l'on veut, que l'Allemagne l'a acheté. Pour quelques poignées d'or, le peuple turc a été sacrifié. Pauvres paysans turcs, si laborieux, si loyaux, si humains, victimes de l'aventurier éhonté qu'un meurtre a porté au pouvoir. Pauvres honnêtes et braves Turcs ! Quel sort lamentable ! Quelle iniquité du destin !"


*** (Léon Ostroróg), Le problème turc, Paris, Ernest Leroux, 1917, p. 217-220 :


"Les Turcs, d'autre part, ne sont aucunement comparables à ces pauvres peuplades damnées d'Amérique et d'Australie, en retard d'une époque géologique, rebelles à toute direction et toute culture, et qu'on se croit justifié à laisser lentement mourir d'alcool, de misère et de tristesse dans les territoires réservés dont une civilisation supérieure leur fait la charité intéressée. Parce que, considérés en bloc, les Turcs ne sont ni des intellectuels, ni des hommes d'affaires, gardez-vous d'en tirer la conclusion que ce peuple supérieurement brave et discipliné, au langage compliqué, doux et protocolaire, aux manières graves et courtoises, aux femmes très bonnes et très dignes dans les classes humbles, extrêmement séduisantes et de la plus fine distinction dans les classes hautes, constitue une méprisable et négligeable non-valeur. S'il y a un trou dans la cervelle turque, cette cervelle présente aussi d'appréciables protubérances. L'administration d'un grand pays serait impossible, si, dans l'agglomération d'hommes qui l'habitent, sous le vernis brillant des penseurs, des artistes, des politiciens et des spéculateurs, il n'existait point une assise terne et ferme d'hommes simples, valeureux sans calcul, obéissants sans arrière-pensée, capables d'abandonner avec aisance une vie dont l'idéal n'était point uniquement d'amasser des capitaux ou d'occuper les journalistes. En Orient, cette utile et obscure couche est représentée par les Turcs. Dirigeants insuffisants, quelquefois haïssables — les massacres répétés d'Arménie en sont une accablante preuve — ces « poilus » de race font des dirigés parfaits, sans aucune comparaison possible les plus honnêtes et les plus dociles paysans, les plus solides soldats et les plus sûrs fonctionnaires de l'Asie. Ils ont été créés et mis au monde pour labourer la terre à blé, aidés de leurs buffles placides, ou pour exécuter exactement et courageusement des ordres précis, en mettant leur bonheur à toucher régulièrement une solde modeste et à voir se multiplier les galons sur leurs manches et les décorations sur leur poitrine. Ce n'est pas le tout des fonctions de la vie, mais c'en est une part dont personne aujourd'hui ne songerait à prétendre qu'elle soit médiocre. Les ambassades, les légations, les consulats en Turquie sont en la garde de Turcs. Ces gardes du corps turcs ou kavass se montrent d'une tenue et d'une fidélité irréprochables. Pour défendre un ambassadeur, son bébé, son chien, sa canne et son chapeau, ils dégaineraient contre un pacha. Les qualités de courage et de loyauté militaire des Turcs sont d'ailleurs exemplaires, et il n'y a pas lieu d'y revenir après tous les témoignages qu'en ont portés les combattants français et anglais revenus des Dardanelles."


Eugène Pittard
, La Roumanie ; Valachie, Moldavie, Dobroudja, Paris, Bossard, 1917, p. 297 :

"Généreux, honnêtes, paisibles, hospitaliers, les Turcs de la Dobroudja m'ont paru dignes d'une véritable estime. Souvent, d'ailleurs, de hauts fonctionnaires roumains m'ont confirmé cette impression."


Ernest Jackh (Ernst Jäckh)
, The Rising Crescent : Turkey Yesterday, Today and Tomorrow, New York-Toronto, Farrar & Rinehart Inc., 1944, p. 5-6 :

"Je n'avais pas de prédisposition particulière en faveur des Turcs. Je n'avais pas non plus de préjugé occidental violent. Mais ma longue expérience avec eux, ma proximité avec de nombreuses familles turques, certaines de haut rang, et certaines appartenant aux petites gens, m'ont révélé que la véritable nature du peuple turc est tout à fait différente de celle suggérée par les slogans populaires. C'est par sens du devoir, par chevalerie envers une nation opprimée, et en hommage à une très longue amitié que je présente ma découverte et ma confiance dans le "Croissant levant".

Par la compréhension de l'âme d'un autre peuple on enrichit sa propre âme. Mais c'est seulement en aimant un peuple que l'on arrive vraiment à le comprendre. Je fus honoré avec un tel amour quand, en tant que jeune démocrate allemand, je suis allé en Turquie en 1908."


Voir également : Générosité, calme et sobriété du Turc ottoman

Le Turc ottoman, un être hautement civilisé

Les traits du caractère turc

Les Turcs et l'art : créateurs, mécènes et collectionneurs
  
Le statut de la femme turque au Moyen Age

Aspect et beauté physiques des Turcs

La tolérance des Seldjoukides

Le mythe absurde de l'intolérance ottomane
  
Le kémalisme, la bonne révolution
  
La sous-estimation méprisante des Turcs