vendredi 27 juin 2014

Humbaracı Ahmet Paşa alias Claude Alexandre de Bonneval




Robert Mantran, "L'Etat ottoman au XVIIIe siècle : la pression européenne", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989 :

"Intelligent, animé par la volonté d'améliorer la situation de son empire, Mahmûd Ier agit dans deux directions : d'une part la remise en état de l'armée, plus spécialement de l'artillerie, oeuvre qu'il confie à un Français, le comte de Bonneval, d'autre part la restauration de la paix et de la confiance dans les provinces anatoliennes. (...)

La nécessité de réformer l'armée s'est vite imposée au sultan, mais devant l'hostilité des janissaires, il doit se limiter à rénover le corps des bombardiers (khumbaradjï), utilisant à cette occasion les services du comte de Bonneval (1675-1747) qui, après avoir servi dans les rangs de l'armée de Louis XIV, puis celle du prince Eugène de Savoie, est venu à Istanbul, s'est converti à l'islam (il sera ultérieurement connu sous le nom de Khumbaradjï Ahmed Pacha) et, par l'entremise du grand-vizir Topal Osmân Pacha (1731-1732), est présenté au sultan qui le charge de la réforme du corps des bombardiers. Le fait est significatif, car pour la première fois il est fait appel à un spécialiste étranger et de plus cela marque la volonté du sultan de faire des réformes en utilisant les compétences  : que Bonneval se soit converti n'a pu que faciliter les choses, en écartant plus ou moins les critiques des milieux conservateurs et traditionalistes. Bonneval aurait souhaité pouvoir apporter des transformations dans l'ensemble des corps militaires ottomans, mais l'hostilité des janissaires l'a contraint à se limiter aux bombardiers et à des perfectionnements techniques chez les canonniers. Allant au-delà, en 1734, il fonde une école d'ingénieurs (hendesekhâne) destinée à former des techniciens modernes de l'artillerie. Un moment envoyé en exil à Kastamonu, Bonneval est rappelé : il demeurera en fonction jusqu'à sa mort en 1747. Il a cherché en vain à jouer un rôle dans les relations diplomatiques ottomanes, mais a cependant contribué à resserrer les liens avec la France. L'école d'ingénieurs est fermée peu après (1750) sous la pression des oulémas, mais, grâce à la présence de Bonneval et de quelques autres techniciens étrangers appelés par lui, une ouverture vers le modèle européen a été ainsi effectuée." (p. 278)

Bernard Lewis, Comment l'Islam a découvert l'Europe, Paris, La Découverte, 1984 :

"En 1729, un noble français, le comte de Bonneval, arrive en Turquie où il se convertit à l'islam, prend le nom d'Ahmed et entre dans l'armée ottomane. En 1731, il est chargé de réformer le corps des artilleurs. En 1734, une école de génie militaire est créée à Istanbul et l'année suivante Bonneval est nommé « chef des artilleurs » et reçoit le titre de pacha. L'expérience n'aboutit pas, mais une autre voit le jour en 1773 avec l'ouverture d'une école de génie naval." (p. 42)

"Un autre ouvrage, daté 1733-1734, s'intéresse à « certaines circonstances historiques des Etats d'Europe » et notamment aux événements survenus en Autriche, Hongrie, Espagne et en France. Il est dû à Claude-Alexandre de Bonneval, noble français qui entra dans l'administration ottomane, se convertit à l'islam et prit le nom de Ahmed Pacha, et fut traduit en turc, probablement à partir de l'original français." (p. 170)

Voir également : L'amitié franco-turque