mercredi 10 août 2016

Maximilien de Robespierre




Maximilien Robespierre, "Observations sur le plan d'organisation de l'armée, proposé par Dubois-Crancé au nom du Comité militaire", Lettres de Maximilien Robespierre à ses commettans, 15-20 février 1793 :

"Le même jour [23 janvier], à la séance du soir, le ministre des affaires étrangères notifie à l'assemblée que les Français résidant à Constantinople ayant appris, par les papiers publics, le décret d'accusation porté contre l'ambassadeur Choiseul-Gouffier, se sont réunis en assemblée primaire, ont nommé un agent pour le remplacer, ont notifié ce choix à la cour ottomane, et lui ont présenté un mémoire dont ils attendent un grand succès, dit le ministre ; mais dont il ne précise pas l'objet. Il fait le plus grand éloge de cette conduite ; nous croyons qu'il se trompe. La démarche des Français habitants de Constantinople présentait deux inconvénients qui devaient éveiller toute la sollicitude des agents et des représentants de la république. Le premier était une usurpation de la puissance publique et une infraction aux lois qui refusaient à ces individus le pouvoir de nommer un agent à la France auprès d'une puissance étrangère. Il n'est pas nécessaire de dire combien un tel exemple est dangereux. Le second, plus grave encore dans les circonstances actuelles, c'était d'alarmer le gouvernement turc, en formant sous ses yeux une assemblée primaire républicaine, et en transplantant d'autorité la constitution française à Constantinople. A coup sûr, l'effet de cette démarche ne pouvait pas être de déterminer les esclaves du grand-seigneur à secouer subitement le joug de leur gouvernement, mais elle devait en avoir un immédiat et certain, c'était d'irriter contre nous ce même gouvernement. Au moment où nous avons à soutenir la guerre contre l'Europe, la saine politique conseillait sans doute au nôtre de faire tous ses efforts pour déterminer le Turc à attaquer l'empereur et la Russie. Les ministres du despotisme n'auraient pas négligé ce soin, et probablement ne l'auraient pas pris sans succès. Pourquoi les défenseurs de la république seraient-ils ou moins habiles ou moins zélés ? Or, le moyen de parvenir à ce but était-il de nous rendre suspects à la cour ottomane, par une démarche aussi extraordinaire ? Est-ce un esprit de vertige ou de réflexion qui semble conspirer avec les ennemis de notre liberté, pour armer à la fois toutes les puissances contre nous sans nous laisser un seul allié ?"

Maximilien Robespierre, rapport devant la Convention sur la situation politique, 17 novembre 1793 :


"C'est ainsi que la même faction [Brissot] qui en France voulait réduire tous les pauvres à la condition d'Ilotes, et soumettre le peuple à l'aristocratie des riches, voulait en un instant affranchir et armer tous les nègres pour détruire nos colonies.

Les mêmes manœuvres furent employées à la Porte par Choiseul-Gouffier et par son successeur. Qui croirait que l'on a établi des clubs français à Constantinople, que l'on y a tenu des assemblées primaires ? On sent que cette opération ne pouvait être utile ni à notre cause ni à nos principes ; mais elle était faite pour alarmer ou pour irriter la cour ottomane. Le Turc, l'ennemi nécessaire de nos ennemis, l'utile et fidèle allié de la France négligé par le gouvernement français, circonvenu par les intrigues du Cabinet Britannique, a gardé jusqu'ici une neutralité plus funeste à ses propres intérêts qu'à ceux de la république française. Il parait néanmoins qu'il est prêt à se réveiller ; mais si, comme on l'a dit, le divan est dirigé par le cabinet de Saint-James, il ne portera point ses forces contre l'Autriche, notre commun ennemi, qu'il lui serait si facile d'accabler ; mais contre la Russie, dont la puissance intacte peut devenir encore une fois l'écueil des armées ottomanes. (...)

Elle [Catherine II] a beaucoup contribué à former la ligue des rois qui nous font la guerre, et elle en profite seule. Tandis que les puissances rivales de la sienne viennent se briser contre le rocher de la république française, l'impératrice de Russie ménage ses forces et accroît ses moyens ; elle promène ses regards avec une secrète joie, d'un côté sur les vastes contrées soumises à la domination ottomane, de l'autre, sur la Pologne et sur l'Allemagne ; partout elle envisage des usurpations faciles ou des conquêtes rapides ; elle croit toucher au moment de donner la loi à l'Europe ; du moins pourra-t-elle la faire à la Prusse et à l'Autriche, et dans les partages de peuples où elle admettait les deux compagnons de ses augustes brigandages, qui l'empêchera de prendre impunément la part du lion ?

Vous avez sous les yeux le bilan de l'Europe et le vôtre, et vous pouvez déjà en tirer un grand résultat : c'est que l'univers est intéressé à notre conservation. Supposons la France anéantie et démembrée, le monde politique s'écroule. Otez cet allié puissant et nécessaire, qui garantissait les médiocres Etats contre les grands despotes, l'Europe entière est asservie. Les petits princes germaniques, les villes réputées libres de l'Allemagne, sont englouties par les maisons ambitieuses de l'Autriche et du Brandebourg ; la Suède et le Danemark deviennent tôt ou tard la proie de leurs puissants voisins ; le Turc est repoussé au-delà du Bosphore, et rayé de la liste des puissances européennes ; Venise perd ses richesses, son commerce et sa considération ; la Toscane, son existence ; Gênes est effacée ; l'Italie n'est plus que le jouet des despotes qui l'entourent ; la Suisse est réduite à la misère, et ne recouvre plus l'énergie que son antique pauvreté lui avait donnée. Les descendants de Guillaume Tell succomberaient sous les efforts des tyrans humiliés et vaincus par leurs aïeux. Comment oseraient-ils invoquer seulement les vertus de leurs pères et le nom sacré de la liberté, si la république française avait été détruite sous leurs yeux ? Que serait-ce s'ils avaient contribué à sa ruine ? Et vous, braves Américains, dont la liberté, cimentée par notre sang, fut encore garantie par notre alliance, quelle serait votre destinée si nous n'existions plus ? Vous retomberiez sous le joug honteux de vos anciens maîtres ; la gloire de nos communs exploits serait flétrie ; les titres de liberté, la Déclaration des droits de l'homme, seraient anéantis dans les deux mondes."

Voir également : Napoléon Bonaparte

Louis XVI et Selim III

François-Athanase Charette de La Contrie

Jean-Jacques Rousseau

Humbaracı Ahmet Paşa alias Claude Alexandre de Bonneval