samedi 21 mai 2011

La "turcomanie" en Albanie

Serge Métais, Histoire des Albanais. Des Illyriens à l'indépendance du Kosovo, Paris, Fayard, 2006, p. 42-43 :

"Dans les mois qui suivent l'éclatement de la révolution [de 1908], ce qui oppose les Jeunes-Turcs et le mouvement national albanais est certainement perçu de manière confuse par la grande masse des Albanais. Nombre d'entre eux n'imaginent probablement pas que leur nation puisse exister en dehors de l'Empire ottoman. (...)

De fait, le phénomène le plus remarquable survenu dans les provinces albanaises durant l'été 1908 est l'éclosion de journaux, de clubs et d'écoles albanaises. Déjà, sur ces questions, les Albanais peu ou prou attachés à la défense de leurs droits nationaux peuvent observer que les Jeunes-Turcs non seulement ne les soutiennent pas, mais leur sont plutôt hostiles. Chose remarquable également, ils peuvent constater que les Jeunes-Turcs, une fois au pouvoir, ont tendance à s'appuyer chez les Albanais, non plus sur les éléments les plus engagés en faveur de la Renaissance nationale, mais sur les ulémas, les « turcomanes » attachés au principe du millet ! En d'autres termes, pour mettre en oeuvre leur programme jacobin « ottoman », les Jeunes-Turcs en sont réduits à s'appuyer sur les éléments les plus conservateurs, les plus réactionnaires du peuple albanais."

Georges Castellan, Histoire de l'Albanie et des Albanais, Crozon, Armeline, 2002, p. 57 :

"Les Jeunes-Turcs d'Istanbul critiquèrent fortement le gouvernement de Wied [Guillaume de Wied, désigné comme prince par les Puissances en 1914] et parvinrent à pousser à la révolte les paysans des régions centrales de l'Albanie en dénonçant la politique menée par l'entourage du Mbret [souverain]. Ils voulaient installer un prince mahométan sur le trône albanais et rallièrent à cette cause Esad Pacha Toptani et le mufti de Tirana."

Voir également : Le nationalisme albanais de la Renaissance nationale (Rilindja) et la civilisation ottomane