dimanche 19 septembre 2010

Les Ottomans et l'Europe

Citations de Jean-Paul Roux :

"Les Ottomans paraissaient invincibles, ils trouvent plus invincible qu'eux. L'Empire mongol n'était plus qu'un souvenir ; or il se trouve en Transoxiane un Turc qui veut le restaurer ou seulement profiter de sa disparition : Timur le Boiteux, Tamerlan. Proclamé Grand Emir à Bactres (Balkh) en 1370, il entreprend une extraordinaire série de campagnes qui le conduisent à Delhi, à Ispahan, à Damas, à Ielets sur la route de Moscou et au fin fond de l'Asie centrale. Pourra-t-il supporter que Bayazid, par ses succès, fasse de l'ombre à sa gloire ? L'Ottoman vient juste de mettre la main sur l'Asie Mineure et liquide ses principautés. Il le défie, ou ils se défient. L'Asiatique se porte contre celui en qui on voit un Européen et, en 1402, il l'écrase aux pieds de la citadelle d'Ankara." (article : "L'épopée du monde turc", Clio.fr, janvier 2001)

Source : http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/lepopee_du_monde_turc.asp

"La coutume du devchirme, la « cueillette » de jeunes rayas, dans les Balkans d'abord, en Roumélie et en Anatolie ensuite, qu'on élève dans la religion musulmane pour les enrôler dans la troupe d'élite des janissaires (de yeni tcheri, « nouvelle milice ») ou pour en faire des pages et des fonctionnaires, est certes une mesure de coercition, mais moins impopulaire qu'on ne l'imagine, car elle constitue une chance inespérée de s'élever dans la hiérarchie sociale, voire d'accéder aux plus hauts postes, et maintes familles cherchent à en faire bénéficier leurs enfants. On ne compte pas ceux qui, par ce moyen, sont gouverneurs, officiers, amiraux, ministres ou se révèlent artistes de génie. Citons parmi eux les grands amiraux Barbaros ou Barberousse, Grec de Mytilène, et Piyale Pacha, Croate, l'architecte Sinan, il est vrai un Anatolien de Césarée (Kayseri), le peintre bosniaque Osman, qui donne son chef-d'oeuvre en 1657. De 1453 à 1623, sur vingt-six grands-vizirs ou Premiers ministres dont nous connaissons l'origine, onze sont Albanais, six Grecs, d'autres Circassiens, Arméniens, Géorgiens, Italiens et cinq seulement Turcs. Plusieurs, à cette époque et plus tard, s'avèrent des personnalités de premier plan, tels, au XVIe siècle, les grands vizirs Sokollu Mehmet Pacha, Bosniaque, Ali Pacha, Dalmate, Ibrahim Pacha, Grec de la côte Adriatique ; dans la seconde moitié du XVIIe et au début du XVIIIe siècles, la « dynastie » des Köprülü, Albanais ; au XIXe siècle, Mehmet Ali, Albanais encore, fondateur de la monarchie égyptienne. Il va sans dire que, malgré leur éducation musulmane, tous ces hommes se sentent Européens et s'intéressent plus à la politique européenne de l'empire qu'à sa politique asiatique." (article : "Les Balkans ottomans", Clio.fr, novembre 2002)

Source : http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_balkans_ottomans.asp

"Bien que contraints de regarder vers l'Orient et de lancer des expéditions parfois longues et difficiles contre lui, les Ottomans ont les yeux fixés sur l'Europe. C'est elle qui les intéresse au premier chef. Ils se sentent beaucoup plus Européens qu'Asiatiques. Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement quand les populations turques d'Asie Mineure s'avèrent moins fidèles que celles, turques ou non turques, des Balkans ; quand plus de la moitié de leur Empire est européenne ; quand les souverains ont souvent des mères grecques ou slaves ; quand leurs plus hauts dignitaires sont en majorité nés en Europe ? Aussi la conquête de l'Europe centrale occupera les Ottomans si longtemps et tellement qu'ils en négligeront le reste, qu'elle les conduira, peut-on dire, à leur perte. Ce sera la première et la plus grave conséquence de leur ambition avortée. Mais il y en aura une autre : Ils apprendront à connaître la civilisation européenne, ils commenceront à s'ouvrir à elle. Elle les marquera à tout jamais. Elle sera la semence qui germera au temps des Tanzimat, les Réformes, et bien plus encore à celui d'Atatürk, quand la Turquie naîtra sur les ruines du vieil empire moribond. Qui peut dire si, aujourd'hui encore, le désir manifesté par tout un courant de l'opinion publique turque d'adhérer à l'Union européenne n'en découle pas ?" (article : "Les Ottomans en Europe centrale", Clio.fr, novembre 2002)

Source : http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_ottomans_en_europe_centrale.asp