samedi 15 janvier 2011

Générosité, calme et sobriété du Turc ottoman

Robert Mantran, Istanbul au siècle de Soliman le Magnifique, Paris, Hachette Littératures, 2008 :

"S'il existe des mendiants, ce n'est pas sous un aspect « occidental » qu'ils apparaissent ; ce sont plutôt de pauvres gens, qui sont pris en charge pour leur subsistance, par les fondations pieuses et, plus précisément, dans ces imarets ou cuisines populaires, où l'on distribue gratuitement leur nourriture aux indigents ; le Turc est d'ailleurs très charitable, ainsi que le note Bertrandon de la Broquière : « Ilz sont moult charitables gens les uns aux autres et gens de bonne foy. J'ay veu souvent quant nous mengions, que s'il passoit un pauvre homme auprès d'euls, ils le faisoient venir mengier avec nous, ce que nous ne ferions point. » Et Deshayes de Cormenin précise : « Je ne croy pas qu'il y ait une nation au monde plus charitable que celle-là. Aussi ne voit-on pas de pauvres en Turquie qui demandent l'aumosne publiquement : parce que si quelqu'un d'entr'eux tombe en nécessité, il est incontinent secouru par ses voisins. » " (p. 165-166)

"Le rythme de la journée est lent, sans précipitation ; on ne connaît pas l'agitation, mais au contraire une sage lenteur, qui se manifeste dans la longueur des échanges de salutations avec les amis, les voisins, les collègues, dans la longueur des pourparlers d'affaires, des marchandages ; rien ne presse, tout finit par avoir une conclusion, c'est là l'expression de la philosophie pratique du Turc. Les seuls agités, que l'on peut rencontrer dans la rue, sont essentiellement des janissaires, plus ou moins pris de boisson ou qui veulent marquer, par leur attitude, leur importance et le respect que l'on doit à leur personne. Cette lenteur ne signifie pas paresse ou indifférence : elle correspond à un tempérament et elle n'empêche nullement le Turc de parvenir à ses fins, lorsqu'il a décidé de mener une chose à bien. Le Turc a, moralement, des semelles de plomb, mais elles lui permettent, au moins, d'avoir les deux pieds sur terre." (p. 268-269)

"Un autre acte essentiel de la vie courante est le repas. Une constatation s'impose : le Turc est sobre, tout au moins le Turc de petite condition, de même que le janissaire en campagne ; il se contente d'un repas frugal, peu coûteux et vite préparé : « Je crois que, sans blesser la vérité, je puis vous assurer que la dépense d'un Flamand d'un jour suffirait pour faire vivre un Turc pendant douze... Les Turcs ignorent la cuisine et tout ce qui en dépend ; ils sont sobres à l'excès et peu sensuels sur les mets ; s'ils ont du sel, du pain, de l'ail ou un oignon avec un peu de lait aigre, ils ne demandent rien de plus, ils en font un ragoût... Souvent ils se contentent de mêler de l'eau bien froide avec du lait ; ils satisfont avec cela leur appétit et éteignent la soif ardente que les grandes chaleurs leur causent... » " (p. 275)

Voir également : Le Turc ottoman, un être hautement civilisé