jeudi 13 février 2020

La montée du nationalisme arabe sous Abdülhamit II




François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003, p. 109-110 :

"La situation dans les provinces arabes au lendemain de la crise de 1875-1878 donne également des inquiétudes au sultan. Confrontés à la défaite de 1878 et à l'affaiblissement du pouvoir central, les notables arabes s'interrogent sur leur avenir. Que va-t-il se passer en cas d'effondrement et de partage de l'Empire ? Que vont devenir les provinces arabes ? Dans le Hedjaz, le chérif de La Mecque, Hussein, commence à chercher des appuis du côté des Anglais. En Syrie éclate au printemps 1880 « l'affaire des placards » ; des affiches collées sur les murs à Beyrouth et à Damas appellent les Arabes à se réveiller, à se libérer du joug des Turcs et à réaliser l'unité de la patrie syrienne."

Jacques Baulin, Face au nationalisme arabe, Paris, Berger-Levrault, 1959, p. 14-15 :

"Il ne faudrait surtout pas croire que ces phénomènes [de prise de conscience nationaliste] apparaissent uniquement dans les domaines coloniaux des puissances européennes. La Sublime Porte, elle aussi, se heurta à un nationalisme arabe d'essence intellectuelle. Mais là, le problème se présentait sous un jour sensiblement différent.

Certes, les maîtres de l'Empire ottoman condescendaient à « civiliser » les « Arabes barbares » en leur entrebaillant les portes des universités turques. Mais ce sont surtout des institutions européennes qui s'attelèrent à cette tâche éducative.

« L'histoire du mouvement national en Syrie, écrit Georges Antonius dans son Réveil arabe, coïncide avec la fondation à Beyrouth vers 1850 d'une modeste société littéraire sous patronage américain... quand cinq jeunes gens éduqués au Collège protestant formèrent une société secrète... »

Les institutions catholiques françaises se multiplient de leur côté au Levant. La situation est telle que le comte de Petiteville, consul général de France à Beyrouth, écrit à son ministre des Affaires étrangères en 1888 : « Nous assistons aux prémisses d'une révolution... L'on doit admettre que nos collèges sont, dans une certaine mesure, la cause de cette révolution... »

Ces intellectuels ne disposent pourtant pas de débouchés : dans le système ottoman, le fonctionnariat restait le monopole des Anatoliens. L'intelligentsia arabe se lance donc dans l'action politique.

D'où la prolifération sans précédent des journaux publiés par les intellectuels arabes avant la première guerre mondiale. Entre 1904 et 1910, le nombre des publications en langue arabe passe de 29 à 168 au Liban, de 3 à 87 en Syrie, de 1 à 31 en Palestine, de 2 à 70 en Irak, et de zéro à 6 au Hedjaz."

Voir également : La Conférence de Berlin sur le partage de l'Afrique (1884-1885) : quand l'Empire ottoman faisait partie des puissances coloniales européennes

Le projet islamiste de division et d'arabisation de l'Empire ottoman

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Une des "raisons" de l'antisémitisme arménien : la loyauté des Juifs ottomans à leur Etat, sous Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) et les Jeunes-Turcs

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Le point de vue des Juifs sur le sultan Abdülhamit II 

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Le contexte de l'abolition du califat en Turquie (1924)