samedi 1 février 2020

Le facteur kémaliste dans les révoltes anticoloniales en Syrie




Jacques Baulin, Face au nationalisme arabe, Paris, Editions Berger-Levrault, 1959, p. 16 :

"Toutes les sociétés secrètes [arabes], qu'elles s'appellent Fetah à Damas, ou Al Ahad à Badgad, étaient dirigées par des intellectuels imbus de culture turque ou européenne. Ils lutteront de 1915 à 1918 aux côtés des Alliés, contre l'Empire ottoman dont le crime majeur, à leurs yeux, était de limiter leurs perspectives d'avancement ou plutôt d'épanouissement.

L'exemple du leader syrien Ibrahim Hananou paraît édifiant à cet égard. De culture turque, il appelait de ses vœux, la libération de la Syrie du joug ottoman, par l'armée d'Allenby. Ce qui ne l'empêcha nullement de soulever en 1920 la Syrie contre les troupes du général Gouraud et de rechercher l'alliance turque, en l'occurrence celle de Mustafa Kemal."


Pierre Fournié et Jean-Louis Riccioli, La France et le Proche-Orient : 1916-1946 : une chronique photographique de la présence française en Syrie et au Liban, en Palestine, au Hedjaz et en Cilicie, Paris, Casterman, 1996, p. 80 :

"Alep, rue Khandak, mars 1922. Manifestation de joie à l'occasion de la libération de Ibrahim Hananu. C'est avant tout la région d'Alep qui va donner du fil à retordre à l'armée française. Pendant plus de deux ans, Ibrahim Hananu, ancien député au Congrès arabe de Damas, va mener une lutte acharnée contre la présence française. Le soutien financier et militaire que lui fournit Mustapha Kemal inquiète autant les partisans de Fayçal que les Français, mais il bénéficie d'un indiscutable appui populaire."


Michael Provence, The Great Syrian Revolt and the Rise of Arab Nationalism, Austin, University of Texas Press, 2005, p. 97 :

"Siba'i [Maẓhar al-Sibâî] naquit à Homs, était allé à l'école secondaire militaire de Damas et était dans l'une des dernières classes à fréquenter l'Académie militaire ottomane d'Istanbul pendant la guerre. Après la guerre, il rejoignit le combat de Mustafa Kemal en Anatolie dans la guerre d'indépendance turque et rejoignit plus tard Ibrâhîm Hanânû dans le nord de la Syrie contre les Français. Après la fin de la révolte de Hanânû, il a été emprisonné pendant un an et s'est retrouvé à Ḥamâh en 1925, alors qu'il n'avait que vingt-quatre ans."


Résumé introductif de "A nationalist rebellion without nationalists ? Popular mobilizations in mandatory Syria 1925-1926" (Michael Provence), in Nadine Méouchy et Peter Sluglett (dir.), The British and French Mandates in Comparative Perspectives / Les mandats français et anglais dans une perspective comparative, Leiden, Brill, 2004, p. 673 :

"Au tout début de novembre 1925, quatre mois à peine après le déclenchement de la Grande Révolte syrienne, les services des Renseignements français rapportèrent que Ramadan Challach, un ancien officier ottoman ayant servi dans l'armée arabe de Faysal, s'était rendu dans plusieurs villages de la montagne syrienne. Dans sa tournée, Challach était accompagné par une troupe de cavaliers bédouins et de paysans des alentours, un millier environ, pour la plupart non armés. De manière générale, ils arrivaient par surprise, de nuit, rassemblaient quelques-uns des habitants de l'endroit et neutralisaient les forces locales de gendarmerie avant de les désarmer. Après avoir ainsi pris possession des villages et s'être livrés au pillage des bâtiments et bureaux du gouvernement, et peut-être même des maisons de villageois hostiles, Ramadan Challach prenait souvent la parole en public sur la place centrale du bourg. Selon les rapports des services des Renseignement mandataires, il appelait les villageois à prendre les armes en proclamant qu'ils étaient tous engagés dans un combat similaire à celui de Mustafa Kemal. Il comparait la situation de la place d'où il parlait à celle d'Ankara en 1920, devenue la capitale de la Turquie nouvelle qui avait émergé, fière et indépendante, sur les ruines de l'empire ottoman, à l'encontre des plans de partitions dressés par les Puissances européennes. Apparemment, ce message était très bien reçu, aussi bien parmi les villageois musulmans que chrétiens."


Voir également : La lutte d'indépendance impulsée par Mustafa Kemal : une résistance à l'occupation de l'Entente et aux irrédentismes gréco-arméniens
  
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