jeudi 26 août 2010

Le peuplement turc de l'Iran et de l'Anatolie

Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs. Deux mille ans du Pacifique à la Méditerranée, Paris, Fayard, 2000, p. 203-204 :

"L'Iran, dans son ensemble, fut une voie de transit [pour les migrations turques] et c'est à cela qu'il dut de ne pas perdre son identité. Nous avons dit que sa langue et sa culture furent florissantes sous la domination turque. Mais l'implantation des tribus oghuz modifia tout de même de façon sensible son fonds ethnique et linguistique, non d'un coup, mais progressivement du XIe siècle au XVIe siècle, voire plus tard. Les Seldjoukides déclenchèrent le processus, sans qu'on puisse décider dans quelle mesure ils le firent avancer. Les Baloutches furent repoussés du nord du Decht-i Kavir vers le sud-est par les Turkmènes qui ne s'installèrent et ne se sédentarisèrent qu'à l'époque contemporaine. D'importants éléments turcophones pénétrèrent dans le Zagros et dans le Fars où ils constituent aujourd'hui la grande fédération des Kachgays. En Azerbaïdjan, dans les régions de Tabriz et de Bakou, les tribus turques s'accumulèrent face à la Géorgie chrétienne des basses terres humides de la Transcaucasie. (...)

Les tribus turques s'entassèrent en plus grand nombre encore en Anatolie, dont le sol et le climat se prêtaient à leur acclimatation, et elles finirent par en faire la Turquie. Etaient-elles innombrables ? Pour un des spécialistes de l'Asie mineure médiévale, Claude Cahen, leurs ressortissants, en ce haut Moyen Age, n'auraient pas été plus que 200 000 ou 300 000. Cette estimation paraît faible. Non seulement elle ne répond pas à l'impression que donnent les textes (impression qui peut être fallacieuse), mais encore elle est très inférieure à celle faite pour d'autres formations de migrants, telles que celles des Petchenègues et des Kiptchak."