mercredi 19 avril 2017

La place du kémalisme et du nationalisme turc dans la rébellion syrienne

Dès le début, les partis MHP et BBP (droite nationaliste) ont apporté leur appui aux Brigades turkmènes de Syrie (qui sont opposées au régime d'Assad, mais également au PYD et à l'EI). Plusieurs membres de leurs mouvements de jeunesse respectifs (Foyers idéalistes pour le premier et Foyers d'Alperen pour le second) se sont portés volontaires pour se battre aux côtés des Turkmènes. Ces mouvements se sont aussi investis dans l'aide humanitaire.

Le MHP se réclame de l'héritage d'Atatürk, tout en étant en paix avec le passé ottoman : il a été fondé par le colonel Alparslan Türkeş, qui avait incarné l'aile radicale des officiers putschistes de 1960.

Quant au BBP (issu d'une scission du MHP), quoique de sensibilité plus religieuse, il loue Atatürk pour son rôle prépondérant dans la guerre d'indépendance nationale et la création d'un Etat turc.

La présence du drapeau de la révolution syrienne (qui est aussi celui de l'ASL) a été acceptée dans les locaux du MHP à Gaziantep, ce qui suggère un soutien à la minorité turkmène dans le cadre de l'intégrité territoriale de la Syrie :



Firas Paşa (commandant de la Brigade turkmène Muntasır Billah) a rendu visite à Yusuf Baş, président du MHP pour la province d'Adana :




Et à Fatih Karayandı, responsable du département de la santé et des services sociaux de la municipalité (MHP) d'Adana :



En octobre 2014, Tuğrul Türkeş (alors encore vice-président du MHP) avait précisé que son parti soutenait le projet de zone sécurisée en Syrie.

Lorsque l'AAS (armée du régime) a intensifié ses opérations contre les villages turkmènes avec le soutien aérien de la Russie poutinienne (novembre 2015), 250 membres des Foyers d'Alperen ont annoncé qu'ils allaient rejoindre les Turkmènes du djebel Akrad :



L'affaire de l'avion russe abattu (novembre 2015) a attiré l'attention médiatique sur le rôle d'Alparslan Çelik : issu des Foyers d'Alperen et fils d'un élu du MHP, il avait d'abord combattu aux côtés des forces turkmènes anti-EI en Irak (été 2014), puis avait rallié les Brigades turkmènes en Syrie (début 2015), où il était devenu le commandant en second de la Division côtière turkmène.

En janvier 2016, des journalistes pro-Assad rapportaient qu'un militant du CHP (parti kémaliste de gauche), qui se serait nommé "Ali Arvac" (?), aurait figuré parmi une vingtaine de volontaires turcs tués à Salma (Lattaquié) :




En août 2015, plusieurs évènements intéressants se sont produits chez les rebelles syriens (majoritairement arabes) : le Conseil islamique syrien (affilié à l'ASL) a émis une fatwa autorisant la coopération avec la Turquie (malgré le sécularisme de son système politique) contre l'EI, des membres d'Ahrar al-Sham (nationaux-salafistes) ont relayé cette fatwa (alors qu'Abu Mohammed al-Maqdissi, idéologue d'al-Qaïda, l'a critiquée), des institutions rebelles d'Alep (dont une cour chariatique) ont adopté la livre turque comme monnaie (le portrait d'Atatürk figure sur les billets).

Lors de l'offensive rebelle pour chasser l'EI d'Al-Raï (avril 2016), des combattants turkmènes de la Division 31 (équipée par les Turcs et les Américains) ont fait le signe des Loups Gris :





La TSK (armée turque) a organisé l'opération "Bouclier de l'Euphrate", avec le concours de troupes rebelles, pour déloger l'EI du nord de la Syrie (août 2016). Au sein de "Bouclier de l'Euphrate", une nouvelle brigade turkmène (affiliée à l'ASL) est apparue (novembre 2016), elle s'appelle les "Forces spéciales d'Alpaslan" :




Des militants des Foyers idéalistes d'Adana se sont signalés à Jarablus, à la suite de la libération de cette ville (de peuplement mixte arabo-turkmène) par les forces spéciales turques et l'ASL :



Le chef du conseil local de Jarablus, Mohammed Habache, s'est entretenu avec une délégation du gouvernement intérimaire syrien, sous un portrait d'Atatürk (septembre 2016) :





Le conseil local de Jarablus a interdit le port du niqab (voile intégral) et du keffieh chez les enseignants (février 2017), même si de violentes protestations ont empêché l'application de ce décret :




La cour de justice de Jarablus a été placée sous le contrôle du gouvernement intérimaire syrien et de la Coalition nationale syrienne (de tendance laïque), quelques jours après qu'elle ait ordonné l'arrestation du chef du conseil local pour sa décision :



Voir également : La différence de nature entre les sécularismes kémaliste et baasiste

Alexandrette, Mossoul, Ourmia : les politiques suivies par Mustafa Kemal Atatürk

Le "rayonnement" de la Turquie kémaliste dans le monde musulman

La stratégie "néo-ottomane" du parti MHP

Le kémalisme et l'islam 

La lutte d'indépendance impulsée par Mustafa Kemal : une résistance à l'occupation de l'Entente et aux irrédentismes gréco-arméniens
  
Al-Hayat (média de l'EI) condamne pêle-mêle Atatürk, le nationalisme turc et l'AKP... mais cherche à amadouer les Kurdes de Turquie