vendredi 20 mai 2011

Les "surprises" de la génétique : les Turcs anatoliens sont une population intermédiaire entre Balkaniques et Caucasiens

A l'heure où un racisme anti-turcs virulent se développe en se targuant d'"européisme" et de légitimité historico-scientifique, la génétique réfute rationnellement ces idées reçues. A la lumière des travaux récents (notamment ceux de l'équipe de Doron M. Behar), on peut tirer plusieurs conclusions :

- les Turcs d'Anatolie sont une population intermédiaire entre Balkaniques (Grecs continentaux, Roumains) et Caucasiens (Géorgiens, Arméniens), et par conséquent sont plus "européens" que les Géorgiens et Arméniens (malgré un apport mongoloïde mineur, mais avec une composante nord-européenne plus importante, sans doute en grande partie à cause de l'afflux de réfugiés musulmans balkaniques en Anatolie) ;
- ils ne sont pas un groupe dispersé et informe, mais une agglomération assez cohérente ;
- ils se confondent/superposent parfois avec les Géorgiens, mais plus rarement avec les Arméniens (population plus proche des Iraniens, des Assyriens et même des Syro-Libanais que ne le sont les Turcs) ;
- ils sont moins moyen-orientaux que les Chypriotes grecs (dont la composante sud-ouest-asiatique/"sémitique" est le double de celle des Turcs, et constante alors qu'elle est irrégulière chez les Turcs, la composante nord-africaine/"berbère" est visible alors qu'elle est quasi-inexistante chez les Turcs), par ailleurs les Chypriotes grecs sont plus éloignés des Grecs continentaux et Sud-Italiens que ne le sont les Juifs ashkénazes et sépharades, et représentent plutôt une population intermédiaire entre Sud-Européens et Syro-Libanais ;
- la composante principale chez les Turcs est ouest-asiatique (distincte de la sud-ouest-asiatique/moyen-orientale) et semble liée à l'expansion néolithique et/ou indo-européenne, elle serait par ailleurs plus proche de la nord-européenne/nordique que ne le serait la sud-européenne ;
- l'apport mongoloïde (deux composantes extrême-orientales, notables également chez les Nord-Caucasiens et les Iraniens) est moins important que chez les Russes et plus irrégulier (il est presque constant chez les Russes échantillonnés), variant beaucoup d'un individu à l'autre.

Quelques cartes génétiques montrant la position qu'occupent les Turcs :












Les composantes génétiques chez différentes populations (vert clair : ouest-asiatique, violet clair : sud-ouest-asiatique, bleu clair : sud-européenne, bleu foncé : nord-européenne, violet foncé : nord-africaine, jaune et orange : extrême-orientales, etc.) :



Sur la composante ouest-asiatique :

http://dodecad.blogspot.com/2010/11/admixture-analysis-of-eurasian.html

Ce diagramme et ce tableau montrent que l'élément est-eurasiatique/extrême-oriental est plus important, en moyenne, chez les Russes que chez les Turcs :




Il devrait aller sans dire que cette position intermédiaire des Turcs ne s'explique nullement par la pratique limitée du devşirme/devchirmé (source de beaucoup de fantasmes délirants et haineux), mais par un phénomène de substitution linguistique parfaitement naturel et même banal sur le plan historique.