dimanche 5 juin 2011

L'ascension des Ottomans

Thierry Zarcone, La Turquie. De l'Empire ottoman à la République d'Atatürk, Paris, Gallimard, 2005, p. 16-17 :

"A la fin du XIIIe siècle, Osman († 1326), premier souverain de la dynastie ottomane (Osmanlï), passe à l'offensive contre les Byzantins. Son fils, Orkhan (1326-1359), s'empare de Bursa (Brousse), dont il fait sa capitale, et de la région de la mer de Marmara. L'Etat ottoman commence son expansion vers l'Europe ; la Thrace est colonisée, puis c'est le tour de la Bulgarie, de la Serbie et de la Hongrie. Constantinople est prise en tenailles. C'est une guerre sainte au nom de l'islam et les sultans sont accompagnés de derviches guerriers et de saints qui bénissent leurs armées. Les Ottomans se rendent ensuite maîtres de la Turquie d'Asie mais, en 1399, une nouvelle invasion mongole, dirigée par Tamerlan, met un frein à leur avance.

En 1453, le sultan Mehmed II (1429-1481) accomplit le rêve des Ottomans : conquérir Constantinople et effacer l'Empire byzantin de la carte de l'Asie. La nouvelle fait trembler la chrétienté. La ville est pillée, mais les chrétiens sont épargnés ; ils sont libres de pratiquer leur religion et sont constitués en communautés avec leurs lois et leurs tribunaux propres. La ville est islamisée (de nombreuses églises dont Sainte-Sophie sont transformées en mosquées), et des populations venues d'Anatolie s'y installent. Au XVe et surtout au XVIe siècle, sous le sultanat de Soliman le Magnifique (1520-1566), l'Empire s'empare de l'Arabie, du Yémen et de l'Irak, s'impose en Afrique en annexant l'Egypte, et conquiert de nouveaux territoires en Europe. En 1529, Soliman met le siège devant Vienne sans toutefois parvenir à prendre la ville.

En Anatolie, les Ottomans ont fort à faire pour pacifier le pays, en proie à des soulèvements à caractère messianique et politique. Au début du XVIe siècle, l'insurrection des Turcomans kïzïlbash, des ultra-chiites (kïzïlbash, « tête rouge », est le surnom des chiites) alliés aux Iraniens safavides, est brisée par le sultan Selim Ier (1512-1520). Entre-temps, ce dernier a hérité du califat, qui apporte désormais aux sultans ottomans le titre de commandeur des croyants et de chef du sunnisme.

L'Empire connaît son apogée avec Soliman le Magnifique. Souverain absolu, chef spirituel et temporel de l'Empire, Soliman va plus loin que ses prédécesseurs dans l'harmonisation de la loi religieuse (charia) et de la loi coutumière (kanun), et donne à l'Empire un ordre juridique supérieur à celui qui règne en Europe à la même époque. A la suite de Mehmed II, il perfectionne le système des medrese qui forment l'élite ottomane, oulémas (docteurs de la religion) et juges. Sous son règne, les arts, les sciences et les lettres connaissent également un développement exceptionnel."