dimanche 13 avril 2014

La révolution jeune-turque ou la quête d'une modernité turque

Thierry Mudry, Guerre de religions dans les Balkans, Paris, Ellipses, 2005, p. 170-171 :

"Les partisans du panturquisme, de l'unité des peuples turcs, se recrutèrent tout d'abord chez les Turcs de Russie, dans l'entourage du Tatar de Crimée Ismâîl Gasprinski et de sa revue Tercüman, en quête d'un contrepoids au panslavisme russe et à ses visées expansionnistes et assimilationnistes. Ils trouvèrent rapidement des émules dans l'Empire ottoman chez les Jeunes-Turcs auteurs de la révolution de 1908 en la personne de leur idéologue Ziyâ Gökalp et de ses proches. Ces nationalistes travaillaient à épurer la langue turque des nombreux apports arabes et persans de l'ère ottomane et à en imposer l'usage dans tout l'Empire. Ils s'efforçaient également « de jeter les bases d'un renouveau social et culturel fondé sur ce qui était présenté comme un retour aux valeurs ancestrales (turques) : l'éducation laïque, une certaine dose d'émancipation féminine, l'adoption d'un esprit scientifique, la perméabilité aux innovations techniques du monde moderne, un haut degré de moralité professionnelle, familiale et civique, une religion dépouillée des superstitions et ouverte aux idées de progrès ». L'accès des femmes à l'enseignement, la sécularisation du droit matrimonial (avec la possibilité offerte en 1916 aux épouses de demander le divorce) et du droit familial, la mise sous tutelle des institutions religieuses par l'Etat constituèrent autant de manifestations concrètes de cette volonté de rénovation-restauration d'inspiration « touranienne » propre aux Jeunes-Turcs. Ces réformes linguistiques et sociales et les orientations idéologiques qu'elles trahissaient ne furent guère du goût des populations musulmanes de l'Empire (Albanais, Kurdes et Arabes, notamment) attachées à un islam conservateur. D'autant que les populations en question, qui ne s'étaient jamais identifiées à l'ethnie turque, s'éveillaient progressivement à une conscience nationale."

Voir également : Le patriotisme ottoman du Comité Union et Progrès (İttihat ve Terakki)

L'opposition des non-Turcs à la mise en oeuvre de l'ottomanisme

Les Jeunes-Turcs et les confréries soufies

Les Jeunes-Turcs et l'alévisme-bektachisme

Hommage au Comité Union et Progrès (İttihat ve Terakki)

Honneur aux héros patriotiques turcs

Citations du héros et martyr Enver Paşa (Enver Pacha)