mercredi 10 novembre 2010

L'AKP et le "jeu" américain au Moyen-Orient

Robert Kagan (néo-conservateur), interview avec Tony Jones, ABC, 8 novembre 2004 :

"Je pense que nous devrions être prêts à voir l'influence de l'islam et de la charia dans le système irakien.

Je pense que l'un des développements les plus encourageants a été l'arrivée au pouvoir d'un parti islamique [l'AKP] en Turquie, par exemple.

Maintenant, la Turquie a, bien sûr, une tradition séculière beaucoup plus forte que l'Irak, mais je ne pense pas que nous devrions exiger le sécularisme comme une condition pour laisser les chiites prendre un certain pouvoir en Irak."

Richard Perle (néo-conservateur), interview au magazine Turkish Policy Quarterly, volume 4, n° 1, 2005 :

"Je pense que le gouvernement américain a adopté le point de vue pragmatique [sur l'AKP] : "Attendons de voir ce que fait le gouvernement." Il y avait beaucoup de gens qui craignaient que l'AKP serait une autre version du Parti de la Prospérité et tenterait une transformation islamiste extrême. Il y en avait d'autres qui n'étaient pas d'accord. Nous avons écouté ce que Tayyip Erdoğan disait et il n'approuvait pas l'ordre du jour radical, les dirigeants de l'AKP non plus. Nous avons donc décidé d'attendre et de voir ce qui arriverait. Jusqu'ici, je n'ai pas vu de base pour s'attendre aux politiques extrêmes que certaines personnes craignaient."

Graham E. Fuller (expert issu de la CIA), interview à Zaman, 18 janvier 2006 :

"L’approche turque [vis-à-vis de la Syrie] est certainement la plus sensée. Il existe deux zones sur lesquelles l’indépendance de la Turquie vis-à-vis de Washington a été appréciable. L’Irak, d’une part : une implication turque en Irak aurait conduit à de très sérieuses complications en assimilant la Turquie à une force d’occupation qui l’aurait affrontée à la colère des sunnites et des autres. Elle y a échappé et se réserve ainsi la possibilité de jouer un rôle majeur en Irak lorsque les Américains se retireront. Mais il a été sage de ne pas prendre part à l’erreur américaine. La Syrie de son côté est certainement un pays prêt à certains changements, à une ouverture et à une évolution vers plus de modération. Et je pense que la Turquie a ici un très grand rôle à jouer. Je ne pense pas que la politique d’isolation suivie par les USA mène à grand chose.

Ni avec la Syrie, ni avec l’Iran d’ailleurs. L’Iran serait la troisième zone sur laquelle la politique turque pourrait différer de la politique américaine. Et les approches turques sont plus sages et plus appropriées quant il s’agit de traiter les réalités iraniennes. J’espère que la Syrie sera désormais très attachée et attirée par la Turquie ; elle cherche à prendre part à l’expérience turque. Je peux constater combien la Turquie est en train de devenir une sorte d’aimant, d’une façon que le Kurdistan irakien pourrait aussi copier en essayant de s’associer de très près à la Turquie."

Morton Abramowitz (ex-ambassadeur en Turquie) et Henri J. Barkey (professeur en relations internationales), "Turkey's Transformers", Foreign Affairs, novembre-décembre 2009 :

"Beaucoup de changements politiques qu’il [Erdogan] a menés perdureront, mais une politique turbulente peut mettre en danger son héritage. Si l’AKP devait perdre les prochaines élections, par exemple, les progrès sur la question des droits des Kurdes seraient probablement retardés pendant une longue période. (...)

Les relations de la Turquie avec l’Arménie sont peut-être au goût du jour, parce qu’Obama a besoin de gérer l’électorat arménien-américain. Se concentrer sur cela uniquement sans reconnaître l’ouverture de l’AKP vers les Kurdes (qui offre une chance de transformer la Turquie de façon importante) serait une terrible erreur. Les Etats-Unis devraient soutenir les efforts de l’AKP en se tenant à l’écart du débat sur la réforme en Turquie et en encourageant la démobilisation du Parti des Travailleurs Kurdes, ou PKK, dans le nord de l’Irak.

L’AKP a une opportunité unique de changer la société turque, de changer la constitution du pays et son système politique archaïque, et de faire la paix avec ses voisins et sa propre population. Il semble prêt à s’y mettre. Mais il a besoin d’aide. L’Occident ne devrait pas agir comme si la Turquie allait dans la bonne direction à tout égard, mais il peut aider la Turquie à rester sur la bonne voie pour devenir une démocratie libérale tolérante."

Jean-Paul Roux, entretien à L'Express, 12 décembre 2002 :

"En 1946, les Etats-Unis ont fait pression sur les Turcs pour qu'ils se dotent du bipartisme, encourageant ainsi la création d'un parti religieux qui leur paraît une barrière contre le communisme. J'ai vu de mes yeux des agents non turcs accompagner les gens au bureau de vote et leur donner un bakchich pour déposer un bulletin intégriste... C'est l'engrenage."