dimanche 1 novembre 2015

Les relations entre la Turquie kémaliste et l'Afghanistan




Tekin Alp, Le Kemalisme, Paris, Félix Alcan, 1937, p. 152 :

"Dans le traité échangé avec l'Afghanistan, les parties s'engagent à se concerter et à s'entr'aider si l'une d'elles est l'objet d'un acte hostile de la part d'une tierce puissance. La Turquie fournira à l'Afghanistan les techniciens, les professeurs, les ingénieurs et les instructeurs militaires dont il aura besoin. En octobre 1928, 115 élèves afghans, dont 15 jeunes filles, sont arrivés à Istanbul et ont été répartis entre différentes écoles d'Istanbul et d'Ankara."

Menter Şahinler, Origine, influence et actualité du Kémalisme, Paris, Publisud, 1995, p. 174 :

"La venue d'Amanullah en Turquie s'inscrit dans un périple du roi et de la reine Soraya au Proche-Orient et en Europe, du 29 novembre 1927 au 20 juin 1928. Le souverain est accompagné en outre de son beau-père et ministre des Affaires étrangères Tarzi. Amanullah, reçu le 19 mai 1928 à Istanbul par une délégation officielle, arrive le 20 mai à Ankara où l'accueille Atatürk. Le séjour est marqué par les revues militaires à Istanbul, les dîners d'Etat à Ankara du 20 au 26 mai, mais surtout les visites et les entretiens témoignant de l'intérêt du roi pour les progrès turcs. Ainsi, à Istanbul, il se rend à l'Académie des Beaux-Arts, à l'Académie militaire, à l'Ecole d'Etat-major, dans les musées, il rencontre Assan Fehmi Bey, Directeur du comité de l'aviation.

L'enthousiasme de la presse turque et les déclarations réciproques témoignent de l'amitié turco-afghane. Le roi affirme ainsi le 1er juin à un journaliste turc : « Vous êtes les grands frères des Afghans et vous devez nous considérer toujours comme des cadets ». Lors du dîner d'Etat du 20 mai, au Gazi qui loue les deux peuples « ayant un but commun » et leur chef, le roi répond en turc à « son cher et très noble frère » sur le même ton. Le roi et son peuple considèrent « avec des yeux pleins de satisfaction et de fierté, les progrès actuels que la chère Turquie a obtenu à la suite des peines que votre Excellence, modèle d'activité et d'énergie, a enduré nuit et jour », Atatürk est considéré par son invité comme « l'unique facteur » du « brillant avenir de la jeune Turquie ». Les termes mêmes des discours, nationalistes et réformistes, excluent la rhétorique religieuse traditionnelle. Cette visite a certainement joué un rôle majeur dans l'accélération de la politique réformiste d'Amanullah. Le traité conclu peu après (mentionné plus haut) décide de l'envoi d'une mission militaire turque et la délégation de Turquie à Kaboul devient une ambassade. Surtout, l'exemple turc d'occidentalisation montre à Amanullah l'énormité de la tâche à accomplir et l'incite à agir."

Voir également : Le kémalisme : un nationalisme ouvert et pacifique

La lutte d'indépendance impulsée par Mustafa Kemal : une résistance à l'occupation de l'Entente et aux irrédentismes gréco-arméniens
 

La légitimité d'Atatürk, selon le chrétien libanais Amin Maalouf