dimanche 2 avril 2017

Hasan Âli Yücel : "Les directives du Chef National au sujet de l'Instruction Publique"




Hasan Âli Yücel (ministre de l'Instruction publique), "Les directives du Chef National au sujet de l'Instruction Publique", La Turquie Kemaliste, n° 41, février 1941, p. 1-2 :
Les discours prononcés par notre Chef National [İsmet İnönü], au début de chaque année législative, sont d'une valeur inestimable du fait qu'ils nous montrent comment nous exécutons les travaux que nous avons entrepris et nous indiquent les voies à suivre pour les mener à bien. Ces discours exposent aussi, avec une merveilleuse clarté, les problèmes sur lesquels l'Instruction Publique s'est arrêtée au cours de chaque année révolue et les mesures qu'elle a prises pour les résoudre.

Dans le dernier discours prononcé le Vendredi, 1 er. Novembre 1940, à l'occasion de l'ouverture de la 2 e. Session de la sixième période parlementaire, notre Chef National a consacré tout un passage aux questions touchant l'éducation nationale. Selon son habitude, notre Chef y fait savoir aux représentants du peuple les progrès qui ont été réalisés et trace la voie qu'il désire voir suivie dans la formation de la jeunesse. Voici en propres termes ce qu'il dit:

« Dans les questions afférentes à l'Instruction Publique l'heureuse application des lois que vous avez bien voulu voter au sujet de l'Institut des Villages et du Conservatoire d'Etat nous offre déjà des promesses dont nous sommes en droit d'être fiers. Six mille élèves reçoivent dès à présent leur instruction dans quatorze instituts fondés en différentes régions du pays. Ces instituts dont l'organisation et le fonctionnement forment l'objet des plus larges soins et de l'ardeur de tous les intéressés, donneront la possibilité de résoudre en quinze ans le problème de l'Instruction primaire en Turquie. »

Faire bénéficier toute la nation de l'Instruction primaire est, en effet, un des principes qui guident notre politique d'éducation. Le programme élaboré l'an dernier et s'étendant à quinze années donnera la possibilité de le mettre à exécution.

Comme unique moyen d'étendre l'instruction primaire aux villages dépourvus d'école, nous avons préconisé des instituteurs issus des villages mêmes et instruits dans des instituts organisés selon les conditions et les besoins ruraux. Ces maitres d'école recevront leur éducation culturelle et professionnelle, sans perdre leur caractère de villageois. Ce sont eux les guides futurs de la Turquie paysanne. Trente milles instituteurs ruraux des deux sexes seront préparés ainsi en quinze ans et, chaque instituteur pouvant enseigner cinquante élèves l'instruction publique sera étendue par ce moyen à un million et demi d'enfants. Si à ce chiffre nous ajoutons le nombre actuel de nos élèves des écoles primaires, qui est près d'atteindre un million nous obtenons le nombre d'enfants - deux millions et demi - qui bénéficieront sous peu de l'enseignement primaire.

Un autre point sur lequel notre Chef National a bien voulu s'arrêter dans son discours est le développement de deux branches des beaux arts: la musique et le théâtre. Le Conservatoire National fondé à Ankara et organisé conformément à une loi spéciale, votée l'an dernier par la Grande Assemblée Nationale, s'est déjà signalé par de grands progrès réalisés dans ces deux domaines. Nous désirons que les jeunes artistes nationaux, formés avec soin, grâce à une instruction méthodique et soignée s'élèvent dans leur art à un niveau respectable, tant au sein du peuple que dans le monde artistique international. Pour arriver à ce but le Gouvernement de la République est résolu de ne s'arrêter devant aucune difficulté, de n'omettre aucun sacrifice. Les spécialistes turcs et étrangers, attachés au Conservatoire se signalent par de louables efforts consacrés à l'épanouissement de ces deux arts. Déjà nos élèves jouent avec succès Maeterlinck et Molière et sont capables de jouer convenablement des opéras tels que la Tosca et Madame Butterfly. Les jugements que nous venons de formuler ne sont pas seulement le fruit de nos propres constatations, ils sont confirmés par des observateurs étrangers de haute compétence. Il sied à ce propos de rappeler l'impression très favorable produite par nos jeunes gens sur les artistes de la Comédie Française.

L'instruction technique et artisane bénéficie également d'une sollicitude de la part du Gouvernement républicain. Les Ecoles d'Arts et Métiers - en nombre très restreint et de qualité médiocre - héritées de l'Empire Ottoman, ont progressé rapidement pendant les dix huit années de la République ; leur nombre aussi a augmenté considérablement. Ces établissements ont été remis aux soins de jeunes spécialistes qui ont achevé leurs études soit en Turquie, soit en Europe. On peut considérer comme terminés les préparatifs entamés en vue de la fondation d'une Ecole Polytechnique et d'un Technicum à Ankara, en plus de l'Ecole d'Ingénieurs déjà existante. Nous avons entrepris des essais concernant l'éducation technique populaire, en inaugurant des cours techniques pour nos concitoyens des deux sexes dans différentes régions du territoire national. Nous nous apprêtons dès à présent à étendre ces cours sur toute l'étendue du pays. Les paroles suivantes de notre Chef prises également du dernier discours forment notre guide en cette matière.

« Dans le domaine de l'instruction technique, la généralisation des essais, pleins de promesses, entrepris dans les cours populaires est importante du point de vue de l'éducation artisane et ouvrière du citoyen. Je trouve qu'il est très nécessaire de les renforcer et d'en faire un objet de travail plus répandu, basé sur un programme plus rationnel. »

Notre programme d'éducation nous ordonne comme un de ses points capitaux de faire du siège du Gouvernement le plus puissant centre de culture de la Turquie. L'allocution du président du Conseil, Dr. Refik Saydam, prononcée à l'inauguration de la nouvelle bâtisse de la Faculté de Langues, d'Histoire et de Géographie d'Ankara, contient à ce sujet des passages explicites et catégoriques. Nous aurons sous peu une capitale dotée d'une université, d'un opéra, d'une bibliothèque nationale, d'institutions scientifiques et culturelles. La Faculté de Médecine est en voie de création. La Faculté de Droit continue ses travaux cette année-ci sous l'égide du Ministère de l'Instruction Publique. D'une façon générale l'on peut dire que notre programme de l'enseignement supérieur se développe d'une manière tout à fait satisfaisante. Nos lycées, chargés d'assurer la culture générale à la jeunesse sont en train d'être reformés dans un esprit qui s'inspire des humanités et des sciences exactes. D'une part nous continuons à initier la jeunesse d'élite à l'état actuel de la civilisation en lui enseignant les langues des pays civilisés telles que l'allemand, l'anglais, le français, et de l'autre nous venons de prendre des mesures permettant de lui apprendre le grec et le latin afin de la mettre en contact avec les sources de la civilisation occidentale. En effet dans quelques lycées, des sections classiques, nouvellement instituées ont débuté dans l'enseignement du latin. Le bonheur véritable peut à notre avis être atteint si les nations sont dirigées par des élites intellectuelles conscientes et respectueuses des qualités et des vertus propres à l'humanité. La grande importance de cette façon de voir dans l'éducation donnée dans nos lycées est un principe que nous ne devons jamais perdre de vue.

Nous sommes loin d'avoir épuisé ici tous les problèmes qu'offre l'Instruction Publique en Turquie. Il suffit de penser que les moindres détails concernant l'éducation et l'enseignement doivent être envisagés comme des questions fondamentales ; pour bien voir que l'Instruction Publique de cette Nation obligée de brûler les étapes pour rattraper ce qu'elle a perdu dans le passé, est chargée d'une quantité innombrable de problèmes.

Dans une époque pleine de crises pour l'humanité nous sommes conscients de la servir dans la mesure de nos moyens, en portant nos efforts à l'élévation de notre peuple dans la voie de la civilisation. C'est de cette certitude que nous tirons toute notre profonde satisfaction morale.

Voir également : L'autoritarisme kémaliste