mardi 16 août 2011

La "pax turcica" : la stabilité et la prospérité des Balkans sous la domination ottomane

Nicoară Beldiceanu, "L'organisation de l'Empire ottoman (XIVe-XVe siècles)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 137 :

"La domination ottomane met fin à l'anarchie qui régnait aussi bien en Anatolie que dans les Balkans en assurant la stabilité politique et par conséquent l'activité économique."


André Clot, Mehmed II. Le conquérant de Byzance (1432-1481), Paris, Perrin, 1990, p. 240-242 :

"L'objectif des Ottomans était de conquérir des territoires, d'agrandir le domaine de l'islam, non de convertir les hommes. A la différence de ce qui se passait avant l'arrivée des Turcs, l'ordre était maintenu par des unités disciplinées et commandées par des chefs, eux-mêmes responsables devant leurs supérieurs : dans le village, le sipahi dont la subsistance est assurée par les revenus de son timar, au chef-lieu du kaza, le subaşi avec la collaboration du kadi seul juge des peines à infliger. Il y avait certainement des abus, le sipahi et le subaşi n'étaient pas au courant de tout et eux-mêmes n'étaient pas tous des modèles d'équité et d'honnêteté. Il demeure qu'après les longues périodes de guerres et de troubles que ces pays avaient connues, la paix que les Turcs faisaient régner (non, souvent, sans rudesse) améliora, comme toujours dans l'Histoire, le sort des populations avec pour conséquences une diminution des morts violentes ou par carence alimentaire et un accroissement de la natalité.

De nombreuses villes des Balkans doivent aux Ottomans leur essor et, plusieurs, leur création. Des gouverneurs de province prenaient eux-mêmes l'initiative de faire construire des villes et des villages avec des routes, des canaux, tout ce qui pouvait attirer des habitants et ainsi développer la région. Un caravansérail, un bazar, un imaret, un bedesten pour que la ville devienne rapidement un centre commercial, étaient édifiés. La présence de représentants de l'administration et de garnisons stationnées dans les principales agglomérations et au voisinage des noeuds de communication fut aussi un facteur de développement. Se fournissant sur le marché local, fonctionnaires et soldats, le plus souvent avec leurs familles, stimulaient l'artisanat et le commerce locaux, contribuant ainsi à développer les contacts avec la campagne productrice de denrées alimentaires et de matières premières. De leur côté, les habitants des villages accroissaient leurs relations avec la ville pour se procurer les marchandises de consommation courante qu'ils ne produisaient pas et des instruments agricoles. Ils commencèrent à y vendre leurs excédents contre de l'argent. Le commerce de ville à ville s'intensifia aussi. Il n'avait pas attendu le XVe siècle et la pax turcica pour exister. C'est alors cependant qu'il commença à prendre de l'ampleur, largement facilité par la suppression des barrières à l'intérieur de ce qui était maintenant un vaste empire sous un seul souverain, un « marché commun »."