dimanche 13 août 2017

L'influence du kémalisme sur l'armée française




Antoine Argoud, La décadence, l'imposture et la tragédie, Paris, Fayard, 1974, p. 127 :

"C'est à M'sila [en 1956] que je mets au point mes méthodes et, en particulier, que je fixe mon attitude à l'égard de la population. Je m'inspire directement de l'exemple de Kemal Ataturk."


Jean-André Faucher, Les barricades d'Alger (Janvier 1960), Paris, Editions Atlantic, 1960, p. 41-42 :

"Pour le reste, l'Armée du bled est en fait une armée de petites féodalités locales. Là se trouvent les Officiers révolutionnaires, ceux qui ne sont pas souvent d'accord mais qui, pour l'instant, font la guerre avec la conviction que les comptes se régleront un jour. Pour ces officiers « kémalistes », qui n'aiment guère les vieilles formules colonialistes, qui détestent les politiciens de métier, de Gaulle n'est qu'un moment de la vie politique française. Lorsqu'on leur parle de survivre à de Gaulle, ils cherchent un nom de soldat. Juin est discuté depuis son voyage à Carthage dans le sillage de Pierre Mendès-France. Zeller est respecté parce que c'est un homme qui n'a jamais composé avec les systèmes politiques. Faure a perdu beaucoup de son prestige depuis sa triste aventure électorale sous le signe de Pierre Poujade. Cogny a été très populaire mais son nom est revenu trop souvent dans les récits des conjurés parisiens.

Chassin s'agite beaucoup mais la jeune armée le connaît à peine.

Salan existe, on le sait dans les popotes, et on se répète qu'il n'est pas aussi gaulliste qu'on pourrait le croire depuis le 13 Mai, mais les jeunes capitaines sourient lorsqu'ils se rappellent comment un Léon Delbecque a pu offrir au général de Gaulle, enveloppé dans du papier de soie, le képi du général Salan."


Maurice Faivre, Le renseignement dans la guerre d'Algérie, Panazol, Lavauzelle, 2006, p. 57 :

"En marge de ces mouvements, il faut citer Patrie et Progrès, qui le 17 mai 1958 a fait appel au général de Gaulle, mais qui revendique de survivre à de Gaulle ! Il regroupe de jeunes officiers qui défendent des idées patriotiques et socialistes et promeuvent le rôle de l'armée dans la nation. Ils insistent sur la vocation africaine et universaliste de la France. Ils souhaitent une révolution kémaliste pour l'Algérie (gouverner, produire, partager, convertir) et se prononcent contre les négociations avec le FLN et contre l'exode des Européens. Refusant de fusionner avec le mouvement pour la coopération de Jacques Dauer (qui donne naissance aux barbouzes), ils veulent gagner l'opinion musulmane pour vaincre le FLN. On retrouve dans ses rangs ceux qui deviendront gaullistes de gauche. Ils n'ont d'activistes que l'apparence."


"Survivre à de Gaulle : Un document de "Patrie et Progrès"", Le Monde, 22 avril 1959 :

"Avant toute solution en Algérie acceptable pour la France il faut une révolution kémaliste dirigée essentiellement contre le capitalisme français et faite au moins partiellement par un parti socialiste groupant Européens et musulmans..."


"Patrie et Progrès : la vraie révolution algérienne se fera avec la France ou contre elle", Le Monde, 28 janvier 1960 :

"Depuis un an nous proclamons la nécessité d'une synthèse du patriotisme des uns et des aspirations progressistes des autres.

Demain, après tant de médiocrité criminelle, nos idées s'imposeront d'elles-mêmes. Aujourd'hui elles nous éviteraient la guerre civile.

Elles ouvriraient surtout une issue à l'affaire algérienne : pour que l'avenir de l'Algérie soit français il faut modifier la structure de la société algérienne par une révolution économique (et notamment par une réforme agraire drastique). Et cette révolution il faut la faire nous-mêmes, en nous appuyant sur la jeunesse, sur un parti kemaliste et sur l'armée. Ce n'est pas utopique : c'est inévitable, aujourd'hui avec la France, ou bien demain, hélas ! contre elle. "


""Patrie et Progrès" : dépasser le nationalisme algérien par une révolution politique", Le Monde, 10 mars 1960 :

"Mais, hélas ! nous sommes les seuls à rappeler qu'il ne suffit pas d'éviter la catastrophe dans l'immédiat ; qu'il ne suffit pas de combattre le F.L.N. par les armes et d'éviter les mauvais dialogues ; que les astuces constitutionnelles, baptisées intégration, association, Algérie algérienne, fédérée, confédérée, n'exorciseront pas le nationalisme algérien, né de la misère et de l'humiliation.

Ce nationalisme, il faut le dépasser par une révolution politique, certes, mais surtout économique et sociale réalisée en commun par la jeunesse algérienne, les instituteurs, l'armée, les techniciens français, par un parti socialiste franco-musulman. Il faut le dépasser par le kémalisme, la libération de la femme, une réforme agraire drastique, le développement coopératif du bled par la petite industrie et la petite hydraulique communales, la réalisation de l'égalité culturelle, la garantie d'emploi à la sortie d'un enseignement technique accru, la liquidation des privilèges commerciaux et des rentes industrielles.

En conviant les uns et les autres à assumer cette tâche en Algérie aux côtés des musulmans la France créerait le banc d'essai d'une politique originale des pays sous-développés et mobiliserait au profit de son rayonnement diplomatique l'enthousiasme de la jeunesse algérienne et française."

 
Voir également : Le kémalisme : un nationalisme ouvert et pacifique

Qui était Mustafa Kemal Atatürk ?

Chronologie des réformes kémalistes

L'amitié franco-turque

Jacques Soustelle

Georges Bidault

Jean-Pierre Chevènement