samedi 1 juillet 2017

Hikmet Geray : "La Turquie Kemaliste"




Hikmet Geray, "La Turquie Kemaliste", La Turquie Kemaliste, n° 43, juin 1941, p. 1 :
AUCUNE idée préconçue n'a guidé le cours de la réforme Turque.

Depuis sa proclamation, la République Turque n'a adopté comme forme, institutions, et lois que celles qui lui étaient indispensables. On nous pose la question suivante :

Dans quel groupe d'ordre et de forme existant actuellement dans le monde, peut-on placer la Turquie ? La réponse est très simple. Reportez-vous aux six principes du Parti du Peuple, qui constituent la base de l'Etat Turc. La Turquie a lié à jamais son sort à celui de son gouvernement : Républicain. Tout en respectant le cadre des droits des autres pays elle est essentiellement Nationaliste. Pour son peuple et fidèle à son Idéal, elle est Populariste. La Turquie adopte une politique d'Etatisme dans les domaines économiques où un capital restreint ne saurait suffire. Permettant à son peuple la liberté de conscience, elle sépare néanmoins, la religion de l'Etat.

Fermement résolue à rester toujours perméable aux idées neuves, et toujours en voie de progrès, la Turquie, sans s'attacher aux doctrines préconçues forme une société Réformiste. Elle est persuadée que c'est en adoptant cette règle de conduite qu'elle pourra accomplir de la meilleure façon les devoirs qui lui incombent au sein des nations civilisées. Nous appelons l'idéologie qui résulte de ces principes : le « Kemalisme ». Mais ne nous méprenons point : le Kemalisme est la seule voie, que le Parti Républicain du Peuple, organisé par toute une nation, a adopté afin d'accomplir la mission dont elle a assumé la responsabilité. Cette voie a été tracée par la conscience de dix-huit millions de Turcs sans aucune exception. Le Kemalisme ne considère avec hostilité aucun ordre déjà établi. Il n'est pas exclusif. Plutôt qu'un régime, le Kemalisme est un mouvement. C'est une théorie qui donne une pleine liberté de mouvements à l'intérieur de ses frontières, à la nation Turque qui désire le développement de sa civilisation.

Le 24 Juillet 1923, par le Traité de Lausanne, la Turquie a vu consacrer la réintégration dans ses frontières nationales du sol sacré dont chaque mètre carré avait été reconquis au prix de son sang ; elle a proclamé la République et par le fait même rejeté le Sultanat dans le Passé, comme une institution périmée et inutile. Elle a remis le sort de son pays entre les mains de son véritable propriétaire : la Nation. Aujourd'hui chaque Turc trouve son bonheur dans la mesure où il a servi son pays et travaille dans ce sens d'une façon pleinement consciente. La nation turque est une unité où il est impossible d'apercevoir la moindre fissure. Aucun privilège dû à la naissance ou à la classe sociale n'est pris en considération. La Turquie, dans l'impossibilité de développer son capital, en raison d'une suite ininterrompue de guerres longues et difficiles se vit dans l'obligation d'emprunter à l'Etat même ce capital, nécessaire à la formation dans l'acception moderne du mot, de son industrie et de son économie. En Turquie, le domaine économique est ouvert à tout individu et toute l'activité collective tend à en intensifier le développement.
La suppression du Khalifat, institution qui a certainement été dans le Passé, le plus grand obstacle aux élans de civilisation du pays, et la séparation de la religion de l'Etat amenèrent des résultats très favorables quant à la politique et la culture.

Les bâtiments inutilisés depuis la fermeture des « tekke » et des « medrese » sont employés maintenant comme Musée ou Bibliothèques Publiques, ou encore, comme écoles primaires et secondaires. Des centaines de milliers d'enfants, heureux descendants de parents qui ont eux-mêmes travaillé pour cette Réforme, jugent quant à eux sévèrement cette inconscience dans laquelle ont vécu leurs ancêtres pendant un siècle et demi. Ces enfants, fils d'une nation libre et civilisée respirent l'air pur de l'Indépendance que leurs pères et leurs frères ont payé de leur sang.

La République Turque a accompli dans ces dix-huit années des progrès dignes de plusieurs siècles. Le mot d'ordre de la nation Turque est : « Mouvement. » Nous appelons ce mouvement le Kemalisme. Et telle est la raison d'être de La Turquie Kemaliste.

Voir également : Vedat Nedim Tör : "L'Ordre Turc, au carrefour de trois ordres" 
  
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