lundi 2 avril 2018

Papa Eftim, le patriarche des Karamanlides (Turcs chrétiens-orthodoxes)




"Nouvelle scission au sein de l'Eglise orthodoxe", La Croix, 2-3 janvier 1922 :

"Le principe schismatique produit ses fruits en Orient. On télégraphie de Constantinople que Mgr Melotis Metaxakis, élu dernièrement patriarche oecuménique, est attendu prochainement venant d'Amérique. Non seulement la scission est complète entre le Phanar et les gouvernements de Constantinople et d'Athènes, mais encore des courants séparatistes se manifestent au sein de l'Eglise orthodoxe. Suivant des nouvelles d'Angora, la population grecque orthodoxe d'Anatolie manifeste, par l'intermédiaire de son chef religieux, le métropolite de la localité de Keskine, reconnu également comme métropolite par les nationalistes, le désir de rompre avec le patriarcat oecuménique et de créer un patriarcat autonome en Anatolie dans les limites autorisées par le gouvernement d'Angora.

Le commissariat à la justice et au culte d'Angora, partageant le désir exprimé par le patriarche orthodoxe résidant en Anatolie, élaborera un projet de loi tendant à la création d'un patriarcat turc orthodoxe à Angora. Des approbations concernant le projet qui sera soumis à l'assemblée nationale et qui précédera la constitution du patriarcat sont déjà parvenues au gouvernement.

Selon diverses informations la motion des députés Djella-Eddine et Arif bey tendant à l'abolition des privilèges dont jouit le patriarcat, sera discutée en même temps que la proposition relative à la création d'un patriarcat turc orthodoxe."


"Dans le Proche Orient", Le Temps, 6 janvier 1922 :


"La question du patriarcat

On mande d'Angora :

Le conseil des ministres a approuvé la création d'un patriarcat turc indépendant en Asie-Mineure. Le conclave aura lieu très prochainement et probablement à Césarée.

D'après le bruit qui court, Mgr Papa Estym [Eftim] sera élu au patriarcat.

Mgr Papa Estym s'est distingué par sa proclamation dans laquelle il était dit qu'en Asie-Mineure il n'y avait qu'un seul peuple, les Turcs, musulmans ou chrétiens."


"Les Affaires d'Orient", Le Journal des débats politiques et littéraires, 27 février 1922 :

"Le Patriarcat turc

Le projet de loi pour l'élection d'un patriarche turc à Angora a été préparé pour être présenté à l'Assemblée nationale de Turquie. D'après ce projet, les coutumes patriarcales du Phanar seraient abandonnées. L'organisation des Turcs chrétiens d'Asie-Mineure ne sera pas différente de celle des Turcs musulmans."


"A propos de l'armistice turco-grec", Le Rappel, 11 avril 1922 :

Angora 9 avril. — Ces derniers jours, une réunion a eu lieu devant la grande Assemblée nationale. Plusieurs orateurs ont prononcé des discours rappelant l'armistice de Moudros, les conditions dans lesquelles il a été conclu et quels résultats il a donnés, (...).

Papa Eftime Effendi, patriarche des chrétiens turcs, a pris la parole et déclaré que les chrétiens turcs sont unis avec les musulmans pour la cause nationale."


"Les Turcs aux portes de Smyrne : L'armée grecque du Nord anéantie", L'Action française, 9 septembre 1922 :

"L'enthousiasme en Asie Mineure

Les nouvelles de la victoire turque ont produit en Asie Mineure un enthousiasme indescriptible. Dans toutes les villes des réunions et des fêtes ont été organisées. Les télégrammes de félicitations envoyés à Moustapha Kémal pacha dépassent plusieurs milliers.

Le patriarche orthodoxe turc d'Asie Mineure, dans une lettre pastorale, a ordonné trois jours de fêtes dans toutes les églises. La population de la ville d'Angora célèbre la victoire depuis trois jours."


"Chronique des Eglises orientales", Echos d'Orient, n° 125, tome 21, 1922, p. 111 :

"Un certain pappas Efthyme, de Keskine, un des plus fervents partisans du patriarcat anatolien et probablement un des candidats éventuels, a découvert que les orthodoxes turcophones sont de même race que les conquérants. Ils seraient venus un siècle avant les Seldjoucides et auraient embrassé le christianisme sous l'injonction des empereurs byzantins. Actuellement encore, ils se servent du turc dans la liturgie, et leurs livres saints sont également en turc."


Etienne Rollier, "Tentative d'expulsion du patriarche grec de Constantinople", La Croix, 19 juin 1923 :

"Le gouvernement d'Angora n'admet point l'existence d'une Eglise grecque sur son territoire, et accepte, au besoin, d'avoir une Eglise nationale turque : l'anomalie est dans le fait que le gouvernement n'est pas chrétien : mais ce n'est pas Angora qui aura du scrupule sur ce point, et la vérité est que, déjà, durant les hostilités de 1920-1923, les nationalistes turcs avaient fondé à Angora même une Eglise turque-orthodoxe, avec, en tête, un certain papa Eftym (c'est la forme turque du nom grec Efthymos) ; la langue liturgique était le turc : la messe de saint Jean Chrysostome traduite dans la langue de Mahomet ! Qui les empêchera d'implanter cette Eglise à Constantinople ? Ce n'est pas l'Europe qui voudra intervenir dans cette affaire intérieure, elle qui a tant de peine à sauvegarder ses propres intérêts auprès des Turcs. Sans doute, la délégation turque n'a pas réussi à supprimer le siège du patriarche oecuménique ; on y parviendra par une voie détournée en favorisant, par exemple, l'entreprise de Damianidis, qui, du reste, n'a pu se lancer dans cette affaire sans le consentement ou même l'instigation des autorités locales : il n'est que de voir l'empressement avec lequel la requête de Damianidis a été accueillie par le préfet de la ville et communiquée sans retard à Angora.

Si ces projets se réalisent, il arrivera qu'effectivement, au lieu de la tiare, l'Eglise de Constantinople aura hérité du turban."


Paul Gentizon, "Lettre de Turquie : La question du patriarcat", Le Temps, 28 mars 1924 :

"Tandis que ces débats se poursuivent autour du maintien ou de la suppression du patriarcat, des événements lamentables, faisant revivre les époques les plus sombres de l'histoire byzantine se déroulent au Phanar. Depuis le jour où quelques centaines de Grecs de Galata firent irruption dans le palais patriarcal en y brisant les meubles et malmenant les prélats, sous prétexte d'exiger la démission de Meletios IV, dissensions, rivalités, intrigues, procès, excommunications n'ont cessé d'agrandir le chaos moral dans lequel se débat la communauté grecque de Constantinople. Au lieu d'atténuer le mal, l'élection du nouveau patriarche Grégoire VII n'a fait que l'envenimer. En face de ce vieillard et du Saint-Synode, se dresse, en effet, le Papa Eftim, qui, venu, il y a quelques mois, du fond de l'Anatolie, se donne comme le chef de la nouvelle Eglise, dite turque-orthodoxe. Or, ce fougueux prélat paraît décidé à tout prix, si ce n'est à abolir le patriarcat, du moins à le réformer radicalement. Chaque semaine, des notes solennelles que l'on publie intégralement, tout comme des documents diplomatiques, sont échangées entre les deux parties. « Par la lecture de nos livres sacrés, écrit un jour le Papa Eftim, j'ai acquis la conviction inébranlable que le devoir religieux qui vous incombe est d'aimer le gouvernement turc... » Et le lendemain : « Si vous n'êtes pas les esclaves de votre ambition égoïste, laissez le soin de diriger l'Eglise à ceux qui ne sont pas politiquement compromis. » A ces diatribes fulminantes, le patriarche répond une fois en frappant d'interdit le pope anatolien, puis une autre, en le dépouillant de ses titres ecclésiastiques. Le Papa Eftim contre-attaque alors en adressant au Phanar un protêt l'avisant de l'ouverture d'une action contre le chef de l'Eglise orthodoxe pour indemnisation du préjudice moral."
 
 
"La communauté grecque et Pappa Efthyme.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 45, 12-14 juillet 1926, p. 10 :

La communauté grecque semblait disposée à se reposer des tribulations que lui ont values naguère la question du Patriarcat, mais elle comptait sans Efthyme (Euthyme) Efendi. Excommunié par ses coreligionnaires et brûlé, auprès des Turcs, le remuant pappas a trouvé moyen de faire parler de nouveau de ses exploits au mois de mars.

Supportant difficilement son effacement depuis ses retentissants coups de main contre le Phanar (en 1923), il s'est proclamé brusquement évêque, prétendant obtenir ainsi le droit d'ordonner de nouveaux prêtres pour organiser l'Eglise turque-orthodoxe dont il se considère comme le chef légal. Pappa Efthyme déclare ne faire aucun état des considérations d'ordre rituel qui s'opposent à son élévation à l'épiscopat : il est marié, en effet. Il a refusé de donner le nom des deux métropolites qui l'auraient sacré et le Phanar avance que la cérémonie n'a pu avoir lieu, parce qu'il ne peut y avoir consécration sans messe et que la messe pouvait être célébrée le lundi ou le mardi du Carême.

Peu après Pappa Efthyme, faisant un coup de force dans le genre de celui qui lui avait déjà réussi avec l'église de Panaghia, pénétrait à l'aube dans l'église dite Christos, à Galata. Il y célébra la messe, toutes portes fermées, prétendit prendre ainsi possession du sanctuaire. Les deux prêtres, un archimandrite et un diacre, ont été aussitôt frappés d'interdit par le Saint-Synode. Neuf prêtres orthodoxes dépossédés par la mainmise d'Eftime sur les deux églises de Galata, ayant annoncé l'intention d'intenter une action judiciaire contre l'usurpateur, celui-ci a accueilli la nouvelle avec le plus grand calme et a fait observer, ironiquement, qu'il n'avait chassé personne, mais que c'étaient les plaignants eux-mêmes qui s'étaient éloignés pour ne pas rester en contact avec une personne excommuniée.

Pappa Ethyme qui, malgré les foudres du Phanar, se montre déterminé à occuper le plus d'églises qu'il pourra, a trouvé des partisans assez inattendus dans les milieux moscovites de Constantinople. Mécontents du Patriarcat, certains Russes se sont déclarés prêts à l'aider dans la tâche de constituer une Eglise orthodoxe indépendante.

Usant en outre d'un procédé qui lui est familier, Pappa Efthyme a intenté au Saint-Synode toute une série de procès que la 4e Chambre correctionnelle a commencé à juger le 22 mai, en y joignant les actions intentées au même Saint-Synode par des auxiliaires du prêtre en question : son avocat, d'ailleurs rayé du barreau et les prêtres qui l'ont aidé. L'ensemble des dommages-intérêts se montait à 298.000 livres, sans préjudice de toutes les actions que Pappa Efthyme se propose de faire déclencher par ses partisans (ce qui représenterait un total de 5 à 15 millions de livres !) Le 29 mai, le tribunal rejetait les demandes d'Efthyme pour vice de forme. Le Saint-Synode se défend en outre en usant de l'arme de l'excommunication.

Pappa Efthyme prétend se faire payer les loyers dus par les locataires des immeubles dépendant de l'église de la Panaghia. Il s'efforce en même temps de se constituer un clergé en ordonnant prêtres des personnes de bonne volonté prises dans les milieux les plus variés, mais les eglise qu'il occupe ayant été boycottées par les fidèles, ce recrutement se heurte aux plus grandes difficultés et les défections succèdent aux adhésions. Pappa Ephtyme, qui officie la crosse à la main, circule dans les rues en civil, dans les rues en civil, dans une tenue analogue à celle des prêtres protestants."
 
 
"La langue.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 96, 31 mai 1933, p. 6 :

"Plusieurs centaines d'élèves de l'enseignement supérieur et de l'enseignement secondaire ont tenu à l'Université d'Istamboul, le 23 mars, une réunion dans laquelle ils ont discuté les devoirs de la jeunesse envers la langue turque et sa diffusion. L'Akcham du 24 rend compte de leurs discussions, qui se sont terminées par le vote des résolutions suivantes :

« 1° La Ligue nationale des étudiants turcs veillera à ce que ses membres sachent les marches nationales et prêtera une importance primordiale à la diffusion de la musique ;

2° Tous les camarades faisant partie de la Ligue porteront une casquette de fabrication indigène ;

3° Les élèves feront des tournées en Anatolie en vue d'élever le niveau de l'éducation des masses populaires ;

4° On publiera une revue qui sera le miroir de la jeunesse, de ses aspirations et de ses voeux ;

5° Une propagande active sera menée parmi les parents turcs pour les convertir à l'idée de ne pas envoyer leurs enfants aux écoles étrangères. »

La note suivante a paru dans la Djumhouriet du 27-3 :

« 44 élèves turcs et israélites de la 45e école primaire de Galata, s'inspirant du changement par le Gâzi du nom de Zamir Bey, député d'Adana, en Damar, ont décidé de modifier eux-mêmes leurs noms et d'adopter des noms en turc pur. Ils ont adressé à cet effet une lettre au Gâzi en y annexant une liste de leurs anciens noms avec leurs équivalents en turc.

Cette lettre a été transmise par le secrétariat général de la Présidence au ministre de l'Instruction publique qui répondit aux élèves en les remerciant de leur intérêt pour ce problème national. Ainsi, le nom de Sultana a été changé en Ayten, celui d'Estréa en Yildiz, celui de Mahmoud en Attila et celui de Donna en Gunduz. »

Et « ce mouvement fait boule de neige » : de nombreux fonctionnaires adoptent des noms purement turcs (ibidem, 28). De son côté, Pappa Eftime, chef de la communauté grecque dite des Turcs orthodoxes, a formé un groupe de professeurs, d'avocats et de journalistes qui se réunit à l'église Panaghia de Galata pour y traduire en turc la liturgie. Le 31 mars, pour la première fois, les prières y ont été récitées en turc, langue maternelle des Turcs orthodoxes. Pappa Eftime, qui montre ainsi son loyalisme, croit que tous les orthodoxes suivront son exemple (ibidem, 2-4)."