samedi 9 mai 2015

Emmanuel Todd




Emmanuel Todd, L'enfance du monde. Structures familiales et développement, Paris, Le Seuil, 1984 :

"Vers 1980, les pays ou Etats alphabétisés à moins de 50 % comprennent environ 30 % de la population du globe, soit 1,4 milliard d'individus. Trois masses géographiques et culturelles constituent cet ensemble : l'Inde, l'Islam et l'Afrique. En Inde, seule la pointe sud du subcontinent a passé la barre des 50 % d'alphabétisés. Dans la partie du monde musulman située entre le Bangladesh et le Maroc, seules la Turquie et la Tunisie paraissent avoir atteint ce stade." (p. 141)

"Parmi les pays musulmans, on peut citer la Tunisie, la Syrie, l'Irak, dont les hommes jeunes ont dépassé le stade des 70 % d'alphabétisés sans qu'interviennent, pour l'instant, de perturbations majeures, si l'on excepte une montée sensible de l'intégrisme religieux. Dans le cas de la Syrie et de l'Irak, la guerre extérieure sert sans doute d'exutoire temporaire à la montée des tensions. Un dernier exemple, qui n'est pas vraiment un contre-exemple, celui de la Turquie : elle a franchi la limite théorique des 70 % vers 1955. Sans qu'il y ait eu, au sens strict, révolution, une montée de la violence est cependant évidente. Entre 1975 et 1981, le pays est à feu et à sang." (p. 179)


Emmanuel Todd, Le Destin des immigrés. Assimilation et ségrégation dans les démocraties occidentales, Paris, Le Seuil, 1994 :

"L'islam fondamentaliste qui sert à la définition d'une identité particulariste en Allemagne s'oppose point par point à la tendance idéologique centrale de la République turque, que l'on peut qualifier de nationaliste universaliste. Lorsqu'ils sont politiquement dominants et confrontés à une minorité ethnique comme les Kurdes, les Turcs se révèlent partisans d'un assimilationnisme ouvert, proche de celui des jacobins français, en moins réaliste et plus violent. L'idéal de la République turque serait l'entrée des Kurdes dans la vie sociale et nationale en tant que citoyens ordinaires." (p. 183)

"(...) la culture turque elle-même est de type universaliste et propose à ses propres minorités périphériques, Kurdes notamment, un modèle d'assimilation fort proche de celui des Jacobins français. La Turquie n'est pas différentialiste de tempérament." (p. 332)


Emmanuel Todd, Après l'empire. Essai sur la décomposition du système américain, Paris, Gallimard, 2002 :

"Des pays musulmans non arabes comme la Turquie, avec un indice de 2,5 en 2001, et l'Iran à 2,1 en 2002, jamais colonisés, ont presque achevé leur transition démographique." (p. 43)

"En Turquie, la montée en puissance des partis religieux n'a pas réussi à mettre en danger la laïcité héritée de Kemal Atatürk." (p. 50)

"L'apprentissage de la lecture et de l'écriture fait effectivement accéder chacun à un niveau supérieur de conscience. La chute des indices de fécondité révèle la profondeur de cette mutation psychologique, qui atteint largement le domaine de la sexualité. Il n'est donc pas illogique d'observer, dans ce monde qui s'unifie par l'alphabétisation et l'équilibre démographique, une multiplication des régimes politiques tendant vers la démocratie libérale. On peut émettre l'hypothèse que des individus rendus conscients et égaux par l'alphabétisation ne peuvent être indéfiniment gouvernés de façon autoritaire ; ou, ce qui revient au même, que le coût pratique d'un autoritarisme exercé sur des populations éveillées à un certain type de conscience rend économiquement non compétitive la société qui le subit. En fait, on peut spéculer à l'infini sur les interactions entre éducation et démocratie. Cette association était parfaitement claire à des hommes comme Condorcet, qui avait placé le mouvement de l'éducation au coeur de son Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. Il n'est pas trop difficile d'expliquer par ce facteur lourd la vision qu'avait Tocqueville d'une marche « providentielle » de la démocratie.

Cette représentation me paraît beaucoup plus authentiquement « hégélienne » que celle de Fukuyama, qui patauge quelque peu dans l'économisme et l'obsession du progrès matériel. Elle me semble aussi plus réaliste, plus vraisemblable, en tant qu'explication de la multiplication des démocraties : en Europe de l'Est, dans l'ex-sphère soviétique, en Amérique latine, en Turquie, en Iran, en Indonésie, à Taïwan, en Corée. Car on ne peut guère expliquer la floraison de systèmes électoraux pluralistes par la prospérité croissante du monde. L'ère de la globalisation correspond dans le domaine économique à une chute des taux de croissance, à un ralentissement de la hausse du niveau de vie des masses, parfois même à des baisses, et presque toujours à une montée des inégalités. On voit mal le pouvoir explicatif d'une séquence « économiste » : comment une incertitude matérielle croissante pourrait-elle mener à une chute des régimes dictatoriaux et à une stabilisation des procédures électorales ? L'hypothèse éducative en revanche permet de saisir la marche de l'égalité sous le couvert de l'inégalité économique." (p. 59-60)

"Le jeu de ces forces, encouragé au départ par l'Amérique elle-même, favorise l'émergence d'une Europe intégrée, puissance dominante de fait dans une région mieux placée stratégiquement que celle dont les Etats-Unis sont le centre. Le développement de l'Europe orientale, de la Russie, de pays musulmans comme la Turquie ou l'Iran, et virtuellement de l'ensemble du bassin méditerranéen, semblent faire de l'Europe un pôle naturel de croissance et de puissance. Sa proximité du golfe Persique apparaît sans doute aux « penseurs » de la politique américaine comme la menace la plus dramatique à la position des Etats-Unis dans le monde.

La technique du scénario de crise permet de mieux visualiser l'interaction des rapports de force économiques et militaires. Que se passerait-il si l'Europe, puissance économique dominante pour la Turquie, faisait pression sur cette dernière pour qu'elle n'autorise pas l'armée américaine à utiliser la base d'Incirlik dans le cadre d'une agression contre l'Irak ? Aujourd'hui ? Demain ? Après-demain ? Un alignement de la Turquie sur l'Europe aboutirait, pour l'Amérique, à une chute dramatique de son potentiel militaire au Proche-Orient. Les Européens actuels ne conçoivent pas de tels scénarios, les Américains les imaginent. (...)

Au contraire des Etats-Unis, l'Europe n'a pas de problèmes particuliers avec le monde extérieur. Elle est en interaction commerciale normale avec le reste de la planète, achetant les matières premières et l'énergie dont elle a besoin, payant ces importations avec les revenus tirés de ses exportations. Son intérêt stratégique à long terme est donc la paix. (...)

Dans la mesure où les pays du Golfe doivent vendre leur pétrole parce que leurs populations s'accroissent, l'Europe n'a à craindre aucun embargo. (...) La réalité économique suggère que cette région du monde devrait passer dans une sphère de coopération centrée sur l'Europe et excluant assez largement les Etats-Unis. La Turquie et l'Iran l'ont parfaitement compris. Mais ne nous méprenons pas : il y a là tous les éléments d'un véritable antagonisme à moyen terme entre l'Europe et les Etats-Unis. (...)

Evoquer l'Europe, sa puissance, son antagonisme croissant aux Etats-Unis, c'est utiliser un concept dont le sens n'est pas défini : une région économique, une sphère de civilisation, un agrégat de nations, bref pour rester dans l'indéfinition la plus absolue, une entité en mouvement. Ces temps-ci, l'intégration économique se poursuit. L'entité attire par sa masse et son succès de nouveaux membres en Europe de l'Est et semble destinée, malgré toutes les difficultés, à absorber la Turquie. Mais ce processus d'expansion économique spontanée a pour effet politique premier une désorganisation. L'élargissement économique met le système institutionnel en situation d'impuissance. La persistance des nations, s'incarnant dans des langues, des systèmes politiques, des mentalités, rend très difficile la mise au point de procédures de décision acceptées par l'ensemble des membres." (p. 212-215)


Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Le rendez-vous des civilisations, Paris, Le Seuil, 2007 :

"Tous les pays franchissent, les uns après les autres, la barre des 50 % d'hommes alphabétisés, puis, après un délai variable, la barre des 50 % de femmes alphabétisées. Les pays musulmans ou majoritairement musulmans (cf. Tableau 1, p. 16-17) ne sont pas dans le peloton de tête. Mais la Turquie a franchi le seuil de 50 % d'alphabétisation masculine vers 1932." (p. 12)

"En Turquie, le franchissement des seuils d'alphabétisation est un phénomène déjà ancien (1932 pour les hommes et 1969 pour les femmes). La révolution kémaliste, sous-tendue par une forte dimension nationaliste, précède de peu, comme la révolution algérienne, l'alphabétisation majoritaire des hommes. La baisse de la fécondité n'attend pas l'alphabétisation des femmes puisqu'elle commence dès 1950. Mais la période d'instabilité politique maximale qui s'étale sur les années 1960-2000, sur fond de terrorisme d'extrême droite, avec une succession de coups d'Etat et une poussée islamiste finalement digérée par le système, s'intègre parfaitement à la chronologie du modèle qui associe alphabétisation, baisse de la fécondité et troubles politiques de transition. La stabilisation actuelle correspond, pour sa part, assez paradoxalement à l'arrivée au pouvoir, dans une démocratie consolidée, d'islamistes modérés qui se comparent volontiers eux-mêmes aux démocrates-chrétiens européens. La question kurde pourrait cependant relancer les violences, parce que le Kurdistan, très attardé culturellement et démographiquement, est loin d'avoir achevé sa transition comme on le verra plus loin." (p. 34-35)

"En 2007, il [Ahmadinejad] s'est emporté contre la baisse de la fécondité des Iraniennes et contre la norme des 2 enfants par famille, réagissant peut-être à l'interview de l'un des co-auteurs du présent ouvrage, qui présentait la baisse de la fécondité comme un signe de modernisation et de rapprochement avec l'Europe. Ahmadinedjad voudrait un Iran de 120 millions d'habitants, soit 50 millions de plus qu'actuellement. Il y a peu de chances pour que ses conseils soient suivis d'effet. Aussi peu que les recommandations de Necmettin Erbakan, ancien Premier ministre turc et leader du parti islamiste Rafah [Refah], qui avait exhorté son peuple « à faire au moins 4 enfants », « car la population est la puissance par laquelle nous établirons le droit dans le monde... Les imitateurs de l'Occident essayent de faire décroître notre population ». La contradiction fondamentale de l'islamisme est que ses dirigeants se pensent gardiens d'une tradition alors même que la vague populaire qui les porte résulte d'une révolution mentale modernisatrice. A la victoire politique succède inévitablement une défaite culturelle. (...)

L'examen des indicateurs démographiques régionaux révèle la coexistence, sur le territoire turc, de trois phases démographiques distinctes. Un régime « européen » s'est propagé par ondes successives à partir des deux capitales : Istanbul et Ankara. Il concerne la Turquie d'Europe et l'ouest de l'Asie mineure, les rives de la Méditerranée et de la mer Noire, où la fécondité est au seuil de remplacement de 2,1, et parfois plus basse encore, à 1,6. Au centre, en Anatolie, la transition est en route et promet d'aller à son terme, avec des indices inférieurs à 3,0. Plus à l'est le Kurdistan (dans sa partie turque) est une zone de très forte fécondité. Dans ces confins de la Turquie, âprement disputés au cours de l'histoire, aux frontières de la Syrie, de l'Irak, de l'Iran, de l'Arménie et de la Géorgie, le nombre d'enfants est élevé, anormalement si l'on tient compte des facteurs socio-économiques et même parfois éducatifs : 5, parfois 6 enfants par femme. La fécondité est forte dans l'ex-Sandjak d'Alexandrette (rebaptisé Hatay depuis son annexion par la Turquie) où vivent des Arabes.

Ces écarts de développement démographique renvoient à des différences anthropologiques initiales, ou tout du moins antérieures à la transition. A l'ouest du pays, le statut de la femme était initialement plus élevé et le niveau d'endogamie familiale plus bas. Une division de la Turquie en cinq grandes zones fait apparaître, en 1988, un taux de mariages entre cousins germains de 8,4 % dans la région ouest, et de 22,6 % dans la région « est », qui inclut les Kurdes. Ce dernier taux est cependant nettement moins élevé que celui de pays arabes voisins comme la Syrie, qui est à 35 %, mais assez proche de celui de l'Iran (25 % environ). Rappelons que les peuples turcs étaient, avant leur conversion à l'islam sunnite, exogames, tout comme les populations chrétiennes de l'empire byzantin, turquifiées linguistiquement après la conquête ottomane.

Le particularisme démographique kurde peut également être observé au nord de la Syrie, dans les provinces de Hassakeh et Deir el-Zor, dans les faubourgs d'Alep et en Irak." (p. 97-100)

"Certains peuples islamisés comme les Albanais, du pays de ce nom, ou du Kosovo, sont exogames, tout comme les Bosniaques, les Tchétchènes, les Kazakhs, les Kirghizes et les Huis. Les Turcs de Turquie sont endogames mais à un niveau assez faible. Les Azéris sont endogames, comme les Turkmènes, les Ouzbeks et les Tadjiks. Les peuples turcophones (Kazakhs, Kirghizes, Azéris, Turcs proprement dits, Ouzbeks) ne relèvent donc pas tous de la même catégorie. La cause de cette répartition n'est guère mystérieuse. Les peuples endogames sont les plus anciennement islamisés, passés dans la sphère de l'Oumma dès le VIIIe siècle. L'islamisation des nomades turcophones est un phénomène relativement tardif, s'étalant sur les Xe-XIIIe siècles. Leurs clans étaient farouchement attachés à l'exogamie du groupe patrilinéaire et l'endogamie des Turcophones n'est à vrai dire élevée que là où les langues turques ont recouvert des populations indo-européennes plus anciennement islamisées, en Azerbaïdjan ou en Ouzbékistan notamment. Les Tadjiks sont restés de langue iranienne et donc indo-européenne. Dans les Balkans, la conquête musulmane est encore plus récente et fut réalisée par des Ottomans faiblement enclins au départ à l'endogamie. Dans le cas des Tchétchènes, l'islamisation remonte à peine au XVIIIe siècle. Tous les peuples turcs ont été convertis à l'islam sunnite, à l'exception d'un seul, les Azéris, passés dans l'orbite du chiisme persan à la suite d'une histoire complexe.

L'Azerbaïdjan, patrie de Zarathoustra et du mazdéisme, a été très tôt soumis par des conquérants musulmans, presque au même moment que le Bilad el-Cham (Syrie) ou le Maghreb. Au XIIIe siècle, la langue turque a été imposée par les Seldjoukides, mais au XVIe siècle les Azéris suivront l'Iran des Séfévides, se sépareront de l'islam orthodoxe et se rangeront sous la bannière noire du chiisme. C'est le seul peuple (dont la majorité vit en Iran) de ce groupe où le chiisme domine : 75 % de la population." (p. 118-119)

"En Azerbaïdjan, la fécondité décroche vers 1963, vingt ans avant celle de l'Iran. La date est la même pour le Kirghizistan et le Kazakhstan peuplé à l'époque, il est vrai, d'une bonne moitié de Russes. L'Ouzbékistan et le Tadjikistan décrochent en 1973. Seules la Turquie, avec une chute dès 1950, et la Tunisie, dès 1965, avaient fait mieux dans le monde musulman." (p. 121)

"L'Azerbaïdjan se distingue par un indice de fécondité particulièrement bas, nettement inférieur au seuil de reproduction et d'allure tout à fait « européenne du Nord-Ouest ». A 1,7, le pays est proche de bien des provinces de l'Iran voisin, où vivent d'ailleurs la majorité des populations de langue azéri." (p. 123)

"En termes de développement culturel, l'Indonésie est, malgré sa situation planétaire excentrée, l'un des pays musulmans les plus avancés, encadrée par la Turquie et la Jordanie." (p. 138)


Emmanuel Todd, Après la démocratie, Paris, Gallimard, 2008 :

"Nicolas Sarkozy et les cadres de l'UMP voient certainement dans l'exagération du risque terroriste, dans l'accentuation de la pression sur l'Afghanistan, dans l'hostilité à l'entrée de la Turquie en Europe, dans les menaces militaires contre l'Iran, bref dans l'activation d'une thématique qui met l'islam au cœur de la politique générale, un moyen commode de toucher et de rallier l'électorat du Front national." (p. 36-37)

"Sarkozy quitte la Place Beauvau, le désordre règne, le discours identitaire du candidat s'offre à protéger les Français désemparés. Création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, rejet de la candidature turque à l'entrée en Europe comme signal antimusulman : tout cela a été bien ficelé si ce n'est bien pensé. C'est une France gagnée par la peur, qui a transformé le ministre de l'Intérieur pyromane de 2005 en président identitaire de 2007. Ce serait cependant surestimer Nicolas Sarkozy que de lui attribuer l'entière responsabilité de l'instrumentalisation politique du thème ethnique par la droite dite républicaine. Certains intellectuels ont joué un rôle clef." (p. 132)

"Nous aurions tort de penser que l'échec de Sarkozy, impopulaire comme aucun président ne l'a jamais été après seulement un an de mandat, résout la question, et signe nécessairement la fin de cette tentative pour ethniciser la démocratie française. Cette politique n'a été qu'esquissée, malgré la cohérence déjà assez mûre de la posture antimusulmane du gouvernement. L'islam nous est présenté comme une menace interne, par l'exagération systématique du problème de l'immigration, et externe, par une politique étrangère hostile à la Turquie, plus encore à l'Iran, et par l'envoi de troupes « civilisatrices » en Afghanistan." (p. 233)


Emmanuel Todd, Qui est Charlie ? Sociologie d'une crise religieuse, Paris, Le Seuil, 2015 :

"On doit toutefois évoquer ici un « problème turc » qui n'est peut-être, tristement, qu'un problème allemand. J'avais examiné ce point dans Le Destin des immigrés. La résistance à l'assimilation des populations turques était alors encore plus manifeste, quand rien dans leur structure anthropologique ne pouvait l'expliquer. Quelle que soit la région d'origine en Turquie, le taux de mariage entre cousins y était plus bas qu'au Maghreb. Parfois s'ajoutait à cette endogamie familiale plus faible un statut nettement plus élevé des femmes. Observant la distribution géographique de l'immigration turque en France, collée à la frontière est, j'en avais conclu que les Turcs de France n'étaient qu'un fragment d'une immigration globale centrée sur l'Allemagne, immigration qui avait intériorisé à l'échelle de l'Europe, en France comme en Belgique ou aux Pays-Bas, la norme ségrégative en vigueur au-delà du Rhin. Les taux de mariage mixte avec des musulmans étaient à l'époque insignifiants dans la République fédérale. En France, actuellement, le taux de mariage mixte plutôt élevé des hommes d'origine turque représente sans doute la première étape d'une rupture du « modèle allemand » dans cette population. Nous sommes à nouveau confrontés au fait que l'épicentre du différentialisme européen n'est pas situé en France, mais plus au nord ou plus à l'est en Europe. C'est la raison pour laquelle chaque pas en avant dans la construction européenne se révélera, au final, un pas en avant dans l'islamophobie." (p. 196-197)


Du même auteur : La réussite de la modernisation turque

Les structures familiales des immigrés turcs en Allemagne