samedi 13 août 2011

Les villes ottomanes de Bosnie-Herzégovine

Thierry Mudry, Histoire de la Bosnie-Herzégovine : faits et controverses, Paris, Ellipses, 1999, p. 67-69 :

"Les Ottomans, sans toujours les créer vraiment, développèrent des agglomérations en des lieux stratégiques situés sur des nœuds de communication et à proximité d'anciennes forteresses médiévales. Ils en firent des centres administratifs où siégeaient leurs bey. Mais, à cela ne se limitait pas le rôle historique joué par ces villes ottomanes implantées en Bosnie-Herzégovine. Elles constituèrent aussi, comme l'écrivait Hasan Kalesi, les « points-clés d'une poussée conquérante vers le nord et l'ouest ». A quelque distance d'elles, les anciennes cités médiévales, en particulier les cités minières (Fojnica, Olovo, Srebrenica...), stagnèrent, voire déclinèrent, puis changèrent peu à peu de physionomie pour se conformer au modèle ottoman. Tandis que les premières, peuplées à l'origine presque exclusivement de musulmans, formaient autant de foyers à partir desquels l'islam irradiait et se répandait dans les campagnes environnantes, les secondes, où subsistait une importante population catholique, ne s'islamisèrent que lentement.

Les villes ottomanes de Bosnie-Herzégovine s'édifièrent autour d'ouvrages d'art et de bâtiments publics. Ces ouvrages d'art étaient souvent des ponts, tels que le pont sur la Miljacka construit dès avant 1462 à l'initiative d'Isa-Beg Isakovic-Hranusic, fondateur de Sarajevo, ou le pont sur la Neretva, pont de trente mètres de long reposant sur une seule arche, qui, édifié en 1566, donna son nom à la ville de Mostar. Quant aux bâtiments publics, il s'agissait de palais destinés à accueillir les gouverneurs et leur suite, d'édifices religieux (les mosquées et les tekke, où les derviches se réunissaient et pratiquaient leurs rites), de bains publics (les hammams, qu'on construisait souvent en même temps que les mosquées afin que les croyants puissent y accomplir leurs ablutions), de caravansérails et d'auberges (les khân), d'institutions charitables (les imâret, dans lesquels des repas gratuits étaient distribués aux pélerins et aux pauvres, et les musâfirhâne, où étaient hébergés les sans-abri) ou d'institutions culturelles (les mekteb et medrese, écoles primaires et secondaires qui dispensaient un enseignement à teneur religieuse, originellement délivré dans les mosquées, ainsi que les bibliothèques) et, enfin, de marchés couverts, ou bezistân, voués surtout au commerce des tissus.

Sarajevo vit le jour de cette manière et devint rapidement l'une des principales villes balkaniques, avec une population de 50 000 habitants vers le milieu du XVIIe siècle, après que trois des premiers gouverneurs ottomans de la Bosnie y eurent fait élever maints ouvrages et bâtiments du type de ceux que nous venons de décrire."