mardi 23 avril 2013

Louis XVI et Selim III




Robert Mantran, "Les débuts de la Question d'Orient (1774-1839)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 426-427 :

"(...) Selîm III, même s'il a été à l'origine d'un certain nombre d'innovations, est encore un homme du XVIIIe siècle, et il peut être considéré comme l'un de ces souverains « éclairés » qui ont marqué cette époque.

Selîm III est non seulement curieux des nouveautés introduites dans l'armée ottomane, mais aussi désireux de s'informer des autres régimes du monde, notamment de la France, en raison de la place tenue à Istanbul par les techniciens français ; il a même entretenu une correspondance avec le roi Louis XVI et a été le premier souverain ottoman à envoyer des ambassadeurs permanents dans les grandes capitales européennes. Confronté dès le début de son règne aux difficultés liées à la guerre contre la Russie, il doit retarder le lancement de réformes, mais en profite pour placer aux postes de responsabilité ses partisans dont certains vont jusqu'à envisager, outre des réformes militaires et administratives indispensables, des mesures à caractère économique et social. Comme toujours, ce mouvement va susciter des oppositions : elles finiront par triompher en 1807, mais pour peu de temps. (...)

Selîm III est partisan de l'ouverture vers l'ouest et plus particulièrement vers la France dont il apprécie la culture ; les idées nouvelles apparues avec la Révolution française se répandent et parviennent jusqu'à Istanbul où une imprimerie installée à l'ambassade de France diffuse des journaux et des pamphlets, mais dont le contenu est mal, ou pas du tout, compris par les Ottomans. Ce désir d'ouverture est partagé par diverses personnalités, notamment le re'îs ül-kûttâb (c'est-à-dire le fonctionnaire ayant en charge les Affaires étrangères) Rechîd Mehmed Efendi, qui fait nommer des ambassadeurs permanents dans diverses capitales, à l'exception de Paris en raison de l'exécution du roi Louis XVI, que Selîm III a condamnée."

samedi 13 avril 2013

François-Athanase Charette de La Contrie




Lionel Dumarcet, François Athanase Charette de La Contrie. Une histoire véritable, Paris, Les 3 Orangers, 1998, p. 79-82 :

"Le 10 mai 1788, Charette rejoignit la corvette La Belette, navire de 18 canons aux ordres du capitaine de vaisseau d'Hesinisy de Moissac. Ce dernier était assisté par le comte de Ferrières (major de vaisseau qui devait assurer le commandement du bateau par la suite) le chevalier de Gras Preville, lieutenant de vaisseau de première classe, le comte de Pierre, lieutenant de vaisseau de deuxième classe avec Charette, le sous-lieutenant de vaisseau de première classe Ergo, de M. de Chabat, sous-lieutenant surnuméraire de deuxième classe et du commis aux revues Alary. Parmi les gardes de la marine, il faut signaler Charles Henry de La Pasture de Verchocq, qui passa le 1er octobre 1788 sur La Belette alors qu'elle relâchait à Toulon.

La Belette
faisait partie de l'escadre d'évolution du marquis de Nieul. On appareilla le 10 mai. Après la revue du 14, la flotte gagna la haute mer le 30 pour rallier Gibraltar où une division navale venue de Toulon la rejoignit. Elle fit route ensuite sur Carthagène puis sur Alger où elle arriva à temps pour empêcher un pirate barbaresque de rançonner des navires marchands français.

A Alger, La Belette quitta la flotte pour porter à Toulon un courrier diplomatique relatif aux menaces de guerre du Bey. Elle y relâcha le 7 juillet. Monsieur de Chabert fut débarqué. La Belette rallia ensuite l'île de Malte où se trouvait l'escadre. Dans une lettre datée du 30 juillet, le chevalier de Seystres Caumont écrit : le 18 de ce mois nous  avons eu dans le port la totalité de l 'escadre du Roi aux ordres de M le Marquis de Nieul, à la réserve de la corvette la Belette qui s'y est jointe venant le 22 de Toulon.

Les vaisseaux revinrent ensuite en France et l'escadre fut dissoute à Toulon. C'est toujours à Toulon que le comte de Ferrières fut nommé commandant de La Belette le 21 septembre. La corvette fut alors rattachée à la division navale du comte de Thy.

Un mémoire du roi pour servir d'instruction particulière au S. Comte de Thy chef de division des armées navales, commandant la division des forces navales de sa Majesté en station dans la mer du Levant, daté du 12 octobre 1788, précise que le commandant de la frégate L'Impérieuse devait réunir sous son pavillon L'Iphigénie, La Courageuse, La Flèche, La Belette, les avisos L'Impatient, Le Hasard et la corvette La Badine.

Sa mission consistait à croiser contre les pirates qui infestent la côte du Levant et de l'Archipel et de donner au commerce et à la navigation tous les secours et la protection qui peuvent assurer leurs opérations. Il lui était conseillé de ne pas croiser ni faire croiser les batiments à ses ordres plus de huit jours dans les mêmes parages... de manière que les forbans sous les pavillon turc ou russe... ne puissent jamais être instruits de la station qu'il occuper.

Le retour de l'escadre était prévu vers le 15 octobre 1789, La Belette devant se rendre à Brest pour y désarmer.

Le comte de Thy avait été précédé dans les mers du Levant par la division du comte de Saint-Félix, envoyée par le ministre au mois d'octobre 1787. La guerre entre la Russie et l'Empire ottoman faisait alors rage. En août 1788, Catherine II avait fait célèbrer en grandes pompes la double victoire remportée sur la flotte turque dans le Liman et le 14 juillet entre la flotte du Capitan Pacha et celle du contre amiral Comte Woinowich en mer noire près de l'ile Feodanifii où deux vaisseaux de soixante six canons, deux frégates de cinquante et 8 frégates de quarante avec vingt quatre autres batimens plus petits contre quinze vaisseaux de ligne dont cinq de quatre vingt canons, huit frégates, trois bombardes, vingt et un chebecs, kirlangitchs et polacres s'affrontèrent. L'Impératrice fit distribuer huit épées d'or aux officiers supérieurs qui s'étaient illustrés au cours de cette journée.

Le conflit russo-turc avait donné naissance a une foule de petits corsaires sous pavillon russe, mais qui n'étaient autre chose que des misérables grecs, gens sans aveu également redoutables pour tous les pavillons commerçants et qui auroient exercés la plus cruelle piraterie ; s'ils n'eussent été contenus par la présence des forces navales des différentes nations qui s'étaient empressés d'assurer ainsi la liberté de leur navigaton, les anglais y avaient deux frégates et un cutter, les hollandois deux frégattes et les vénitiens toute leur marine de Corfou qui consistoient en plusieurs vaisseaux de ligne.

Cette évocation donne une idée de la façon dont on percevait à l'époque les mouvements insurrectionnels grecs face à l'hégémonie turque. Les Français craignaient surtout pour leur commerce avec la sublime porte et reléguaient au second plan le phénomène religieux attaché à cette lutte. Voir dans cette rencontre de Charette avec des rebelles luttant pour leur religion le germe de sa vocation future procède d'une vision à postériori.

Autant qu'il est possible d'en juger, les vues de Charette sur cette insurrection étaient certainement plus proches de celles évoquées ci-dessus que de celles des "brigands". Quant au terme de "brigands" lui-même, il est suffisamment générique pour ne pas y voir des accents prémonitoirement vendéens.

Au mois de novembre 1788, la division de Saint-Félix fut relevée par celle de Thy. On fixa le rendez-vous pour le 1er novembre au mil. St Félix quitta Smyrne le 8 novembre et arriva au Mil le 9 où il trouva le Comte de Thy arrivé depuis trente six heures avec sa division... le Prince de Rohan commandant de la corvette la Badine devait se rallier au pavillon de Monsieur le Comte de Thy.

Une fois à pied d'oeuvre, Thy assigna à chaque bâtiment de sa division une tâche bien particulière. Le 10 novembre 1788, il adressa à Ferrières les instructions suivantes : Monsieur le Comte de Ferrières est prévenu que sa croisière datte du port de Navarin situé à l'ouest de Corron et au nord des îles Sapience (...) il trouvera Corron dans le golfe de Calamante ensuite le bras de Magne, l'ile Servi, le Ferigo; derrière le cap St Ange et vis à vis ce cap, sont placés les isles de l'Especy et d'Idro... enfin le parage dont-il est chargé se termine à la pointe ouest de la Candie qu'il reconnaîtra le plus souvent qu'il pourra et de près, parce qu'elle est le passage des navires marchands qui se rendent de tous les ports de l'archipel en France. L'aviso l'Impatient commandé par M de Seran est chargé des mesmes parages, sous les ordres de M de Ferrières. Il est prévenu que l'isle de Zante, le golfe de Lépante, le coté est de celui de Calamante, le bras du Magne, les isles de Ferigo, de l'Especy, d'Idro, tous ces pays sont habités par des bandits de profession qui correspondent encore avec les habitants des montagnes de Sfachie en Candie avec lesquels ils communiquent par le port de Strachie situé au sud de la Candie. Prévoyant, Thy indique à Ferrières qu'il aura pour relâche par les vents de nord l'ile de Servi, le port de la Sude, et pour abri la côte de Morée dont les hautes montagnes ne permettent jamais à la mer de s 'élever, l'île Ferigo et enfin le cap Saint-Jean de Candie... par les vents de Sud Ouest et de Sud Est les plus violents et les plus facheux en hiver, il auroit pour relâche, les ports de Navarin, Naples de Romanie, celui de Bizatti, de Milo et si une circonstance l'avoit porté sous le vent de Navarin, il auroit pour relâche le golfe de Patras et l'ile de Céphalonie. Il entrait dans les attributions de Ferrières d'escorter les bâtiments français repartant en France quand ils le désiraient, jusqu'aux îles Sapience au-delà desquelles les navires étaient en sécurité. Les passages de la Morée étant les plus essentiels à garder, Thy ordonna à M de Parade commandant La Flèche de s'y rendre le plus souvent qu'il pourra, Ferrières étant sous ses ordres.

Muni de ces instructions, Ferrières quitta la rade de Milo avec l'aviso L'Impatient et se dirigea vers Naples de Romanie le 12 novembre.

Toute la fin de l'année fut consacrée à la navigation dans les îles et à la surveillance dont Ferrières était chargé. Au cours de cette croisière, les hommes de La Belette affrontèrent des pirates grecs sur la côte d'Albanie.

Au début de l'année 1789, une lettre de Thy datée du 24 janvier, invite Ferrières à protéger les navires marchands vénitiens autant qu'il pourra le faire sans cependant s'écarter des règles et des instructions de sa Majesté.

Il lui recommande également de prodiguer les attentions et politesses de tous genres en faveur des turcs (...) et de communiquer (...) avec Mr de Launay Tromelin (...) chargée de la station de la Morée.

La préoccupation principale était cependant les corsaires russes armés de grecs et d'esclavons que Ferrières devait surveiller et suivre même dans les ports où ils iront mouiller... jusqu'à les fatiguer par sa surveillance."


Hervé de Charette (membre de la famille des Charette de La Contrie, homme politique de l'UDF puis de l'UMP, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement d'Alain Juppé), entretien à Milliyet, 4 février 1997 :

"Si la Turquie pensait qu'elle est exclue de l'Europe, cela m'attristerait vraiment. La Turquie est un pays qui a consenti de grands efforts pour avancer sur le chemin du développement et être étroitement lié à l'Europe. La France l'a toujours soutenue et elle continuera à marcher main dans la main avec la Turquie."