samedi 8 novembre 2014

Le joug des Tatars de la Horde d'Or





François-Georges Dreyfus, Une histoire de la Russie : des origines à Vladimir Poutine, Paris, Editions de Fallois, 2005 :

"Dès lors, la Russie est sous le joug tatar jusqu'au XVIe siècle. Les princes, puis grands-princes de Moscou, ne sont que des vassaux des Tatars. Ivan III, prince de Moscou, ne cesse de payer tribut qu'en 1480, mais la libération définitive de la domination tatare n'aura lieu qu'entre 1550 et 1590 (reconquête de Kazan, 1552, et de Saratov, 1590). De 1237 à la fin du XVIe siècle, la Russie est occupée par les Mongols tatars et en a été profondément marquée à bien des égards, plus que les autres peuples. Le peuple russe a absorbé, intégré et assimilé, et christianisé la masse des envahisseurs turcophones, même si à l'est de Moscou, entre Vladimir et Kazan, on compte encore une dizaine de millions d'habitants islamisés, Tatars et Tchouvaches entre autres." (p. 260)

"Désormais, chaque principauté (elles ont été maintenues après la conquête) est invitée à payer tribut à la Horde d'Or qui est le centre de l'administration tatare. Les Tatars vont laisser les princes russes administrer leur domaine, mais ils sont investis par les khans. Les princes leur doivent le pouvoir et vont régulièrement à la Horde prêter hommage et faire leur cour, intriguer pour obtenir investiture et privilèges. La Horde n'administre pas directement, mais institue un système quasi féodal avec un suzerain exigeant, autoritaire et souvent cruel. Ainsi le monde russe est-il vassalisé.

La Horde d'Or établit simultanément un système de postes qui sera longtemps efficace et aménage un embryon de réseau routier qui, malgré les conditions physiques (les boues de printemps et d'automne), permet des liaisons convenables.

Ce système va entraîner le renforcement de l'aristocratie russe. Les princes et les boyards sont à la fois libres et esclaves. Libres dans leurs domaines ou leurs principautés, ce qui, étant donné leur indiscipline et leur manque de solidarité, les conduit facilement à lutter les uns contre les autres, au grand bonheur des Tatars. Ceux-ci en profitent, jouent de leurs rivalités et font d'eux des esclaves.

Toute cette organisation va durer près de deux siècles, même si la Horde d'Or est traversée de crises. (...)

Un élément fondamental va la marquer, la conversion des Tatars à l'Islam. Dès 1230, certaines tribus embrassent la foi musulmane ; vers 1320 (quatre-vingt-dix ans plus tard), les Tatars sont musulmans, même si les grands principes de l'Islam ne sont pas toujours respectés. Avec eux apparaît une forme d'Islam tatar que l'on retrouvera d'ailleurs chez les Turcs. C'est vraisemblablement le fruit de la « turquisation » des Mongols, en définitive peu nombreux, par les Polovtses. Leur vie religieuse est influencée par des restes du judaïsme khazar dont ils sont en quelque sorte les successeurs dans les territoires entre Dniepr et Volga, peut-être aussi par les populations chrétiennes des comptoirs italiens et, surtout, les missions musulmanes venant du Moyen-Orient." (p. 29)

Voir également : L'Ukraine, le Khanat de Crimée et l'Empire ottoman

La déportation des Tatars de Crimée par Staline