samedi 1 juillet 2017

Hikmet Geray : "L'oeuvre constructrice turque"




Hikmet Geray, "L'oeuvre constructrice turque", La Turquie Kemaliste, n° 46, décembre 1941, p. 1 :
C'est dans son amour de la construction que réside le caractère dominant de la Révolution Turque. Si, en abolissant certaines institutions sociales, elle les a reléguées dans le domaine de l'Histoire, c'était pour avoir la possibilité d'en créer de meilleures. C'est avec amour et compréhension, dans un esprit d'idéal que la République Turque s'est mise en devoir de procéder au relèvement du pays qu'un siècle et demi d'insécurité et de luttes intestines, avaient profondément affaibli et ruiné. Les années de paix qui suivirent le Traité de Lausanne du 23 Juillet 1923, virent peu à peu, la réalisation de ce but. L'édification de la Capitale du Gouvernement Turc sur le plateau central de l'Anatolie en est la première preuve tangible. Durant la Guerre de l'Indépendance commencée il y a vingt-trois ans, beaucoup de villages et un grand nombre de nos villes avaient été incendiés et détruits. A leur place, apparurent des villes modernes répondant à tous les besoins de l'hygiène et aux nouvelles conditions de vie. D'un autre côté la longueur du réseau ferroviaire était doublée.

Les Turcs d'aujourd'hui à la vue de ces trains, qui transportent leurs produits agricoles et industriels, de ces villes et de ces villages modernes remplaçant les anciennes agglomérations, à la vue de ces usines, de ces hôpitaux, de ces chemins et de ces ponts, se souviendront de ce même esprit constructeur, affirmé sans cesse au cours de l'Histoire, par leurs ancêtres.

Les différentes peuplades turques, qui, il y a des milliers d'années, partant de leurs frontières de l'Asie Centrale, dotèrent le monde futur des civilisations summérienne, hittite, indo-turque, seldjoucide et plus tard de la civilisation ottomane, suivant les régions habitées durant des siècles, sont également la preuve incontestable de ce que le Monde peut attendre, des Turcs, des œuvres encore plus grandioses dans ce domaine. C'est ce même esprit, qui guide la famille turque dans son désir d'embellir sa maison, d'orner son jardin, que l'on retrouve dans les efforts des Municipalités Turques pour l'établissement du plan des villes et dans l'étude des projets de travaux publics par la République Turque. L'individu, la famille, l'école, la société se sont associés dans ce même but. Les Instituts de village que nous présentons à nos lecteurs dans un autre chapitre de notre Revue, sont le symbole vivant de cet idéal : créer et construire.

En comparant les progrès accomplis à pas de géant par notre Gouvernement avec cette destruction systématique actuelle de villes et de villages, héritages de siècles de civilisation et d'effort, et ce, par suite de la haine issue des malentendus séparant les différentes nations, le cœur de tous les Turcs ne peut qu'en être douloureusement affligé.

Cet esprit constructeur qui anime les Turcs ne peut donc que leur faire ardemment souhaiter la disparition de ce fléau, constitué par les opérations de cette guerre dévastatrice.

Voir également : Hikmet Geray : "La Turquie Kemaliste"

Max Bonnafous

Les Turcs et l'art : créateurs, mécènes et collectionneurs