vendredi 17 avril 2020

Les relations d'Abdülhamit II avec les Jeunes-Turcs, après sa déposition en 1909




*** (Léon Ostroróg), "Hommes et choses de Turquie : La famille impériale : Authentiques anecdotes sur le sultan actuel, sur son fils et sur Abdul Hamid", Paris-Midi, 3 décembre 1915 :

"Je ne veux pas terminer ce récit sans parler aussi du captif de Beylerbey, l'ex-sultan Abdul Hamid.

Voici trois ans déjà que le stationnaire allemand Loreley le ramena à Constantinople. Depuis lors, Abdul Hamid habite sur la rive asiatique, le palais de Beylerbey dont on aperçoit de DolmaBaghtché la masse blanche, presque en face d'Ortakeuy. Le parc du palais est entouré de hautes murailles autour desquelles veillent, nuit et jour, des soldats sûrs et éprouvés. (...)

On raconte, à ce sujet, bien des histoires : on n'aurait qu'à glaner. Je ne veux point trop m'y attarder ; je me bornerai à citer deux ou trois faits qui, s'ils ne sont pas les plus curieux — la légende est souvent plus belle que l'histoire — ont pour moi le mérite de la vérité, car ils me sont parvenus de sources directes, absolument sûres.

Pendant le trimestre qui s'écoula depuis le début de la guerre générale jusqu'à l'entrée en lice de la Turquie, Abdul Hamid fit tenir plus d'une fois des avis à certains membres du gouvernement, notamment à Saïd Halim pacha et surtout à Talaat bey, à son avis, le plus intelligent de tous, qui, bien dirigé aurait pu faire de grandes choses. Il les engagea à tenir autant que possible la balance égale entre toutes les puissances et à observer pendant toute la guerre européenne la neutralité qui, seule, apporterait à la Turquie des avantages palpables. Ces arguments impressionnèrent vraiment Talaat qui essaya jusqu'en septembre de remonter le courant qui entraînait la Turquie vers la guerre.

Depuis, au mois de février ou mars de cette année, il revint à la charge et son intervention ne fut point étrangère à certaines tentatives dont il n'est pas, je crois, encore l'heure de parler et qui eurent Talaat bey comme principal artisan.

C'est Abdul Hamid qui vainquit les résistances opposées par la princesse, femme actuelle d'Enver pacha [Naciye Sultan, nièce d'Abdülhamit II], au mariage avec ce dernier. Il y eut à Beylerbey une entrevue très dramatique entre le souverain déchu et la princesse, entrevue à la suite de laquelle celle-ci finit par donner son consentement [ce mariage arrangé se transformera en véritable mariage d'amour par la suite]. Abdul Hamid n'avait certainement pas agi par amour d'Enver."

Voir également : Talat Paşa (Talat Pacha), d'après diverses personnes

Après tout, qui se souvient de l'amitié indéfectible entre Talat Paşa (Talat Pacha) et Ernst Jäckh ?

C'était Enver Paşa (Enver Pacha) : l'homme par-delà les légendes noires

Cemal Paşa (Djemal Pacha), le "Turc turcophile"

Un entretien avec Cemal Paşa (1914)
  
La révolution jeune-turque ou l'inextinguible lumière de l'espoir
  
 
Le patriotisme ottoman du Comité Union et Progrès (İttihat ve Terakki)

Un aperçu de la diversité humaine dans l'Empire ottoman tardif : moeurs, mentalités, perceptions, tensions

Mehmet V et la Constitution ottomane 

Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) : un sultan autoritaire et réformateur

Les reculs et les renoncements d'Abdülhamit II

Le conflit entre le régime d'Abdülhamit II et l'intelligentsia islamiste arabe

Le sultan Abdülhamit II et Ármin Vámbéry