samedi 6 octobre 2012

Les accords franco-turcs de 1939




L'Ouest-Eclair, 24 juin 1939 :
LA SIGNATURE DES ACCORDS FRANCO-TURCS S'EST EFFECTUEE DANS UNE ATMOSPHERE DE GRANDE CORDIALITE

La France proclame qu'elle ne renonce pas à sa mission en Syrie et au Liban

PARIS, 23 juin. — Voici le texte de la déclaration mutuelle d'assistance signée cet après-midi à 18 h. 30 par M. Georges Bonnet et M. Suad Davaz, ambassadeur de Turquie à Paris :

1° Le gouvernement français et le gouvernement turc sont entrés en étroites consultations et les discussions dans lesquelles ils se sont engagés et qui sont en cours ont révélé leur identité de vues habituelle ;

2° Il est convenu que les deux Etats conclueront un accord définitif de longue durée comportant des engagements réciproques dans l'intérêt de leur sécurité nationale ;

3° En attendant la conclusion de l'accord définitif, le gouvernement français et le gouvernement turc déclarent que dans le cas d'un acte d'agression qui conduirait à une guerre dans la région méditerranéenne, ils seraient prêts à coopérer effectivement et à s'accorder mutuellement toute l'aide et l'assistance en leur pouvoir ;

4° Cette déclaration ainsi que l'accord envisagé n'est dirigé contre aucun pays, mais a pour but d'assurer à la France et à la Turquie une aide et une assistance réciproques dans le cas où celles-ci s'avéreraient nécessaires ;

5° Il est reconnu par les deux gouvernements que certaines questions, y compris la définition plus précise des diverses conditions dans lesquelles se déclencherait le jeu d'engagements réciproques, demanderont un examen plus approfondi avant que l'accord définitif ne puisse être conclu. Cet examen est actuellement en cours ; 
6° Les deux gouvernements reconnaissent qu'il est également nécessaire d'assurer l'établissement de la sécurité dans les Balkans et sont en consultation afin d'atteindre ce but le plus rapidement possible ;

7° Il est entendu que les dispositions ci-dessus énoncées n'empêchent ni l'un ni l'autre gouvernement de conclure dans l'intérêt général de la consolidation de la paix des accords avec d'autres pays.

Paris, le 23 juin 1939,
Signés :

Georges BONNET, SUAD DAVAZ.

Une déclaration radiodiffusée de M. Georges Bonnet


PARIS, 23 juin. — Après avoir signé le texte de la déclaration d'assistance mutuelle franco-turque, M. Georges Bonnet a fait la déclaration radiodiffusée suivante :

« La déclaration d'assistance mutuelle franco-turque reprend exactement les termes de la déclaration anglo-turque du 12 mai. Elle est destinée à rendre strictement parallèles les obligations qui lient la France et la Grande-Bretagne et celles qui lient déjà la Grande-Bretagne et la Turquie. Elle prévoit en effet :

1° Que les deux gouvernements, français et turc, s'accorderont mutuellement toute l'aide et l'assistance en leur pouvoir dans le cas d'un acte d'agression qui conduirait à une guerre dans la région méditerranéenne ;

2° Que cet engagement sera précisé dans un accord définitif qui aura également pour but d'assurer l'établissement de la sécurité dans les Balkans. 


Tels sont les deux points essentiels de cette déclaration. Il convient d'ailleurs de souligner à ce propos que, comme elle l'indique expressément, elle n'est dirigée contre aucun pays.

Réplique exacte de la déclaration anglo-turque, la déclaration franco-turque a été élaborée en même temps que celle-ci, au cours d'une négociation qui a associé Paris, Londres et Ankara, et dont le succès marque une solidarité essentielle au maintien de la paix.

Je suis tout particulièrement heureux de voir ainsi resserrés les liens qui unissent la France et la Turquie, dont l'étroite entente se manifeste ainsi à la fois sur les problèmes particuliers et sur le plan plus élevé de la politique générale. »


L'allocution de M. Suad Davaz

Après M. Georges Bonnet, M. Suad Davaz, ambassadeur de Turquie, a prononcé l'allocution suivante :

« Votre ministre des Affaires Etrangères, mon ami Georges Bonnet, vous a donné à l'instant même les renseignements nécessaires sur ce que nous faisons actuellement. Je ne puis ajouter que ceci : je voudrais dire combien je ressens une grande joie de voir scellée aujourd'hui l'union franco-turque. Les deux pays, en signant les accords d'aujourd'hui, l'ont fait pour consolider la paix. Ces accords ne sont dirigés contre personne ; ils ont été conçus dans le but le plus pacifique. Notre idéal est la paix et c'est de cette manière que nous collaborons à son maintien. Ce faisant, la France, la Turquie et l'Angleterre feront tout ce qui est en leur pouvoir pour maintenir cette paix qui est chère à l'humanité tout entière. »


La mission de la France en Syrie et au Liban

PARIS, 23 juin. — Voici le texte de la déclaration particulière du Gouvernement français touchant sa mission en Syrie, qui a été signée cet après-midi :

« Le Gouvernement de la République déclare qu'il n'entre aucunement dans les intentions de la France de renoncer, en faveur d'un tiers, à la mission qu'elle assume en Syrie et au Liban.


Signé : Georges BONNET »

LA SIGNATURE, A ANKARA,
DES ACCORDS
CEDANT LE SANDJAK
A LA TURQUIE


ANKARA, 23 juin. — La signature des accords franco-turcs a eu lieu à 13 h. 10 au ministère des Affaires Etrangères en présence de MM. Numan Nemen Joglou, secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères ; Cevat Acikalin, commissaire de Turquie au Sandjak ; le colonel Collet, délégué du gouvernement français au Sandjak ; Roux, premier secrétaire de l'ambassade de France ; les hauts fonctionnaires du ministère des Affaires Etrangères et les représentants de la presse turque et internationale.

Les textes ont été signés par M. Saradjoglou, ministre des Affaires Etrangères de Turquie et H. Massigli, ambassadeur de France. Ils se composent d'un accord, d'un protocole, de deux annexes, d'un procès-verbal et de deux lettres.

Ces accords règlent définitivement la question du territoire du Sandjak entre la Turquie et la Syrie et rattachent le Sandjak à la Turquie selon le tracé de la frontière établi par les accords de 1926 et de 193Q avec de légères modifications.

Les accords entreront en vigueur aussitôt après l'échange des instruments de ratification qui aura lieu au plus tard le 23 juillet. Le retrait des troupes françaises et la remise du territoire aux autorités turques doivent être terminées au plus tard le 22 juillet.

Les allocutions de M. Saradjoglou et de M. Massigli

Après la signature des accords, MM. Saradjoglou et Massigli ont prononcé des discours empreints d'une grande cordialité.

M. Saradjoglou a rappelé une phrase souvent répétée par M. Massigli : Le Sandjak est une question du passé qui empoisonne le présent et l'avenir. « Cette question, a dit le ministre des Affaires Etrangères de Turquie, est heureusement réglée ». Puis il a remercié M. Massigli et le colonel Collet des efforts qu'ils ont déployés et levé son verre à l'amitié franco-turque en espérant, a-t-il ajouté, boire sous peu à l'alliance franco-turque.

Dans sa réponse, M. Massigli a exprimé sa joie du règlement définitif de cette question. Puis faisant allusion au discours de M. Ismet Inonu au congrès du parti républicain du peuple dans lequel le président de la République avait déclaré : « Après le règlement de cette question, aucune question ne séparera plus la Turquie de la France », il a levé à son tour son verre à l'amitié entre les nations turque et française.

Voir également : L'amitié franco-turque