mercredi 15 février 2017

Les violences domestiques dans les Etats turcophones de l'ex-URSS

En Russie, la Douma a récemment voté une loi dépénalisant en partie les violences domestiques, dans la continuité de l'allégement des dispositifs législatifs soviétiques en la matière (réformes du Code de procédure pénale en 1996 et 2002). Cette carte fait le point sur les lois protégeant les femmes contre les violences domestiques dans l'espace ex-soviétique à l'heure présente :



Parmi les républiques turcophones, il est saillant que le Kazakhstan et le Kirghizistan aient une législation plus progressiste que le "grand frère" russe : ce sont les deux pays d'Asie centrale ayant le mieux préservé la culture turcique traditionnelle (habillement, mode de vie, souvenirs du chamanisme). Ce n'est vraisemblablement pas une coïncidence : les anciens Turco-Mongols avaient une conception relativement égalitaire des rapports hommes-femmes.

Par contre, en Ouzbékistan, la culture turcique a été altérée en raison de l'empreinte plus importante de la religion musulmane (malgré l'anti-islamisme féroce de l'ancien président Islam Karimov) :
- plus grande proximité avec le Proche et Moyen-Orient, et donc porosité aux influences culturelles émanant de ces régions, d'où l'apparition du MIO (mouvement islamiste armé) dans les années 90 ;
- urbanisation médiévale (développement des centres religieux de Boukhara et Samarkand) ;
- rôle spécifique que le pouvoir soviétique a assigné à la RSS d'Ouzbékistan dans sa politique musulmane (création de la Direction centrale des musulmans à Tachkent en 1943, ouverture d'une madrasa à Boukhara en 1945 et à Tachkent en 1971).

Ce facteur s'est sans doute conjugué au poids du modèle russe en Ouzbékistan. Pour autant, il n'en demeure pas moins que les Ouzbeks, rassemblés derrière le général Dostom (son premier geste fut de réouvrir les écoles aux filles lors de sa reconquête de Mazar-i-Sharif en 2001), sont l'ethnie musulmane la plus avancée en Afghanistan : en comparaison des Pashtouns, des Tadjiks (influencés par les Frères musulmans, via le Jamiat-e-Islami de Rabbani et Massoud) et même des Hazara (persanophones d'origine mongole, influencés par l'islamisme chiite).

A noter également que, dans le Caucase, l'Azerbaïdjan a une législation plus progressiste que l'Arménie (Etat chrétien de langue indo-européenne). L'Azerbaïdjan est une terre de peuplement turc-oghouze, ses deux Républiques indépendantes se sont historiquement forgées et affirmées en s'appuyant sur un nationalisme moderne et ardent (Müsavat, Front populaire azéri), pour partie inspiré par le modèle turc.

Voir également : Le monde turc, un monde humainement et matériellement riche

Importance de l'Asie centrale pour l'Europe

Le statut de la femme turque au Moyen Age

Les traits du caractère turc

L'irrésistible influence turque au sein de la société islamique médiévale


La législation ottomane : du kanun aux Tanzimat

Halide Edip Adıvar : féministe, musulmane, nationaliste turque
  
 
La révolution jeune-turque ou la quête d'une modernité turque