mardi 15 avril 2014

La Turquie kémaliste et les Turcs gagaouzes (chrétiens-orthodoxes) de Roumanie

Tekin Alp, Le Kemalisme, Paris, Félix Alcan, 1937, p. 255-256 :

"Ainsi donc, la communauté de race et de religion ne signifie plus, pour la nouvelle Turquie, communauté nationale. Pour appartenir à la même Nation, il n'est pas indispensable d'appartenir à la même race et à la même religion, mais parler la même langue, avoir la même culture et le même idéal.

Il ne faut pas croire cependant que le Kemalisme n'a plus aucun intérêt pour les frères de race ou de religion. Déjà, dans les déclarations de Recep Peker, nous voyons l'intérêt sincère porté à la solidarité raciale, à la voix du sang.


Comme le Kemalisme ne se paie pas de mots, il faut bien comprendre que l'intérêt pour les frères de race manifesté dans les déclarations du secrétaire général du Parti du Peuple ne signifie pas amour platonique, et qu'à l'occasion, il peut donner des résultats concrets et positifs dans le cadre des principes généraux posés par le Kemalisme.


Dans la politique démographique du Gouvernement turc et dans les mesures pratiques prises par ce dernier en vue d'augmenter la population du pays, le facteur race occupe la première place. Les portes de la Turquie sont grandement ouvertes aux immigrants de race turque et le Gouvernement leur accorde toute aide et tout concours matériel et moral dans la mesure du possible.

A ce propos, nous croyons utile de citer ici les déclarations du ministre de l'Intérieur Chukru Kaya, devant le IVe Congrès du Parti du Peuple :

« Notre population en Thrace se compose aujourd'hui de 640 à 650.000 habitants éparpillés sur une superficie de 22,000,000 de kilomètres carrés, ce qui revient à 26 habitants par kilomètre carré. Avant la guerre, il y en avait 28. Dans les régions voisines, la densité est de 50 en Bulgarie et de 60 en Roumanie. Dans la partie de la Thrace appartenant à la Grèce, la densité est de 102 habitants. Chez nous, la région la plus dense, c'est le littoral de la Mer Noire, où l'on trouve dans certaines parties 200 habitants au kilomètre carré. Il n'y a pas de raison pour que nous n'ayons pas, dans toute la Turquie, 50 et même 100 habitants par kilomètre carré.

« Une de nos ressources pour arriver à ce but, c'est l'affluence des immigrants. Il en arrive continuellement de Roumanie, de Bulgarie et de Yougoslavie en grand nombre. Ils forment un contingent de 1.200.000 habitants. N'étant pas encore bien préparés pour leur installation, nous avons dû endiguer leur affluence. Nous aurons la possibilité d'en installer en Thrace, y compris dans la région des Dardanelles, dans l'espace de cinq à six ans, 600.000. Cette année, nous espérons pouvoir en installer 35 à 50.000. »

Il y a lieu de remarquer que la Turquie kemaliste compte ouvrir ses portes, non seulement aux Turcs musulmans de Roumanie, mais aux Turcs chrétiens appelés « les Kara Oguz » et qui vivent en Bessarabie en masses compactes. On évalue leur nombre de 250 à 300.000."
 

Alessandro Corsi, communication au colloque : "Les oubliés des Balkans" (fin octobre 1996), source : Denise Eeckaute-Bardery (dir.), Les oubliés des Balkans : comptes-rendus, suppléments, Paris, Publications Langues'O, 2000, p. 81 :

"Les Gagaouzes sont des Turcs orthodoxes, parlant une langue apparentée à l'azéri et aux autres dialectes turcs. Ils se sont convertis à l'époque byzantine alors qu'ils occupaient le Dobrudja. Leur principale difficulté est de concilier leur turcité avec l'orthodoxie. Les Turcs et les Russes ont voulu jouer de leur ambivalence pour leurs intérêts ; mais ce sont leurs rivalités qui ont permis aux Gagaouzes d'exister.

Sous l'Empire ottoman c'est leur religion qui leur permit de garder leur identité, et c'est cette même religion qui les a poussés à se réfugier dans la Bessarabie tsariste. Mais elle n'a pas réussi à éradiquer leur culture turque dont la langue (rares étaient ceux qui connaissaient le russe). Cette même turcité a provoqué à leur égard l'animosité des Roumains qui les méprisaient. Il était inévitable que la Turquie cherchât à en tirer profit et en période kémaliste l'ambassadeur turc à Bucarest tenta de les reconquérir (écoles turques et étudiants gagaouzes envoyés en Turquie)."


Voir également : Le kémalisme : un nationalisme ouvert et pacifique 

Liste des peuples turcs historiques

Les Turcs de la Dobroudja