jeudi 5 juin 2014

Franciszek Henryk Duchinski (historien polonais originaire de Kiev)




Franciszek H. Duchinski, Peuples aryâs et tourans, agriculteurs et nomades. Nécessité des réformes dans l'exposition de l'histoire des peuples aryâs-européens et tourans, particulièrement des Slaves et des Moscovites, Paris, Friedrich Klincksieck, 1864, p. 143-145 :

"Les Touraniens-Ottomans ne reconnaissent pas non plus la propriété individuelle du sol dans le sens que les Indo-Européens attachent au mot hérédité ; mais dans la pratique les Ottomans respectent plus la propriété que les Moscovites. Suivant les lois instinctives de leur race, les Turcs, il est vrai, ont ruiné la noblesse bulgare et serbe en affranchissant en revanche les paysans. Ceux-ci, sans guides nationaux, devinrent des instruments dociles sous la main de leurs maîtres et les servirent dans leurs guerres contre la civilisation indo-européenne, civilisation essentiellement basée sur la propriété. Les Turcs-Ottomans agirent au reste au XIVe siècle à l'égard de la noblesse et de la propriété en Turquie comme agissent de nos jours leurs frères dégénérés, les Turcs-Moscovites, sur le Dniéper et sur la Vistule. Pourtant les différences entre ces deux branches des Touraniens sont très grandes et plutôt en faveur des premiers, surtout si l'on juge les faits du point de vue de la morale des peuples indo-européens. Ainsi, 1° même au XIVe et au XVe siècle, il y avait parmi les Turcs plus d'étrangers latins et germains que parmi les Moscovites au XVIIIe et même plus que de nos jours au centre de la Moscovie, ce dont il faut chercher la raison dans la tolérance des Turcs-Ottomans ; 2° les paysans chrétiens de la Turquie n'ont jamais été attachés à la glèbe, par les Turcs ; ils ont toujours été libres de se mouvoir et de s'instruire même à l'étranger : ces deux droits primordiaux ont toujours été et sont encore aujourd'hui limités par les Moscovites. Ce n'est que dans quelques années que les paysans moscovites nouvellement affranchis seront aussi libres que les paysans de la Bulgarie et des autres contrées de la Turquie. Sous l'empereur Nicolas on augmenta le nombre des écoles destinées aux paysans, mais on mit au contraire toutes sortes d'entraves à la fréquentation des écoles destinées à la noblesse. Ainsi, excepté pour la faculté de médecine, les autres facultés ne purent recevoir qu'un nombre limité d'élèves, 1800 pour six universités de l'empire, c'est-à-dire 300 par université, pour une population s' élevant à près de 80,000,000 d'individus. Les choses ne se sont pas sensiblement améliorées sous Alexandre II. (Voir les preuves au dernier chapitre.)

L'origine des maux qui désolent l'empire russe et le placent sous bien des rapports au-dessous de l'empire ottoman ne doit pas être attribuée au mauvais vouloir des tzars, car l'influence de leurs sujets sur les tzars a été et est encore bien plus forte qu'on ne le pense généralement. Les princes rurikowitsches, tels que les fondateurs de l'Etat moscovite, Youry Dolgorowcki et son fils André de Bogolub (le Chinois Kitan) en sont une preuve bien claire. En somme les Turcs-Ottomans n'ont pas eu à subir les règnes de souverains tels qu'Ivan IV le Tyran, Pierre Ier et Nicolas Ier ; ils n'ont pas eu à subir le règne de souverains qui leur imposaient comme loi d'Etat le dogme ou croyance que leur origine touranienne est un scandale, qu'ils sont Indo-Européens ; ils n'ont point traversé les terribles persécutions qui ont atteint les Moscovites forcés de changer et de langue et de religion. Ils n'ont pas eu à subir l'ignominie et la tyrannie d'être contraints de demander à leurs souverains non pas des libertés politiques, mais la permission de faire du feu dans leurs maisons deux ou trois fois par semaine ; ignominie et tyrannie qu'essuyèrent les Moscovites de tout le tzarat de Moscou sous le père de Pierre Ier et sous le règne de ce prince lui-même (Voir les preuves au dernier chapitre.). Le régime plus doux sous lequel ont passé les Turcs-Ottomans eut pour résultat que tout en n'ayant pas de codes de lois faits à la manière des peuples aryâ-européens, codes que possèdent les Moscovites au moins dans la forme, la propriété individuelle elle-même est plus développée et plus respectée dans l'empire ottoman, et par le gouvernement, et par les particuliers que dans l'empire russe. Si les Ottomans hésitent à donner le droi d'hérédité du sol aux étrangers c'est par crainte des abus de privilèges qu'ils ont donnés à ces derniers aux XVe et XVIe siècles."

Voir également : Adam Mickiewicz (poète et patriote polonais)

L'immigration des réfugiés politiques hongrois et polonais dans l'Empire ottoman