dimanche 19 septembre 2010

Importance de l'Asie centrale pour l'Europe

Jean-Paul Roux, L'Asie centrale. Histoire et civilisations, Paris, Fayard, 1997 :

"L'Asie centrale possède des ressources considérables surtout dans son sous-sol : du pétrole, du minerai de fer, du zinc, du cuivre, du charbon au Kazakhstan ; de l'or, du mercure, de l'uranium, du charbon au Kirghizistan ; du gaz naturel, du pétrole encore, du cuivre, de l'or, de l'argent, du zinc, du charbon en Uzbekistan (...). On estime ses réserves pétrolières égales à celles de l'Arabie. Sa production agricole est abondante, mais bien trop spécialisée dans le coton, dont l'Uzbekistan est le troisième producteur mondial. Son industrie est loin d'être sous-développée, si tant est que les usines ont été entretenues et modernisées (métallurgie, machines lourdes, machines-outils, mais aussi chimie, agro-alimentaire, textile). Elle dispose d'une main d'œuvre suffisamment qualifiée et de cadres dans l'ensemble bien formés.

Mais on pourrait dire que toute cette richesse ne lui sert actuellement à rien, parce que l'économie de l'Asie centrale est trop dépendante de celle de la Russie, parce qu'elle manque de débouchés, parce que le passage de la collectivisation à la privatisation provoque une crise grave, parce que la mafia est trop puissante, et sans doute pour cent autres raisons." (p. 438)

"(...) ni la Mongolie ni les républiques musulmanes de l'Asie centrale ne semblent capables de s'opposer seules à une éventuelle entreprise conquérante de la Chine, quelle que soit la manière dont celle-ci s'effectuerait. La CEI demeurera-t-elle assez soudée pour que la plus puissante des républiques qui en relèvent considère ses frontières comme intangibles et parvienne à le faire comprendre ? La Russie sera-t-elle à même de s'engager totalement pour convaincre que toute menace contre la Mongolie serait une menace contre elle, même si elle sait qu'avec la Mongolie ce serait toute la Sibérie qui serait menacée ?

Et si l'équilibre des forces établi par l'URSS en Asie centrale ne lui survit pas, les grandes puissances du monde auront-elles la volonté et la lucidité de le remplacer ? Kazakhs, Uzbeks, Türkmènes, Kirghiz se tournent vers nous, vers l'Europe, directement ou par le truchement de la Turquie, appelée à tenir une place essentielle et à laquelle l'Europe n'accorde ni assez d'attention ni assez d'importance, nous devons leur répondre." (p. 445-446)