mercredi 14 février 2018

Richard Coudenhove-Kalergi




Richard Coudenhove-Kalergi, An Idea Conquers the World, Londres, Hutchinson, 1953, p. 130-132 :

"Parmi les nombreux hommes d'Etat étrangers qui vinrent à Vienne, celui qui me fit la plus forte impression fut Eleftherios Venizelos. Partisan enthousiaste de la Paneurope, il était pleinement confiant dans son avenir. (...)

Il revenait d'Ankara [en 1930] et était encore rempli des impressions acquises au cours de cette visite. Tout d'un coup, l'inimitié héréditaire entre Grecs et Turcs s'était transformée en alliance amicale. « Peu de temps après mon arrivée au pouvoir, me dit-il, j'ai passé en revue l'ensemble des relations turco-grecques. Il m'est soudainement apparu très clairement qu'il n'y avait vraiment que deux façons de sortir de l'impasse créée par une masse de revendications et de contre-revendications contradictoires : soit nos deux pays continueraient à se quereller — auquel cas ils s'extermineraient tôt ou tard, ou il devait y avoir une véritable réconciliation — après quoi les deux pays travailleraient harmonieusement ensemble.

« J'ai fait savoir à Mustapha Kemal que j'étais prêt à oublier le passé, que je souhaitais tourner la page dans nos relations mutuelles et faire place à une politique de collaboration turco-grecque. Kemal, qui est un grand homme d'Etat aussi bien qu'une personnalité d'envergure, a immédiatement accepté ma suggestion. Je me suis donc rendu à Ankara où il ne nous a pas fallu longtemps pour parvenir à une pleine compréhension des principes d'une étroite entente turco-grecque. »  

La sublime simplicité de cette action ressort d'autant mieux si l'on considère pleinement la longue histoire de l'antagonisme entre les deux peuples, remontant à huit cents ans et attisé à tous les stades par la haine et le fanatisme religieux. Seulement cinq ans plus tôt, les Grecs et les Turcs avaient été enfermés dans une lutte impitoyable pour la vie et la mort dans laquelle les deux parties semblaient exclure la pensée de la réconciliation. Maintenant, toute cette haine amère avait disparu soudainement, simplement parce que le génie politique de deux hommes d'Etat s'était révélé plus fort que toute la gamme des querelles héréditaires. Voici en effet un exemple édifiant pour les dirigeants de la France et de l'Allemagne. Il y a là aussi la preuve éclatante que les dirigeants, et non les peuples, étaient responsables de la lenteur des progrès du projet paneuropéen.

Nous en sommes venus à parler des questions raciales. Venizelos soutint qu'il n'y avait pas de différences raciales entre les Grecs et les Turcs. « Ceux qui continuaient à adhérer à l'Eglise chrétienne, disait-il, étaient considérés comme des Grecs, tandis que ceux qui adhéraient à la foi musulmane devenaient des Turcs. Si mes ancêtres étaient devenus musulmans et ceux de Kemal disciples du Christ, je serais aujourd'hui turc et lui grec. » Pour souligner ce point, Venizelos m'a raconté qu'à Ankara, il avait assisté à un défilé de scouts : la proportion de Turcs aux cheveux clairs parmi ceux qui marchaient était d'environ un tiers, plus importante, en fait, que chez les scouts athéniens. Au cours de notre discussion, Venizelos m'a convaincu de la nécessité d'inclure la Turquie dans le projet paneuropéen. J'avais délibérément laissé cette question ouverte à cause du caractère partiellement asiatique de la Turquie. Mais Venizelos a fait savoir qu'étant donné la communauté d'intérêts qui s'était maintenant établie entre les deux pays, la Grèce aurait du mal à poursuivre sa collaboration, à moins que la Turquie ne trouve également une place dans l'Union."

Richard Coudenhove-Kalergi, "La race européenne", Nouveaux Cahiers, n° 36, 15 décembre 1938 :

"L'aryanisme est un attentat contre l'idée de la race blanche, contre la communauté de sang européenne : et pour finir, contre l'idée européenne elle-même. Car le concept d'Europe est indissolublement lié à l'idée de race, de culture blanche.

Voir également : Kémalisme : les théories raciales au service de la paix
  
Le kémalisme : un nationalisme ouvert et pacifique