mardi 5 novembre 2019

L'influence du kémalisme sur l'armée bolivienne




"Le général Ovando cherche une révolution", L'Express, 5-11 janvier 1970 :

"Teint basané, yeux verts, visage de renard, le général Alfredo Ovando Candia est l'homme qui a donné l'ordre d'exécuter Che Guevara le 9 octobre 1967. Il était à l'époque commandant en chef des forces armées boliviennes. Mais, en fait, la décision avait été prise collectivement par un vote du haut état-major : trois voix pour, deux voix contre. Le général Ovando avait voté contre. Aujourd'hui, les restes du Che reposent dans un couvent, et ce général de 53 ans régne sur la Bolivie depuis le 26 septembre, date d'un coup d'Etat qui ressemblait à une simple passation de pouvoirs. Dans son cabinet de travail, au premier étage du palais présidentiel de la place Murillo, à La Paz, il a expliqué à L'Express, tout en essuyant les verres de ses lunettes, le sens de la « révolution » d'un autre style qu'il a, à son tour, l'ambition de réaliser. (...)

— Pouvez-vous définir vos objectifs ?

— Notre révolution est nationaliste. Il y a dans le monde quatre groupes de pays : les Etats-Unis, qui exercent une domination mondiale ; l'U.R.S.S., qui exerce une domination extra-continentale mais non mondiale ; les pays autonomes, comme le Japon et l'Europe occidentale ; les pays dépendants, comme ceux d'Afrique et d'Amérique latine. Nous avons la volonté de faire gravir à la Bolivie un degré de l'échelle afin qu'elle prenne place parmi les pays autonomes. On peut atteindre ce but par divers moyens, le nationalisme ou le socialisme. Nous avons choisi le nationalisme.

— Que pensez-vous de la politique de Washington en Amérique latine ?

— Mauvaise approche, sans compréhension véritable et globale des réalités latino-américaines. Une série de tentatives n'a abouti qu'à des échecs : la politique dite de bon voisinage, l'Alliance pour le Progrès, etc. Il est malgré tout encourageant que les Etats-Unis continuent à rechercher de nouveaux moyens de rapprochement, mais il y a trop de rapports entre la politique du Département d'Etat et les intérêts des compagnies privées. En nationalisant la Gulf Oil, nous n'avons pas voulu ignorer les investissements opérés par cette firme en Bolivie. Le gouvernement appuiera une juste indemnisation. Mais, jusqu'à présent, nous ne sommes pas parvenus à nous entendre sur la somme à verser.

— Quels sont les exemples historiques qui vous ont influencé le plus ?

— La révolution mexicaine, bien sûr, puis la Turquie. Ataturk a changé les structures de son pays. Là-bas aussi il y avait une société marginale, inculte, paysanne. Le paysan bolivien est analphabète, superstitieux. L'Espagnol n'a réussi à faire entrer chez l'indigène que la boisson et le couteau. L'indigène a conservé tout le reste, et d'abord ses langues, le quetchua et l'aymara. Même la religion chrétienne n'a pas été pleinement acceptée. Le culte de la Terre et du Soleil reste très vif. Je connais l'enfant de la campagne. Le fait qu'il apprenne à lire et à écrire uniquement en espagnol me déplaît. A l'école, on lui dessine l'aile d'un oiseau, mais le mot ala (aile) ne signifie rien pour lui. La vérité, c'est qu'il faut tout changer dans ce pays. Ce sera la tâche non pas d'un seul gouvernement, mais de plusieurs."

Voir également : L'hommage de Celâl Bayar à Evita Perón

L'influence du kémalisme sur l'armée française

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