jeudi 5 novembre 2015

Citations de Bülent Ecevit




Entretien au Monde, 10 avril 1974 :

"Le problème politique était le plus important jusqu'à la formation du gouvernement. Mais, aujourd'hui, le régime démocratique est sur la bonne voie. Le problème politique n'est plus le problème prioritaire. Après la période de 1970-1971, nous avons eu des élections au cours des deux années et demie qui viennent de s'écouler. La Turquie est mûre pour la démocratie, les Turcs l'ont montré. Après les élections d'octobre 1973, nous avons eu une crise ministérielle qui a duré trois mois, dans une période cruciale mais nous n'avons pas subi de crise de régime. Nous pouvons dire que nous avons pu surmonter le problème politique. La situation est saine.

La coalition des deux partis, le parti républicain du peuple [CHP] et celui du Salut national [MSP de Necmettin Erbakan], fonctionne. Les deux partis sont unis dans la politique économique et sociale. Nous sommes en train de faire passer devant le Parlement un projet d'amnistie qui se heurte au refus de l'opposition. Mais nous voulons cette amnistie. Elle intéressera tout le monde. Ceux qui se sont livrés à des actes de terrorisme en bénéficieront dans une moindre mesure. Les délits d'opinion seront amnistiés et, d'ailleurs, la notion de délit d'opinion ne nous paraît pas acceptable. Comme je viens de vous le dire, le problème politique est bien dépassé, nous l'avons derrière nous."


Déclaration publique, 20 juillet 1974 :

"Les forces armées turques ont commencé à débarquer à Chypre par air et par mer. Nous croyons que nous rendons ainsi un grand service à la paix et à l'humanité. Je souhaite qu'il ne soit pas fait usage d'armes contre nos forces et qu'un conflit sanglant n'ait pas lieu.

Nous n'allons pas à Chypre pour y faire la guerre mais pour y apporter la paix non seulement aux Turcs mais aussi aux Grecs. Nous avons été obligés de prendre cette décision après avoir épuisé tous les recours politiques et diplomatiques."


Interview au Nouvel Observateur, 31 mai 1976 :

"Nous voulons rester dans l'O.T.A.N. Mais nous allons revoir notre participation. Nous fournissons en effet la plus grande armée d'Europe occidentale, et nous y consacrons une énorme part de notre budget : 25 %. Tout cela pour quoi ? Cela ne suffit même pas à assurer notre défense. Nous avons, dans cette région, des problèmes qui ne sont pas ceux des Etats-Unis et, dans un éventuel conflit, il n'est pas sûr qu'ils nous soutiennent. Que ce soit pour des raisons de politique extérieure ou intérieure (leurs minorités). Aussi, tout en restant dans la structure de l'O.T.A.N., nous voulons développer notre propre défense nationale."


Conférence à l'Institut international d'études stratégiques (IIES), 15 mai 1978 :

"Historiquement et géographiquement, la Turquie est avant tout un pays balkanique, moyen-oriental et est-méditerranéen. Cela n'exclut évidemment pas le fait que la Turquie est aussi membre de la communauté de l'Europe, mais notre point de départ est l'aire des Balkans, du Moyen-Orient et de l'est de la Méditerranée. (...) En tout état de cause, nous considérons que de bonnes relations et une coopération avec des pays régionaux sont aussi essentielles pour accélérer le développement économique et la croissance, car nous serons ensuite capables d'initier des efforts et des marchés combinés pour élargir les possibilités de nos économies respectives dans la région."


Entretien au Monde, 10 mai 1979 :

"Je l'ai dit et répété, nous n'avons pas l'intention de quitter l'OTAN ; nous n'avons jamais exercé de chantage sur nos alliés. Dès que l'embargo militaire américain a été levé, nous avons autorisé la réactivation des installations de défense fermées depuis trois ou quatre ans dans notre pays et ceci sans attendre la reprise de l'aide américaine, sans même connaître son montant et sans attendre non plus la signature d'un nouveau traité.

Il ne serait pas juste pour autant d'imaginer que la Turquie va demeurer un vestige anachronique de la guerre froide. La détente progresse. Nous aussi nous voulons contribuer à la détente, ce que nous permet notre position géostratégique. Nous pouvons participer à la défense collective en aidant à l'établissement d'une atmosphère de compréhension mutuelle dans la région. Nous ne voulons pas nous aliéner nos voisins sans nécessité. Tout pays doit établir des relations régionales saines. Dans le passé, nous avons en partie négligé cela. Mon gouvernement a cherché à améliorer la situation.

Or, cela n'a pas plu à certains de nos alliés occidentaux. Pourtant, la Turquie est encore loin derrière eux pour ce qui est des liens avec les pays socialistes. Après tout, ne sommes-nous pas le proche voisin de ces pays ? N'avons-nous pas plus de raisons, de meilleures possibilités que beaucoup de nos alliés occidentaux d'établir avec les pays socialistes une atmosphère de confiance ? Et pourtant, certains de nos alliés ont cru devoir à ce propos nous suspecter, nous poser des questions injustes et embarrassantes ! De même avec les pays islamiques. Beaucoup de nos partenaires ont aujourd'hui avec eux des relations très étroites, alors qu'ils n'y ont pas, comme nous, la justification de liens historiques anciens. Et pourtant, là encore, on nous a posé des questions embarrassantes !

La Turquie a une position unique au carrefour de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Sud. Elle peut contribuer au rapprochement Est-Ouest et au dialogue Nord-Sud.

Si, en un sens, on s'éloigne de l'Occident, c'est qu'on y est poussé par l'attitude de certains, par leur manque de compréhension de nos problèmes économiques. Si, par exemple, nos relations commerciales avec l'Ouest se distendent, cela ne dépend pas de nous."


Interview au Nouvel Observateur, 23 juillet 1979 :

"Il y a quelques années, j'avais commencé à traduire en turc le « Bagavad Gita », le livre saint hindou. J'ai dû arrêter car je suis devenu Premier ministre... Dans l'épopée hindoue, le héros hésite jusqu'au dernier moment avant d'accepter la bataille. Il faut être préparé à se battre mais pas avant que toutes les autres solutions n'aient été tentées. J'ai aussi été un grand lecteur des mystiques turcs, les soufis. La tradition soufie, comme toutes les grandes religions, prêche la tolérance et la compréhension, en partant de l'idée que les hommes sont un, donc égaux et qu'également ils font un avec leur créateur, que chacun est donc d'essence divine. Le respect, la tolérance, conséquences logiques de cette idée que nous sommes un, c'est cela l'essence de la démocratie.

Et c'est peut-être à cause de cette tradition mystique que j'ai toujours rejeté l'idée de « socialisme scientifique », ou le fait d'appeler une idéologie quelconque scientifique. A une époque où il n'y a plus aucune certitude, même dans les sciences dites exactes, comment peut-on proclamer que certaines idéologies politiques ou socio-économiques sont la vérité absolue et peuvent résoudre les problèmes de l'humanité ?"


Voir également : Chypre : "Nul ne peut nier qu'il n'ait existé quelque chose d'irrationnel, de passionné, dans le choix du camp grec."

Le terrorisme arménien contre les démocraties

La Turquie entre trois mondes

La répartition géographique des votes pour la gauche kémaliste (CHP, puis SHP et DSP) et la droite nationaliste (CKMP, puis MHP)