jeudi 20 avril 2017

Le Japon et les révolutions turques




François Georgeon, "1908 : la folle saison des Jeunes-Turcs", L'Histoire, n° 334, septembre 2008, p. 74 :

"1908 s'inscrit également dans un cycle révolutionnaire, qui commence avec la révolution russe de 1905, se poursuit avec la révolution iranienne de 1906, et s'achève avec la révolution chinoise de 19113. Sans doute y a-t-il à l'origine de ces turbulences une seule et même matrice événementielle : la victoire en 1905 du Japon sur la Russie ; elle montrait que l'on pouvait tenir tête à l'Europe, et prouvait la supériorité d'un régime constitutionnel (celui dont s'était doté le Japon avec l'ère Meiji) sur l'autocratie. (...)

3. L'insurrection de 1905 en Russie a abouti à la création d'une assemblée consultative qui limitait les pouvoirs autocratiques du tsar Nicolas II. Avec la révolution de 1906, l'Iran se dote d'une constitution et d'un parlement. En 1911, en Chine, à Canton, une rébellion militaire met fin à la dynastie mandchoue et débouche sur la proclamation de la république."

Henri Labroue, L'impérialisme japonais, Paris, Delagrave, 1911, p. 135-136 :

"Que signifiait le silence de Tokio envers cette révolution de Constantinople qui, au dire d'un Turc, « n'aurait peut-être pas eu lieu, s'il ne s'était produit, il y a quarante ans, une révolution japonaise, et, il y a quatre ans, une guerre russo-japonaise 1 ? » Le Parlement japonais se reconnaissait-il donc si peu un Parlement qu'il hésitât à envoyer un salut fraternel à la Chambre turque ?

Du moins, on en fut quitte pour enregistrer avec joie les télégrammes adressés au Parlement par la municipalité d'Osaka et par l'Osaka Maïnitchi, un des plus grands journaux japonais. Un peu plus tard, le 9 janvier 1909, lors des démonstrations organisées à Stamboul au sujet des affaires de Crète, M. Aziz Bey, secrétaire-général du ministre de la Justice, amené à adresser la parole aux manifestants, les invitait à se conduire en bons patriotes, et leur prédisait que l'Empire turc deviendrait un jour aussi considérable que « le Japon et l'Angleterre ». Dans un article paru à Berlin, le 11 août 1908, le général von der Gotz [Goltz] Pacha invitait les Turcs à modeler sur le Japon leur organisation politique et à acquérir une force militaire comparable à celle des Japonais. Un moment même, les Jeunes-Turcs furent tentés d'appeler à eux des instructeurs militaires japonais : la chose est peut-être faite à l'heure actuelle.

Un autre fait contribue à resserrer le lien qui unit les Turcs aux Japonais : c'est la question religieuse. Certes, les Turcs sont musulmans, tandis que l'élite des Japonais est libre penseuse et que la masse pratique un bouddhisme grossier. Et le nombre des musulmans japonais est insignifiant, encore qu'on ait vu des pèlerins japonais entreprendre le voyage de La Mecque. Mais, à mesure que se développe la politique japonaise sur le continent asiatique, elle rencontre des contingents croissants de musulmans, eux-mêmes plus actifs et plus considérables chaque jour. L'islamisme fait des progrès jusque dans l'extrême nord de l'Empire chinois ; n'existe-t-il pas une mosquée à Nioutchouang, et trois à Moukdène ? Des religieux Persans ne sont-ils point venus jusqu'en Mandchourie ? Et des musulmans de l'Asie orientale ne se rendent-ils pas à la Mecque ou même à Constantinople, pour y révérer leur chef religieux, le Commandeur des Croyants ? Les Japonais n'ont garde de négliger de pareils courants ; peut-être pourraient-ils un jour les canaliser en quelque mesure, et à leur profit. Déjà même, paraît-il, de nombreuses familles musulmanes envoient leurs fils aux Universités de Tokio et de Kioto. (...)

1. Voir Japan Chronicle, 17 mars 1909."

Michel Vié, Le Japon et le monde au XXe siècle, Paris, Masson, 1995, p. 160 :

"Pour les officiers de l'état-major à Tokyo qui, autour du lieutenant-colonel Hashimoto Kingoro [attaché militaire en Turquie, de 1927 à 1930], un admirateur d'Atatürk, forment en 1930 le Sakurakai (la « Société des cerisiers »), le plus important est de réaliser un coup d'état dans la métropole, la solution des problèmes coloniaux semblant aller de soi après un changement de pouvoir. Mais l'action prévue pour mars 1931 est abandonnée au dernier moment et le même renoncement met fin au coup d'état préparé en octobre."

Voir également : Sun Yat-sen et la Turquie

Vedat Nedim Tör : "Qu'attendons-nous de l'intellectuel occidental ?"

Le patriotisme ottoman du Comité Union et Progrès (İttihat ve Terakki)
 
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