samedi 12 mai 2012

Voltaire, Rousseau et la Turquie

Bernard Lewis, Comment l'Islam a découvert l'Europe, Paris, La Découverte, 1984, p. 240 :

"Au début du XVIIIe siècle, la profession avait quasi disparu en Turquie. L'un des derniers horlogers occidentaux à s'y rendre fut Isaac Rousseau, père du philosophe qui note dans ses Confessions : « Mon père, après la naissance de mon frère unique, partit pour Constantinople, où il était appelé, et devint horloger du Sérail. »

Par une étrange coïncidence, Voltaire fut également en rapport avec le marché turc des montres. Châtelain de Ferney, il s'efforça d'aider les gens de ses domaines et notamment un groupe d'une cinquantaine de réfugiés religieux de Genève qui se trouvaient être horlogers. Voltaire se mit en devoir de leur trouver de nouveaux débouchés."

Maxime Rodinson, La fascination de l'Islam, suivi de Le seigneur bourguignon et l'esclave sarrasin, Paris, Presses Pocket, 1993, p. 74-75 :

"Les musulmans sont, aux yeux du siècle des Lumières, des hommes comme les autres et beaucoup sont même supérieurs aux Européens. « Le Turc, toutes les fois qu'il n'est pas influencé par le fanatisme, est aussi charitable que confiant », écrit Thomas Hope (vers 1770-1831) qui fit des séjours en Orient à la fin du siècle. A la fin de Candide, les héros assagis trouvent la paix près de Constantinople en suivant les conseils d'un « derviche très fameux qui passait pour le meilleur philosophe de la Turquie » et d'un bon vieillard musulman, travailleur, sobre et insoucieux de la politique. (...) Le jeune Jean-Jacques Rousseau, fils d'un horloger du Sérail à Constantinople, parent d'un consul en Perse et de son fils consul à Basra, Alep, Bagdad et Tripoli, ne s'étonne pas de rencontrer près de Neuchâtel un faux archimandrite de Jérusalem, sans doute aventurier grec, sujet du Grand Seigneur."

Voir également : Voltaire