vendredi 16 juin 2017

Kémalisme : les théories raciales au service de la paix




Dimitri Kitsikis, "Les projets d'entente balkanique 1930-1934", Revue historique, volume 489, janvier-mars 1969, p. 119-120 :

"Le député grec Léon Maccas en voyage en Turquie envoya à Vénizélos une note qui résumait une longue conversation qu'il avait eue avec le Président de la République turque à Ankara, le 6 mai 1931 : « Mustafa Kémal (écrit Maccas) m'a exposé une théorie qui semble lui être chère concernant l'origine commune des Grecs et des Turcs. A ce sujet, il a souligné la joie que lui a procurée la défense de cette même théorie par le Grec M. Moschopoulos et il m'a prié de faire le nécessaire pour que lui soit envoyé le plus rapidement possible le texte complet de la conférence en question que M. Moschopoulos a faite à Athènes ».

Dans des souvenirs sur cette rencontre qu'il publia quelques années plus tard, M. Maccas écrit : Kémal était « l'apôtre... d'une espèce de vaste Empire gréco-turc en Orient, d'un Empire dualiste à deux capitales administratives et avec, comme capitale spirituelle, cette ville auguste qui fut tour à tour Byzance, Constantinople, Istanbul et qui sera toujours, de par sa position géographique même, la ville reine d'un monde oriental tout entier... Ce n'était plus le Pierre le Grand de la Turquie que j'avais devant moi c'était plutôt un Victor Hugo chantant de nouvelles Orientales ».

Les Documents diplomatiques français reproduisent une dépêche de 1932, du chargé d'affaires de France en Turquie qui déclare : « Vivant, selon les apparences, détaché des préoccupations qu'occasionnent à ses ministres les difficultés de l'heure présente, Mustafa Kémal pacha, depuis plusieurs mois déjà, réserve son attention presque exclusive aux problèmes de l'histoire et des origines du « turquisme ».

Enfin le Times, au lendemain de la signature à Ankara du premier accord gréco-turc, dont il se réjouit, remarque le 12 juin 1930 dans son éditorial : « Les Grecs et les Turcs ont d'importants intérêts communs. Ce n'est pas une simple coïncidence si leurs territoires mis ensemble, correspondent presque exactement à l'Empire byzantin de la fin du Xe siècle quand les armées de ses provinces européennes et asiatiques commandées par un César d'Asie Mineure repoussèrent les envahisseurs russes à Dorystolon et Preslava ». Et l'année suivante, M. Arnold Toynbee, l'historien, écrit dans son Annuaire des Affaires internalionales que « si des hommes d'Etat vivant en 1930 ont pu prétendre avoir « fait l'histoire » ce sont bien Mustafa Kémal et Eleuthère Vénizélos »."

Voir également : La révolution kémaliste : une "restauration de l'histoire turque"
  
Le kémalisme : un nationalisme ouvert et pacifique

Mustafa Celâlettin Paşa alias Konstanty Borzęcki

La sous-estimation méprisante des Turcs