jeudi 28 juin 2012

Jacques Soustelle




Vingt-huit ans de gaullisme, Paris, La Table Ronde, 1968, p. 126-127 :

"Les gaullistes, de leur côté, faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour m'appuyer [en 1957]. J'étais aux Nations Unies quand eut lieu à Bordeaux, sous la présidence de Chaban-Delmas, le congrès des républicains-sociaux. Une conversation par téléphone transatlantique en « duplex » fut arrangée ; et tandis que je regardais, d'une fenêtre du building de l'O.N.U., la pluie tomber sur les eaux grises de l'East River, me parvenaient de Bordeaux la voix de Chaban et les acclamations d'un millier de congressistes réunis à l'Alhambra. « Mon cher Jacques, dit Chaban-Delmas, nous aimerions bien entendre de votre bouche comment se présentent les affaires pour lesquelles vous faites un travail remarquable, car personne ici ne doute que si vous n'aviez pas été là-bas depuis quelques semaines nous n'aurions pratiquement aucune chance de nous en tirer. » Dans ma réponse, je soulignai le fait que les discours interminables et haineux de nos adversaires avaient ouvert les yeux des représentants de nombreux pays. « Ils ont discerné, dis-je, avec inquiétude et irritation le visage de l'impérialisme pan-arabe et l'alliance de cet impérialisme avec les Soviets. » Je rendis hommage à l'attitude de divers pays européens, des Latino-Américains, de la Turquie, et au discours « très amical » de Cabot Lodge. Chaban reprit : « Avant de nous séparer, je voudrais vous exprimer l'amitié, la confiance, l'affection de tous nos compagnons... chacun de nous a mesuré que votre voyage, votre présence à l'O.N.U., votre déplacement en Amérique centrale, votre retour à l'O.N.U. et le travail que vous faites actuellement ont été littéralement décisifs... Vous là-bas, nous sommes tranquilles, nous les gaullistes ici. » "



Sur une route nouvelle, Paris, Editions du Fuseau, 1964, p. 46 :

"Il est frappant d'observer que les Britanniques, quand ils ont quitté Chypre, où ils n'avaient pas à se préoccuper du sort d'une population d'origine anglaise, ont exigé et obtenu pour la minorité turque des garanties véritables que la France n'a même pas essayé d'obtenir pour les Européens d'Algérie." 


Conférence : "Que faire en Méditerranée ?", Théâtre Marigny, 20 octobre 1970 :

"(...) la Turquie aujourd'hui quelquefois s'interroge. Elle est dangereusement placée, avec une énorme frontière le long de l'Union Soviétique. Elle peut à bon droit se demander si elle disposerait de tout le soutien, non seulement militaire, mais économique, dont elle a besoin. Je crois en particulier qu'un pays comme le nôtre, plutôt que de gaspiller bien souvent son argent et celui de ses contribuables dans une entreprise d'aide au « Tiers Monde », dont on ne voit jamais se profiler les résultats positifs, devrait apporter un soutien à la Turquie, pour l'étayer dans sa position de gardien des Détroits.

Je crois que cela est d'une importance absolument capitale. Si l'on admet cette importance stratégique et géopolitique de la Turquie, il en résulte qu'il faut admettre aussi le rôle crucial d'Israël dans cette partie du monde, car personne ne peut douter que si le bastion israélien venait à s'effondrer, la position de la Turquie deviendrait intenable.

Ce n'est pas là une hypothèse que j'avance à la légère. Je m'appuie sur des réalités, et sur des propos parfaitement clairs qui ont été tenus."


Le Figaro, 15 avril 1987 :

"Il est navrant de constater que la Turquie, membre du Conseil de l'Europe depuis 1949, de l'OTAN depuis 1951, n'a pas encore pu être admise ces temps derniers au sein de la Communauté Européenne. (...) dans une région du monde où règnent l'arbitraire et la violence (...) le tout sous l'oeil de la "superpuissance" la plus proche, l'Union soviétique (...) la Turquie se trouve, qu'on le veuille ou non, à l'extrémité la plus exposée de notre continent.

Il n'est pas nécessaire d'être diplômé de l'école de guerre pour comprendre qu'en cas de conflit entre l'Est et l'Ouest le front terrestre et le front naval dépendant de la Turquie seraient d'importance vitale. Leur effondrement ouvrirait la Méditerranée aux forces d'agression et scellerait le destin du Proche-Orient.

L'Europe, certes, voit avec satisfaction le Gouvernement d'Ankara imposer les efforts énormes qu'exigent le maintien et l'équipement de ses forces armées. Fort bien : mais l'économie de la Turquie, sa modernisation, son expansion, conditions fondamentales de son potentiel de défense, seraient de toute évidence grandement renforcées par son entrée dans la Communauté Européenne.

Tel est, en quelques mots, l'essentiel : partenaire irremplaçable de l'Europe pour sa défense, la Turquie ne devrait-elle pas être aussi son partenaire pour la paix et le progrès ?" 


Le Figaro, 14 janvier 1988 : 

"On mesure facilement combien serait néfaste pour nous, pour l'Europe tout entière, une profonde déstabilisation de la Turquie ou son passage dans le camp totalitaire."


Voir également : Charles de Gaulle

L'amitié franco-turque