dimanche 29 mai 2011

Les Jeunes-Turcs et les kémalistes contre la franc-maçonnerie

P. Risal (pseudonyme de Tekin Alp, membre du Comité Union et Progrès), "Les Turcs à la recherche d'une âme nationale", Mercure de France, 16 août 1912 :

"Des Turcs candides avaient même voulu s'appuyer sur la franc-maçonnerie mondiale considérée comme le soutien puissant du libéralisme, de la tolérance et de la justice internationale et à l'ombre de laquelle s'était organisé le Comité révolutionnaire de Salonique. Les frères, répandus dans tout le monde civilisé, seraient les avocats ardents de la cause ottomane auprès des gouvernements et des parlements. Mais leur déception fut prompte. Le concours espéré ne vint pas. Les divers orients pensaient à leurs intérêts nationaux, quand ce n'était pas aux intérêts étroits de leur ordre. Et puis, même animés des meilleurs volontés, les orients maçonniques ne pouvaient pas grand'chose. Leur force était diffuse, dérisoire et, somme toute, fallacieuse." (p. 682)

"Il est particulièrement urgent, au dire des jeunes novateurs, de soustraire les esprits aux influences déprimantes qui tendent à s'insinuer sous le couvert de la propagande maçonnique, véhicule d'un cosmopolitisme décevant et malsain, force puissante de désagrégation et d'indiscipline sociale.

L'institution maçonnique qui détruit tout sentiment d'amour national et déclare une guerre sournoise au principe de patriotisme, disent-ils, est un instrument d'asservissement entre les mains des gouvernements européens qui font volontiers de l'internationalisme, du radicalisme et même de l'anticléricalisme d'exportation pour miner la résistance de la Turquie et assurer mieux leur entreprise déjà séculaire d'exploitation cynique et systématique. (...)

A bas donc l'affadissante humanitairerie, l'internationalisme lâche, l'hypocrite maçonnerie universelle !" (p. 702)

Thierry Zarcone, La Turquie. De l'Empire ottoman à la République d'Atatürk, Paris, Gallimard, 2005 : 

"Le pouvoir [kémaliste] entend être le seul dispensateur des valeurs de la République et ordonne la fermeture des sociétés de pensée qui défendaient les mêmes principes ; les foyers turcs (Türk ocaklarï), en 1931, puis les loges maçonniques et l'Union des femmes turques, en 1935." (p. 81-82)

Voir également : Un mensonge inique de la propagande anglo-arméno-fondamentaliste : le prétendu complot judéo-maçonnique derrière les Jeunes-Turcs