dimanche 5 juin 2011

L'Anatolie seldjoukide

Thierry Zarcone, La Turquie. De l'Empire ottoman à la République d'Atatürk, Paris, Gallimard, 2005, p. 14-15 :

"En 1071, la bataille de Mantzikert (Malazgirt), perdue par les armées byzantines contre les Turcs seldjoukides, change d'une manière définitive le visage de l'Asie Mineure. Les Turcs prennent possession de l'Anatolie et s'y installent massivement. Le premier souverain turc, Alp Arslan 1er (v. 1030-1073), appartient à l'empire des Grands Seldjoukides d'Iran, dont il s'émancipe pour constituer le sultanat seldjoukide de Roum. Au XIIe siècle, ses descendants font de Konya la plus brillante capitale du nouvel Etat.

Les Seldjoukides appartiennent à la famille Oghouz, la branche la plus occidentale des peuples turcs, dont l'origine commune se trouve dans les monts de l'Altaï, à l'ouest de la Mongolie. Musulmans de culture persane, ils constituent un groupe hétérogène. Leurs dirigeants, installés dans les villes, se font les hérauts de la religion du Prophète et les serviteurs fidèles du calife arabe. Mais leur puissance militaire repose sur des tribus nomades, les Turcomans, qui les accompagnent. Concentrés dans le monde rural, ces derniers, incontrôlables et souvent en rébellion contre le pouvoir central, cultivent, sous le vernis de l'islam, des croyances et des pratiques animistes et chamanistes. Tous vivent en bons termes avec les populations grecque et arménienne, qui restent majoritaires. Au début du XIIe siècle, la région est désignée par les Européens du nom de « Turchia ». Au milieu du XIIIe siècle, l'Etat seldjoukide est anéanti par une invasion mongole. De ses ruines, émergent de petites principautés turcomanes, parmi lesquelles s'impose celle des Osman Oglu, les futurs Ottomans.

La période seldjoukide est le théâtre d'une symbiose turco-persane et d'un croisement exceptionnel des héritages, byzantin, arménien, arabe, persan et centrasiatique. Les arts, la littérature connaissent un riche développement. Les sultans seldjoukides, qui font appliquer la loi islamique (charia) et respectent l'école de droit hanéfite, construisent de splendides palais, des mosquées et des écoles religieuses (medrese), à Nicée, à Konya, à Sivas, à Kahraman. La mystique musulmane est représentée par Mevlana Celalüddin Rumi († 1273), le fondateur éponyme de l'ordre des derviches tourneurs (Mevlevis), par Sadrüddin Konevi († 1274), disciple du mystique andalou Ibn Arabi († 1240), et par le poète Yunus Emre (XIVe siècle)."

Voir également : Le processus de turquisation des populations anatoliennes