samedi 4 mars 2017

Mustafa Tchokay et Pierre Renaudel




"Chez les Soviets en Asie centrale", Journal des Débats politiques et littéraires, n° 280, 8 octobre 1928, p. 2 :
Sous ce titre, M. Moustapha Tchokaïeff vient de publier une éloquente brochure (dépôt général des Messageries Hachette, Paris) qui est une réponse cinglante aux communistes français.

Dans une préface pleine de franchise, M. le député Pierre Renaudel nous présente l'auteur de cet opuscule et le but poursuivi par lui. M. Tchokaïeff est un démocrate épris de liberté, qui en veut aux bolcheviks de n'avoir pas tenu leurs promesses d'émancipation des peuples et qui en veut aussi aux membres de la délégation communiste française, venue en Russie pour le dixième anniversaire de la Révolution d'octobre, de s'être fait l'écho de déclarations mensongères. Il a circonscrit son étude à l'Asie centrale et il commence par adresser des reproches mérités à nos communistes qui, à la suite d'un hâtif voyage, ont osé se dire émerveillés de ce qu'ils avaient vu et entendu en toute liberté. Comment, se demande M. Tchokaïeff avec tous les hommes de bonne foi, nos communistes, ne connaissant ni le pays qu'ils traversaient, ni la langue de ses habitants, et obligés de recourir constamment à des interprètes moscovites, ont-ils pu se croire un seul instant en contact avec les populations du Turkestan ?

Avec une précision toute scientifique, M. Tchokaïeff s'attache à nous découvrir la vérité mise sous le boisseau. Son argumentation est d'autant plus impressionnante qu'il s'appuie sur des renseignements fournis par les Soviets eux-mêmes. C'est, en effet, à des citations extraites de la Pravda, de Moscou, ou de journaux bolchevistes de Tachkent comme la Pravda Vostoka et le Kzyl Uzbekstan, ou encore de la revue rouge Za Partiou, qu'il se réfère, quand il n'invoque pas le témoignage officiel de Zinovief lui-même ou d'autres personnages importants tels que Ryskoutof et Sorokine, anciens présidents, l'un, du Comité exécutif central et, l'autre, du Conseil des commissaires du Turkestan.

Ce qui ressort de tout cela, c'est que les fonctionnaires de l'U.R.S.S. se livrent, au Turkestan, soumis par eux à un régime de colonisation barbare, aux excès les plus cyniques d'un absolutisme oppressif.

Persécutions systématiques des musulmans, exploitation radicale du prolétariat autochtone, la prétendue réforme agraire qui servait uniquement à faciliter l'immigration russe au détriment des éléments indigènes qu'on laisse croupir dans la misère, l'ignorance et les vices qu'elles favorisent : voilà le bilan de la domination soviétique qui, au triple point de vue politique, social et économique, mérite la réprobation complète des nations civilisées.

Il nous reste à remercier sincèrement M. Tchokaïeff de son courageux et dramatique exposé. — R. C.

Voir également : Mustafa Tchokay : "La question d'un Etat Touranien"

Mustafa Tchokay : "Entre Arméniens et Musulmans"