jeudi 30 décembre 2010

Un document exceptionnel : "Les Turcs à la recherche d'une âme nationale"

Sur le site Gallica, j'ai pu retrouver un vieil article d'une grande importance : "Les Turcs à la recherche d'une âme nationale", paru dans le Mercure de France, le 16 août 1912. Il est signé P. Risal, pseudonyme de Moiz Kohen (né à Serez en Roumélie), plus connu sous les noms de Tekin Alp/Munis Tekinalp, penseur et acteur des révolutions jeune-turque et kémaliste. Dans ce texte fébrile et fort émouvant, P. Risal s'applique à décrire au public français l'émergence et la montée d'un sentiment national turc dans un Empire ottoman déliquescent, semi-colonisé et confronté aux nationalismes des non-Turcs (musulmans albanais et arabes compris).

A lire ici :

http://www.mediafire.com/?l1vecuvwn7iz317

lundi 27 décembre 2010

Frontière turco-iranienne : 20 pauvres villageois turcs abattus par l'armée iranienne en 1 an

One Turkish villager killed on Iranian border
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Sunday, December 12, 2010
VAN - DOĞAN news agency

One villager was killed, another injured and a third is missing along the Turkish-Iranian border after Iranian soldiers allegedly opened fire on Sunday.

Three villagers from the eastern province of Van’s Esenyamaç village, on the Iranian border, crossed the border to fetch their animals which reportedly had crossed to the Iranian side. Mehmet Keskin, 19, died at the scene, while 18-year-old Zakir Turgut was injured. Akif Yıldız, 24, went missing after the incident. Turgut was brought to the city of Van by other villagers and hospitalized.

“Three citizens searched for their sheep when the animals did not come back. Iranian soldiers opened fire. This year approximately 20 citizens have died [in a similar manner]. No one has asked why those people are dying,” said Namer Parlak, the district head of the main opposition Republican People’s Party, or CHP.

“How can those citizens live here? Each time they come towards border, will they be killed? If that is the case we [should] evacuate the village. The person who died was a young man newly married.”
Source : http://www.hurriyetdailynews.com/n.php?n=one-villager-killed-in-iranian-border-2010-12-12

mercredi 15 décembre 2010

Wikileaks : la Turquie était prête à intervenir militairement pour défendre le territoire géorgien en cas d'invasion russe de l'Adjarie

WikiLeaks: Turkey was ready to launch military operations against Russia in August 2008
By
admin
– December 9, 2010Posted in: Politics

According to the infamous WikiLeaks, during Russia and Georgia’s 2008 war, Turkey was ready to deploy its troops under the status of NATO into Georgia’s territory in case of Russia’s invasion of Adjara.
Prime Minister Recep Tayyip Erdogan and members of the Turkish parliament visited Moscow and met with Russian President Dmitry Medvedev, a document dated August 14 2008 stated.
According to the document, the Turkish delegation told Medvedev that if Russia conducted military operations near the 100-kilometer zone surrounding the Turkish border, the Turkish side, as a NATO member, would have the right and even be obligated to place their units into military operations and protect the territory of neighboring member states of the alliance.
The document specifies that Turkey would have deployed its troops to Georgia in case of military actions in Adjara and it would have launched targeted air strikes.
Source : http://www.allhotnewz.info/2010/12/09/wikileaks-turkey-was-ready-to-launch-military-operations-against-russia-in-august-2008/

lundi 13 décembre 2010

L'influence turco-ottomane en Europe

Nicoară Beldiceanu, "L'organisation de l'Empire ottoman (XIVe-XVe siècles)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989 :

"On rencontre dans les Balkans un autre aspect de la domination ottomane. Il est vrai qu'à la suite des échanges de populations ou de l'émigration, le nombre des Turcs a diminué au XXe siècle dans de grandes proportions. Malgré la disparition de la domination ottomane, les peuples du Sud-Est européen conservent encore une forte empreinte turque ; les villes perdent lentement leur aspect ottoman, mais les coutumes et un certain vocabulaire ottoman continuent de se perpétuer dans les langues des peuples qui vécurent sous l'autorité des sultans. Un simple coup d'œil jeté sur le vocabulaire hérité par les Albanais, les Bulgares, les Grecs, les Macédoniens, les Bosniaques, les Serbes et les Roumains montre combien la civilisation ottomane a su s'imposer et modeler certains aspects de la vie dans les Balkans. Près de deux cents mots concernant les divers éléments qui entrent dans l'agencement d'une maison, l'habillement, le mobilier, l'alimentation ou l'environnement urbain sont d'origine ottomane.

Faut-il donner quelques exemples ? On habite une oda (chambre), on couche dans un yatak (lit), on regarde à travers une fenêtre pourvue d'un djam (vitre), et, bien entendu, d'un tchertcheve (cadre). La chambre a un döcheme (plancher) et un tavan (plafond). Les affaires sont rangées dans un dolab (armoire) et l'on prend ses repas dans la sofragerie, où se trouve un sofra (table à manger). Sur la table il y a des farfurii (assiettes) dont l'étymon ottoman, faghfur, n'est plus en usage. On pourrait continuer en précisant que le lit est pourvu de tcharchaf (draps) et les fenêtres de perde (rideau). Le consommateur de l'Europe du Sud-Est fait ses achats chez le bakkal (épicier) et chez le marchand de légumes (zerzavattchi). Le touriste qui consulte le menu d'un restaurant y relèvera un certain nombre de plats et de gâteaux portant des noms turcs.

Cet aspect de l'empreinte laissée sur les peuples de l'Europe orientale montre bien le rôle qu'ont joué les Turcs et que ce sont eux qui ont posé les premières bases d'une nouvelle civilisation urbaine. On peut affirmer que la Porte a joué dans la structuration de la civilisation urbaine balkanique le rôle des Allemands dans l'Europe slave et hongroise." (p. 136-137)

Georges Castellan, Histoire des Balkans, XIVe-XXe siècle, Paris, Fayard, 1991 :

"Ces cultures, l'islamique comme la chrétienne cléricale, cohabitaient dans les villes et conféraient à celles-ci ce caractère « oriental » cher aux voyageurs occidentaux. Plus profondément, elles engendraient une culture populaire balkanique qui, dans la communication orale, mêlait les traditions et habitudes de l'une et de l'autre, du moins dans la mesure où la foi religieuse n'était pas concernée : ainsi, jusqu'au XIXe siècle, les femmes serbes de Belgrade sortaient voilées, tandis que leurs maris portaient le turban et fumaient le narguilé. Si bien qu'en 1829 encore, Vuk Karadžić pouvait écrire : « Les Serbes ne sont que paysans. Les quelques Serbes qui vivent dans les villes sont appelés varosani [les citadins], ils portent des vêtements turcs et vivent suivant les coutumes turques. » " (p. 146-147)

Jean-Paul Roux, Un choc de religions : la longue guerre de l'islam et de la chrétienté, 622-2007, Paris, Fayard, 2007 :

"Pour une raison ou pour une autre, pour beaucoup de raisons, l'œuvre d'islamisation et d'assimilation réalisée par les Ottomans est restée très en deçà de celle effectuée par les Arabes. La différence des résultats ne s'explique nullement par la moindre longévité des premiers que des seconds puisque les Arabes accomplirent cette œuvre en un demi-millénaire, durée approximative de l'empire d'Osman. L'un islamisa et arabisa la majorité des pays conquis (Egypte presque entièrement, Soudan, Maghreb, où il demeura pourtant des berbérophones, Espagne, qui redeviendra chrétienne et de langue castillane, Syrie et Iraq malgré la présence de forts noyaux chrétiens), et n'échoua qu'en Iran qui, après une période d'arabisation, retrouva sa langue maternelle. L'autre, hormis quelques conversions à l'islam en Albanie et en Bosnie, laissa partout survivre les religions et les idiomes nationaux (y compris en Anatolie jusqu'au début du XXe siècle avec les Arméniens et Grecs). Après cinq cents ans d'occupation, la Grèce libérée parle le grec et est orthodoxe ; Serbie, Bulgarie, Roumanie, Arménie gardent leur foi, leurs coutumes, leurs langues.

On en conclut souvent que l'influence turque fut nulle en Europe orientale, et plus encore en Europe occidentale. C'est parce qu'on ne l'a pas cherchée. Certes, il n'y a pas d'Averroès turc qui entre dans les universités, d'une part parce que les Turcs n'ont pas d'aussi grands penseurs, d'autre part parce que la chrétienté est devenue trop bien armée intellectuellement. Mais, sans même relever ces mille petites choses qui appartiennent à notre vie quotidienne, comme les brochettes (chiche kebab) et le yoghourt, il convient de regarder plus attentivement les apports qui se révélèrent bien essentiels. D'où vient la réputation des bains de Budapest, sinon des hammams ? Croyez-vous que Racine aurait écrit son Bajazet et Molière son Bourgeois gentilhomme (qui dénote une certaine connaissance de la langue et des coutumes turques), que les Turcs auraient été si souvent introduits dans les ballets, s'il n'y avait pas eu dans le public un intérêt pour le monde ottoman. Croyez-vous que La Fontaine, racontant la réception du rat des champs chez le rat des villes, aurait écrit : « Sur un tapis de Turquie le couvert se trouva mis », si le tapis d'Anatolie n'était pas devenu au XVIIe siècle une pièce essentielle de notre mobilier ? Il l'était depuis si longtemps qu'aux XVe et XVIe siècles Bellini, Lotto, Holbein représentaient couramment dans leurs œuvres tel ou tel type d'entre eux et que les noms de ces artistes servent encore à les définir dans le jargon des spécialistes. La Marche turque de Mozart (sonate pour piano en la majeur), composée en un temps (seconde moitié du XVIIIe siècle) où les Autrichiens étaient en rapports étroits avec le monde ottoman, est non seulement un écho de ses parades militaires, mais nous rappelle, comme L'Enlèvement au sérail, que les instruments à percussion, déjà découverts par les Latins au temps des croisades, puis abandonnés, envahissent alors nos orchestres." (p. 221-222)

"Le yoghourt, qui tient aujourd'hui une telle place dans l'alimentation en Europe, n'y est arrivé que tard, en grande partie par les émigrés du Caucase lors de la révolution soviétique. La forme yaourt, longtemps employée, vient du grec. Le mot turc est formé sur le verbe yoghurtmak, « épaissir ». Ce breuvage n'est pas le seul emprunt que nous avons fait aux Turcs : nous leur devons le kiosque à musique ou à journaux (turc köchk), la tulipe (turc tülbend), le gilet (turc yelek), etc." (p. 387, note 3 du chapitre XI)

jeudi 9 décembre 2010

Le mythe absurde de l'intolérance ottomane

Bernard Lewis, Comment l'Islam a découvert l'Europe, Paris, La Découverte, 1984, p. 120 :

"Le mouvement des réfugiés illustre bien les situations respectives des deux mondes [chrétien et musulman]. Alors qu'un grand nombre de juifs et de chrétiens dissidents fuyaient la chrétienté pour se réfugier dans les pays de l'Islam, rares étaient en revanche les personnes qui faisaient le chemin inverse. Un petit groupe de chrétiens grecs émigra de Grèce vers l'Italie au moment du déclin et de la chute de l'Empire byzantin ; plus tard, des maronites du Liban et quelques Arméniens et Grecs, pour la plupart uniates, s'établirent à Rome, Venise et dans d'autres villes européennes. En général, les chrétiens orientaux trouvaient la situation d'infidèle en Turquie musulmane plus confortable que celle de schismatique en Europe chrétienne."

dimanche 5 décembre 2010

Wikileaks : la Turquie est le "meilleur" voisin de l'Irak du point de vue américain

TURKEY: BETTER THAN THE REST

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10. (C) Relations with Turkey are relatively positive. Turkey intervened diplomatically to attempt to mediate the post-August 19 crisis with the Syrians, and unlike the Iranian effort, seems to have gotten some traction with the parties. The effort has been well-received here, even if concrete progress has been limited. The Iraqis and Turks have established a Strategic Commission that meets periodically at the ministerial level, paving the way for head of state visits marking significant economic cooperation. PM Erdogan is expected in Baghdad in October, following up on the ministerial in mid-September in Ankara. Bilateral trade is currently at $7 billion annually, and the two countries hope it will expand significantly in the coming decade. Moreover, Turkey has worked to improve its relations with the KRG, and they have significantly increased their diplomatic and commercial presence in the Kurdish areas. However, the Turks also have been active on the Iraqi political front, funding groups like the Mosul-based Sunni Al-Hudba movement, in an effort to offset Kurd influence in areas outside Kurdistan.

11. (C) It is the water issue that threatens to complicate an improving Iraq-Turkey relationship. According to DFM Labid Abbawi, Iraq needs a flow of 700 cubic meters of water for its needs but could get back with a minimum of 500. However, Turkey was only allowing a flow of about 230 cubic meters (with an uptick in August and September beyond that level). A recent visit to Turkey by the Iraqi Minister of Water was not very productive, he noted.
Source : http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documents/226620

vendredi 3 décembre 2010

Wikileaks : analyse américaine tempérée de la politique étrangère de l'AKP

C O N F I D E N T I A L SECTION 01 OF 06 ANKARA 000087
SIPDIS
DEPARTMENT ALSO FOR EUR/SE
E.O. 12958: DECL: 01/19/2020
TAGS: PREL TU
SUBJECT: WHAT LIES BENEATH ANKARA'S NEW FOREIGN POLICY
REF:
A. 09 ANKARA 1717
B. 09 ISTANBUL 466
C. 09 ANKARA 1561 (EXDIS)
Classified By: Ambassador James Jeffrey for reasons 1.4 (b,d)
INTRODUCTION/COMMENT

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1. (C) There is much talk in chanceries and in the international media these days about Turkey's new, highly activist foreign policy, which unquestionably represents a transition not only from prior governments, but also from the AKP regime before the Gaza/Davos events, and before the ascent of Ahmet Davutoglu as Foreign Minister in April. Some commentaries are upbeat, but others, including many experts and editorial writers in the US, have expressed concern. The ruling AKP foreign policy is driven by both a desire to be more independently activist, and by a more Islamic orientation. Frankly, rational national interest, particularly trade opportunities and stability considerations, also drives Turkey's new slant. Major challenges with us in the coming months include the direction of Turkish-Israeli relations, the fate of the Protocols with Armenia, and the Turkish posture vis--vis Iran.

2. (C) Does all this mean that the country is becoming more focused on the Islamist world and its Muslim tradition in its foreign policy? Absolutely. Does it mean that it is "abandoning" or wants to abandon its traditional Western orientation and willingness to cooperate with us? Absolutely not. At the end of the day we will have to live with a Turkey whose population is propelling much of what we see. This calls for a more issue-by-issue approach, and recognition that Turkey will often go its own way. In any case, sooner or later we will no longer have to deal with the current cast of political leaders, with their special yen for destructive drama and - rhetoric. But we see no one better on the horizon, and Turkey will remain a complicated blend of world class "Western" institutions, competencies, and orientation, and Middle Eastern culture and religion.

END INTRODUCTION.
COMPONENTS OF POLICY

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"The Traditional Western"

3. (C) Turkish policy today is a mix of "traditional Western" orientation, attitudes and interests, and two new elements, linked with new operational philosophies: "zero conflicts" and "neo-Ottomanism." The traditional still represents the core of Turkish foreign policy, and is centered on cooperation and integration with the West. Its core is NATO, the customs union with the EU, and most significantly, the EU accession effort. This all began with the Ottoman effort to emulate the European great powers, and was propelled powerfully forward by Ataturk. Nevertheless the country was on the sidelines in World War II. It was only the threat of the USSR, and the dominance (and outstretched hand) of the US, that led to the "Turkey we know": tough combat partner in Korea, major NATO ally, US anchor in the Middle East. Much of this continues.

4. (C) Europe is by far Turkey's most important economic partner in terms of investment and trade. The EU accounts for 42 percent of Turkey,s total trade, while the US accounts for a bit less than 5 percent. While the US is much less important in terms of trade statistics, it remains important in various sectors (e.g.energy, aviation, military), and in various ways. NATO is essential to and much respected by
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Turkey. (Note: The fact that "only" about one-third of the Turkish population in one poll see NATO as important to Turkey's security is actually a plus; on any poll Turks usually are overwhelmingly negative about any foreign engagement or relationship. But we should not be too sanguine here since support for NATO has been halved over the past decade. End Note) The military is armed by the US, and Turkey recognizes that many fires in its back yard -- from Iraq to Afghanistan and Pakistan -- can only be solved by close cooperation with and acceptance of US and NATO leadership. Finally, even AKP leaders know that much of their allure or "wasta" in the Middle East and elsewhere stems from their privileged position in key Western clubs. This traditional orientation may be shaken, or reduced, but as it has both significant buy-in by elites of all philosophies, and many concrete advantages, Turkey will not abandon it.
 "Zero Problems with Turkey's Neighbors"

5. (C) But this Turkey is trying to "post-modernize" itself. One major area of AKP effort has been to resolve problems with Turkey's immediate "near abroad." This effort stands in contrast with the "traditional" Turkish policy of letting these frozen conflicts fester, and is much more compatible with US and European interests. The list of Turkish initiatives under the AKP is impressive: accepting the Annan Plan in 2004 to resolve Cyprus, continuing the 1999 rapprochement with Greece, the opening to Armenia culminating in the signing of recognition protocols, warming and productive relations with both Baghdad and Erbil (the latter complemented by significant reforms in Turkey's relations with its own Kurdish population). The signature accomplishment of this policy is the wooing of Syria. While this road to Damascus in fact was paved by Syria's accommodation of prior Turkish governments' demands (relinquishing claims on Turkey's Hatay province, expelling Ocalan), it is touted by the Turks as a game-changer. As noted below, they have leveraged it to tackle a number of regional problems, from Lebanon to Iran.

6. (C) While this new approach is to be applauded, there is a fly in its ointment. Little of true practical and final accomplishment has been achieved. Cyprus is still split (albeit the fault, at least in terms of the Annan plan, lies more with the Greek Cypriots and the EU); tensions with Greece in the Aegean continue; the Protocols with Armenia have not been ratified due to Turkish concerns about Nagorno-Karabakh; Iraq's instability and the KRG's unwillingness to do more against the PKK raise questions about the sustainability of Turkey's constructive Iraq policy; the rapprochement with Syria has not really produced any Syrian "flip" away from Iran. Granted, Turkey is dealing with some of the world's most difficult actors, and facing stiff opposition at home to making more concessions, but the proof of this pudding is yet to be seen.

"Neo Ottomanism"

7. (C) The idea of Turkey using its cultural and religious links to the Middle East to the advantage of both Turkish interests and regional stability is not new with the AKP, but has been given much more priority by it, in part because of the Islamic orientation of much of the party, including leaders Erdogan, Gul, and Davutoglu. Moreover, the AKP's constant harping on its unique understanding of the region, and outreach to populations over the heads of conservative, pro-US governments, have led to accusations of "neo-Ottomanism." Rather than deny, Davutoglu has embraced this accusation. Himself the grandson of an Ottoman soldier

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who fought in Gaza, Davutoglu summed up the Davutoglu/AKP philosophy in an extraordinary speech in Sarajevo in late 2009 (REF A). His thesis: the Balkans, Caucasus, and Middle East were all better off when under Ottoman control or influence; peace and progress prevailed. Alas the region has been ravaged by division and war ever since. (He was too clever to explicitly blame all that on the imperialist western powers, but came close). However, now Turkey is back, ready to lead -- or even unite. (Davutoglu: "We will re-establish this (Ottoman) Balkan").

8. (C) While this speech was given in the Balkans, most of its impact is in the Middle East. Davutoglu's theory is that most of the regimes there are both undemocratic and illegitimate. Turkey, building on the alleged admiration among Middle Eastern populations for its economic success and power, and willing to stand up for the interests of the people, reaches over the regimes to the "Arab street." Turkey's excoriating the Israelis over Gaza, culminating in the insulting treatment of President Peres by Erdogan at Davos in 2009, illustrates this trend. To capitalize on its rapport with the people, and supposed diplomatic expertise and Ottoman experience, Turkey has thrown itself into a half-dozen conflicts as a mediator. This has worked well, as noted above, with Iraq, and was quite successful in the Syrian-Israeli talks before Gaza. Turkey has also achieved some limited success on Lebanon and in bringing Saudi Arabia and Syria together. As noted below, however, this policy brings with it great frictions, not just with us and the Europeans but with many supposed beneficiaries of a return to Ottoman suzerainty. Furthermore, it has not achieved any single success of note.

WHY THE CHANGE?

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9. (C) Various factors explain the shifts we see in Turkish foreign policy beyond the personal views of the AKP leadership: -- Islamization: As reported REF B, religiosity has been increasing in Turkey in past years, just as has been seen in many other Muslim societies. The AKP is both a beneficiary of, and a stimulus for, this phenomenon. However, bitter opposition within Turkey against domestic "pro-Islamic" reforms (e.g., head scarves) has frustrated the AKP, and a more "Islamic" or "Middle Eastern" foreign policy offers an alternative sop for the AKP's devout base. -- Success: Despite its problems, Turkey over the past 50 years has been a success story, rising to the 16th largest economy and membership in the G-20. This, along with its extraordinary security situation compared to all other regional states, and democratic system, encourage a more active -- and more independent -- leadership role in regional and even global affairs. -- Economics: one secret of Turkish success has been its trade and technology-led economic growth. This growth is in good part thanks to its customs union with the EU, by far its biggest export market, and resulting investment from the EU, as well as decades of technology transfer and educational assistance from the U.S. Nevertheless, with exports to the EU down due to the 2008-2009 crisis, Turkey is looking for new markets, particularly in the hydrocarbon rich Arab world, Iran, Russia, and Caucasus/Central Asia. They have money, and strong import demand, and Turkey is dependent on them for its oil and gas. These countries, however, (along with China-another Turkish export target) tend much more than the EU and North America to mix politics and trade. To some

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degree the West thus is taken for granted and economic priority is directed towards relations with the Middle East and "Eurasia." -- Civilians ascendant: Erdogan's political success - together with a number of messy scandals resulting in public investigation - has meant that the Turkish General Staff now plays a much smaller role in defining Turkey's foreign policy. Turkey's support to NATO is still strong, but it now lacks the suspicion of Russia which the cold-war instinct of General Staff brought to the mix. -- EU disillusionment: Both popular and elite Turkish opinion has recently grown much more pessimistic about eventual EU membership -- or even its value. The reasons for this are complex, but include the shifting mood in Europe towards Islam, the replacement of "pro-Turkey" leaders in France and Germany by Sarkozy and Merkel, both decidedly cool towards Turkey's EU membership, and a sense in Turkey of distance from and lack of sympathy for Europe. -- Relativization of the Western anchor. An op-ed in the Financial Times by Gideon Rechman on January 4 noted correctly the tendency of the "young giants" -- South Africa, Brazil, India, and Turkey -- to pursue Third Worldish policies and rhetoric even while benefitting enormously from the globalized trade and international security created and maintained by the "West." That certainly characterizes Turkey. With the end of the cold war, relative success in the struggle with the PKK, and the "taming" of Syria, Iraq, and (at least from Turkey's point of view) Iran, Turkey's need for NATO and U.S. security is reduced. Its dependence on Western trade, investment, technology transfer and educational exchange remains critical, but is regarded as a "free good" that Turkey deserves and does not have to expend effort for. Relations with its various new friends in the North-East-South or on the other hand require effort which is facilitated by some downplaying of Turkey's Western anchor.

DAVUTOGLU DISCONTENTS

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10. (C) The AKP's new approach to international affairs receives mixed reviews inside and outside Turkey. It is not a major factor in the AKP's relative popularity, but several elements of it (unfortunately, those we are least happy with) do appeal to voters. Criticism of Israel post-Gaza is overwhelmingly popular, and the relatively soft Turkish position on Iran -- a country about which many Turks are skeptical -- is presumably helpful with a narrow, but for Erdogan's electoral fate important, group of Islamic voters associated with former PM Erbakan.

11. (C) Nevertheless, many in Turkey's large westernized elite see the Islamic Outreach as a complement to the alleged AKP plan to Islamize Turkish society, and complain bitterly about their country's losing its western moorings. The Nationalist segment in Turkey, mobilized most by the Nationalist Action Party (MHP), sees the AKP's compromises on Armenia, the KRG in northern Iraq, Cyprus, etc, as a betrayal of diaspora "Turks" (the Iraqi Turkomen, Azeris, Turkish Cypriots, etc) and charges that the AKP is trying to replace the Republic's organizing principle of "Turkism" with the broader Islamic "Umma." The Republican People's Party (CHP), the lead opposition party, attacks AKP foreign policy relatively ineffectively with a mix of MHP-like nationalist rhetoric and "abandoning the west" criticism.

12. (C) But it is in the EU that the Erdogan foreign policy of late has run into the heaviest of sailing. To some degree

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European angst at Turkey's "new direction" is viewed as an excuse to pummel Turkey to score domestic points among anti-foreigner elements. But there is real concern in Europe, made manifest by the Rasmussen NATO SecGen issue last April. Europeans were furious with Turkey's presentng itself as the "Islamic" voice or conscience in NATO, having consulted with Middle Eastern States before talking to its NATO allies. Extrapolating that behavior into the even more diversity-intolerant EU is a nightmare. Erdogan's foreign (and domestic) policy orientation conjures up not just a clash of Christianity and Islam, but the spectre of a "meld" of Europe and the Middle East, and of Europe's secularlism with oriental religiosity. Davutoglu and others argue that Turkey's "success" as a coming Middle East power makes it more attractive to the EU -- giving Europe a new foreign policy "market" through Turkey. While some in Europe appear interested in this idea, ironically including Turkey EU membership skeptic France, this does not seem to carry much weight in most European capitals, let alone populations.

13. (C) Finally, not all of the ex-Ottomans look with fondness on their past under the Pashas, or yearn for Turkey's return. Reaction among many in the Balkans to Davutoglu's Sarejevo speech (REF A) was quite strong. In the Middle East itself, the Arab street might applaud Turkey's populistic and essentially cost-free support for more radical elements, but it's not particularly appreciated by rulers (although Turkey seems to have made some progress with Syria, brokered a rapprochement between President Bashir and Saudi King Abdullah, and has had some role in resolving the Lebanon cabinet stalemate). Sooner or later, though, Turkey will have to produce results, take risks, commit real resources, and take hard decisions to augment a policy now consisting mainly of popular slogans, ceaseless trips, and innumerable signatures on MOUs of little importance. The experience with Iran, which despite significant Turkish verbal support and wooing, appears uninterested in granting Turkey any concessions, or agreeing to a Turkish lead in mediation efforts, is telling.

THE PROBLEM FOR THE US

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14. (C) Turkey's new foreign policy is a mixed bag for us. Having regional heavyweights take on burdens, thereby relieving us, has long been a desired goal of US policy, but it comes with a certain loss of control. Nevertheless, on a whole host of key issues of supreme importance to us -- Afghanistan and Pakistan, cooperation in and on Iraq, NATO efforts (although a leading Turkish role in Missile Defense will not be easy) -- Turkey is a crucial ally, and our use of Incirlik, Habur gate, and Turkish airspace for our Iraq and Afghanistan operations is indispensible. Its "zero conflicts" initiatives, which have moved Turkey forward on more of the key bilateral spats -- Cyprus, Greece, Kurds, Northern Iraq, Armenia -- than we have seen with any other Turkish government, also support U.S. interests.
15. (C) Nevertheless, these latter issues illustrate two problems. At least in Turkish eyes, on this complex of issues the US , especially the media, interest groups, and Congress, default to a "blame Turkey" posture regardless of whatever it does. Second, Turkey has repeatedly run into trouble actually consummating these various openings -- the Armenian protocols being the best example, but continued overflights of Greek islands and domestic opposition to the Kurdish opening are also relevant. What we fear is that this inability to bring to conclusion foreign policy initiatives will affect not just the above, but most Turkish policy, given the over-extension of Davutoglu and his team, and a
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tendency to substitute rhetoric for long term investment of diplomatic, military, and assistance capital. (Fortunately, Afghanistan/Pakistan and Iraq are the two major exceptions to this tendency.)
16. (C) The greatest potential strategic problem for the US, however, and the one that has some of the commentators howling, is the Turks neo-Ottoman posturing around the Middle East and Balkans. This "back to the past" attitude so clear in Davutoglu's Sarajevo speech, combined with the Turks' tendency to execute it through alliances with more Islamic or more worrisome local actors, constantly creates new problems. Part of this is structural. Despite their success and relative power, the Turks really can't compete on equal terms with either the US or regional "leaders" (EU in the Balkans, Russia in the Caucasus/Black Sea, Saudis, Egyptians and even Iranians in the ME). With Rolls Royce ambitions but Rover resources, to cut themselves in on the action the Turks have to "cheat" by finding an underdog (this also plays to Erdogan's own worldview), a Siladjcic, Mish'al, or Ahmadinejad, who will be happy to have the Turks take up his cause. The Turks then attempt to ram through revisions to at least the reigning "Western" position to the favor of their guy. Given, again, the questioning of Western policy and motives by much of the Turkish public and the AKP, such an approach provides a relatively low cost and popular tool to demonstrate influence, power, and the "we're back" slogan.

17. (C) This has been, so far, manageable, if at times high maintenance, in the Balkans and Mideast, although the damage to Israeli-Turkish relations remains serious. If the Turks are genuine in their desire to draw Syria away from Iran, and if they begin achieving real success rather than telephone books worth of questionable protocols, then that will be of benefit to us all. But with Iran itself it is a different story. REF C describes the background to the Turkish relationship with Iran, one more complicated than with their ex-Ottoman Arab and other subjects. Trade/hydrocarbon interests, Turkish aversion to sanctions stemming from the first Gulf War, Erdogan's vocal "third worldism" and certain domestic political considerations all push Turkey in the wrong direction. Unlike with many of the other issues, however, Turkey will have to stand and be counted on Iran, in the Security Council, with MD, and in implementation of UN or US sanctions. This will have a profound effect on relations second only to the fate of the Armenian protocols over the next year.

Jeffrey
Source : http://cablegate.wikileaks.org/cable/2010/01/10ANKARA87.html

La diplomatie américaine semble donc bien reconnaître de multiples avantages pour les intérêts américains dans la politique de "zero problem" et le "néo-ottomanisme" de l'AKP : apaisement avec les Chypriotes grecs (membres de l'UE et soutenus par la Grèce membre de l'OTAN) et les Kurdes dans le nord de l'Irak, attraction de la Syrie (donc sortie possible de l'orbite iranienne), rôle de médiation dans le monde arabe, "protocoles" avec l'Arménie (qui pourraient permettre de dégager l'Arménie des influences russe et iranienne, sans doute). La rhétorique "tiers-mondiste" des dirigeants de l'AKP est comparée à celles employées par d'autres gouvernements de puissances émergentes "amies" (Brésil, Inde). L'AKP est probablement une "solution par défaut" pour les Américains, étant donné que le nationalisme intransigeant incarné par l'opposition CHP-MHP pourrait sérieusement mettre à mal leurs intérêts dans la région (notamment dans le nord de l'Irak), d'autant plus que ces partis ne partagent pas vraiment le libéralisme économique de l'AKP.

jeudi 2 décembre 2010

Quand le précurseur "néo-ottomaniste" de Davutoğlu était encensé par les néo-conservateurs américains

Paul Wolfowitz, discours au Washington Institute for Near East Policy, 13 mars 2002 :

"C’était un homme du peuple, qui a su montrer que le savoir-faire, le talent et la détermination peuvent mener à la réussite. C’est ainsi que nous définissions, aux Etats-Unis, un self-made man (...). [Turgut] Özal était un chef d’Etat sûr de lui, qui a su s’affirmer sur la scène internationale. Ami proche de Georges H. W. Bush (ou Numéro 41, comme nous aimions l’appeler), il avait saisi le rôle que la Turquie comme puissance régionale et le devoir qu’elle a de défendre, avec les autres nations, ce qui est juste. (...) On se souviendra sans doute de Turgut Özal avant tout parce qu’il a mis en oeuvre le projet d’une Turquie moderne et démocratique, ouverte aux opportunités et aux bénéfices offerts par l’économie de marché. Il ne fallait pas simplement avoir un projet, mais aussi du courage, pour mettre la Turquie sur une telle voie."

Richard Perle, interview au magazine Turkish Policy Quarterly, volume 4, n° 1, 2005 :

"(...) il n'y a que deux démocraties actuellement dans la région [le Moyen-Orient], la Turquie et Israël. Une troisième démocratie, nous l'espérons, est en route, à savoir l'Irak. Je crois que la Turquie et Israël ont d'importants intérêts communs. C'était certainement la vision du Président Özal (...)."

"Nous [les Américains] avons un intérêt évident dans la protection de l'intégrité des nouveaux Etats indépendants du Caucase. Personne ne veut voir une autre conduite impériale de la part du successeur de l'Union soviétique et ces Etats se sentent souvent très vulnérables. Comme le Président Özal l'avait compris, une relation étroite avec la Turquie serait très utile pour ces nations. Une telle relation ne doit pas être anti-russe, mais basée sur des valeurs positives et des intérêts mutuels."

Voir aussi : L'AKP et le "jeu" américain au Moyen-Orient

mercredi 1 décembre 2010

Wikileaks : le président azéri Aliev est inquiet des menaces iraniennes


WikiLeaks : les inquiétudes de l'Azerbaïdjan
LE MONDE pour Le Monde.fr | 29.11.10 | 18h50 • Mis à jour le 30.11.10 | 11h23
L'Azerbaidjan, République ex-soviétique frontalière de l'Iran, s'inquiète de toute déstabilisation régionale, dans le cadre de la crise autour du programme nucléaire iranien.
En juin 2009, indique un télégramme diplomatique américain, un conseiller pour les questions de défense du président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, exprime des préoccupations. Il s'inquiète des "supposés efforts, soutenus de l'étranger, pour fomenter des troubles parmi les minorités ethniques en Iran, notamment parmi les Azéris (qui forment 30% de la population de l'Iran)". "Toutes les tentatives de soulèvement des Azéris d'Iran, au cours du siècle écoulé", observe ce conseiller, "ont été écrasées par l'Etat iranien".
L'Azerbaidjan est un important poste d'observation pour la diplomatie américaine, inquiète des visées du pouvoir iranien. Mais le dirigeant du pays, Ilham Aliev, veut éviter d'être entrainé dans la crise.
Dès 2006, selon un document américain rédigé de Bakou, le président azerbaidjanais exprime ses craintes de représailles iraniennes. "Aliev affirme que Ahmadinejad (le président iranien) l'a prévenu que l'Iran 'attaquerait là où il est attaqué'. Aliev pense qu'il est 'toujours possible que l'Iran entreprenne quelque chose contre nous, et que l'Azerbaidjan doit minimiser les risque potentiels'".
L'Azerbaidjan, écrit un diplomate américain dans une note obtenue par WikiLeaks et consultée par Le Monde, "croit que les divers scénarios que prépare l'Iran pour répondre à des tensions accrues ou une action militaire incluent une provocation contre les intérêts de l'Azerbaïdjan en mer Caspienne".
Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2010/11/29/wikileaks-les-inquietudes-de-l-azerbaidjan_1446620_3210.html

Wikileaks : Feridun Sinirlioğlu apprécie Ehoud Barak et pense que la Turquie peut éloigner la Syrie de l'Iran

ISRAEL

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7. (C) Burns focused on Turkey's strained relationship with Israel. Sinirlioglu argued "the problem is not bilateral, but general." He attributed increasing regional country frustration with Israel to the stalled Peace Process, especially on the Palestinian track. He blamed the lack of progress on Israeli intransigence, which caused regional stake-holders to question Netanyahu's goals. He contended the "humanitarian situation in Gaza," which is not a punishment of Hamas, but of the Gazan people, fed Turkish popular anger against Israel. Even so, bilateral cooperation with Israel is continuing. Turkey is acquiring Israeli military equipment, notably Heron UAVs. Direct flights between the two countries are routine. Two-way trade is healthy, he said, tourism has dropped recently, but "will recover." Sinirlioglu described Israeli Defense Minister Ehud Barak's mid-January visit as "very good." He noted the MFA is exploring the possibility of arranging a meeting between the two prime ministers on the margins of an international gathering. Returning to a GoT obsession, he recalled the Turkey-brokered Syria-Israel proximity talks, "which were shattered by Cast Lead," Israel's December 2008 military operation in Gaza. Burns noted Syria places high value on Turkey's role as a mediator and repeated Senator Mitchell's statement that Turkey-brokered proximity talks can make an important contribution to the Peace Process.

ANKARA 00000302 003 OF 005

SYRIA

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8. (C) Sinirlioglu contended Turkey's diplomatic efforts are beginning to pull Syria out of Iran's orbit. He said a shared hatred for Saddam had been the original impetus for their unlikely alliance. "Now, their interests are diverging." Once again pitching Israel-Syria proximity talks, Sinirlioglu contended Israel's acceptance of Turkey as a mediator could break Syria free of Tehran's influence and further isolate Iran.
Source : http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documents/250705

Wikileaks : les Américains préfèrent l'influence turque à la saoudienne au Pakistan

17. (C) Comment: This was the first meeting between the two embassies in this format, which parallels a similar dialogue we have with the U.K. High Commission. But with the Turks playing an increasingly high profile, constructive role in Pakistan, we will continue to develop our dialogue and find opportunities to work together in areas of mutual interest. As a moderate, progressive Muslim state featuring relatively stable, democratic governance, Turkey is well-positioned to be a much more positive role model for the Pakistanis and to neutralize somewhat the more negative influence on Pakistani politics and society exercised by Saudi Arabia. End comment.
PATTERSON
Source : http://www.guardian.co.uk/world/us-embassy-cables-documents/208470

lundi 29 novembre 2010

Wikileaks : remarquable lucidité israélienne quant à la débilité sarkozyste ?

In the meantime, Bereyziat said, the Israelis explained that
they will not take strong public positions condemning what
they perceive as Turkey's recent strategic shift away from
western positions on the peace process, Iran, and Israel's
nuclear program. 
Erdogan's public comments about Israel's
nuclear weapons had particularly irked the Israelis,
Bereyziat explained, describing them as unprecedented by a
Turkish leader.  Moreover, the Israelis blamed the Europeans,
and especially France, for this shift in Turkey's policy.
They said that if Europe had more warmly embraced Turkey,
then the Turks would not be taking steps to earn approval in
the Arab and Muslim world at the expense of Israel.
  The
French, in response to this accusation, "begged to differ,"
Bereyziat said.
Source : http://cablegate.wikileaks.org/cable/2009/10/09PARIS1461.html

Le panturquisme

Jean-Paul Roux, L'Asie centrale. Histoire et civilisations, Paris, Fayard, 1997 :

"Les deux grandes idéologies disponibles après la chute du communisme [en Asie centrale] et dont on est en droit d'espérer ou de craindre l'essor sont, à côté du nationalisme, et après lui, l'islamisme et le turquisme. (...)

Les idéaux panturcs se situent plus au niveau économique et culturel qu'au niveau politique. Il est remarquable que partout on réécrit l'histoire et que les études historiques prennent une des toutes premières places dans l'enseignement et la recherche. Après le dénigrement du passé, on exagère peut-être en voulant n'en voir que les bons côtés. Jadis Tamerlan était montré comme un monstre et seul Ulu Beg, en tant que savant, trouvait grâce dans l'esprit soviétique. Maintenant on exalte Timur en jetant pudiquement un voile sur ses méfaits. On a célébré le passé timouride en 1994 par des fêtes grandioses auxquelles on a donné une dimension internationale.

On parle beaucoup de l'intérêt qu'éveille la Turquie, mais il n'est pas nouveau et peut seulement s'exprimer publiquement. Est-il plus grand que celui porté par la Turquie aux turcophones d'Asie centrale ? De part et d'autre, on vise à un étroit rapprochement, et il ne fait pas de doute que le modèle turc paraît séduisant en Asie centrale : les choix que fera la Turquie, notamment celui de son adhésion à l'Europe ou de son retour éventuel à la chariat, peuvent se révéler décisifs pour l'orientation des républiques musulmanes de la CEI. Les chefs d'Etat se rendent visite. On organise des rencontres à tous les niveaux, des congrès, des débats. Un satellite turc diffuse ses émissions de télévision. Des bourses d'études sont offertes à des étudiants en Turquie. C'est pour se rapprocher de la Turquie que les jeunes Etats indépendants décident d'adopter son alphabet, l'alphabet latin (ce qui ne fera qu'un changement de plus puisque en quatre-vingts ans on est passé de la graphie arabe à la graphie latine (1924), puis à la cyrillique (1940)). Les Turcs investissent en Asie centrale, mais leurs moyens sont limités, et leurs investissements moins importants que ceux des Américains, des Allemands, des Japonais et des Chinois. De grands projets peuvent cependant avoir des incidences considérables, s'ils n'échouent pas... Le président turc, M. Demirel, en mai 1996, a signé un protocole d'accord avec l'Uzbekistan pour la création d'une voie ferrée exclusivement « turque » qui passerait par le Türkmenistan, traverserait la Caspienne par bateau jusqu'à Bakou, en Azerbaidjan, d'où elle gagnerait Kars pour se raccorder au réseau anatolien." (p. 437-438)

Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs. Deux mille ans du Pacifique à la Méditerranée, Paris, Fayard, 2000 :

"Le panturquisme a pris naissance dans l'Empire ottoman décadent et dans la Russie en révolution comme une ultime conséquence du nationalisme européen, comme une compensation des reculs et des défaites, en concurrence avec le panislamisme qui se révélait décevant et ne convenait guère à des libéraux, à des hommes qui se voulaient modernes et étaient imprégnés des idées de la révolution de 1789. Il ne fut guère illustré que par Enver Pacha, une des têtes de l'Empire pendant la Première Guerre mondiale, qui trouva une mort obscure, en 1922, en poursuivant son rêve dans les immenses étendues de l'Asie centrale alors secouée par le séisme du bolchevisme. L'ardeur relative que le panturquisme avait eue en Russie avant l'écroulement du tsarisme fut davantage contrariée par le panislamisme. Son but n'était pas d'ailleurs le regroupement de tous les turcophones du monde, mais la formation d'une république ouverte à ceux vivant dans les frontières de ce qui allait devenir l'URSS. Il fut vite arrêté par la volonté des autorités de ne pas créer un bloc turco-musulman et par l'institution de plusieurs républiques fédérées." (p. 26)

"Si l'on sonde un peu les coeurs, on se rend vite compte à quel point sont sensibles la conviction et la fierté qu'ont tous les Turcs d'appartenir à la turcicité. Les Turcs de Turquie montrent un intérêt évident pour les Turcs d'Asie centrale et proclament volontiers qu'ils se soucient peu que les Azéris relèvent du chiisme puisqu'ils relèvent aussi de la turcophonie. Les Turcs d'Asie centrale paient bien de retour les sentiments qu'on leur porte ; ils le faisaient déjà aux plus beaux jours du communisme, comme ils en ont donné maintes preuves publiques. pourtant, tout turcs qu'ils sont et qu'ils veulent être, ils semblent pris entre deux allégeances, l'une de coeur, l'autre de raison. Citoyens des Républiques créées artificiellement, sans vraies assises nationales, ils ont besoin pour affirmer leur existence, de se proclamer Azéris, Kazakhs, Kirghiz, Türkmènes, Ouzbeks, ce qui les met en porte à faux, non seulement avec la turcophonie, mais avec leurs nationaux relevant de groupes minoritaires turcophones et surtout iranophones. Toute affirmation nationale des Ouzbeks, en particulier, est ressentie comme hégémonique par les Tadjiks, voire par les Kazakhs ou les Türkmènes, et cela d'autant plus que Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan (2,5 millions d'habitants aujourd'hui, deuxième ville du monde turc après Istanbul et Ankara), apparaît comme la métropole naturelle de l'Asie centrale.

Des relations étroites se sont cependant établies entre les Turcs de la CEI et Turcs de Turquie. Des centaines d'accords économiques, politiques, culturels (près de 400 déjà en 1998) ont été signés entre la Turquie, les Républiques d'Asie centrale et l'Azerbaïdjan. les sociétés privées de la première ont largement investi dans les autres (6,5 millions de dollars US), avec le souci de ne pas se laisser trop distancer par des pays dont les moyens sont supérieurs, les Etats-Unis, le Japon ou l'Europe occidentale. On multiplie les visites de chefs d'Etat, les entretiens, les congrès, parfois pour constater ce qui sépare autant que ce qui unit : dans les premiers temps, on avait cru pouvoir se passer d'interprètes, et on n'était arrivé qu'à ne pas se comprendre ! On tente aujourd'hui de fabriquer une langue commune. C'est pour se rapprocher des Turcs de Turquie et de l'Occident que les jeunes Républiques indépendantes ont décidé de remplacer les caractères cyrilliques par les latins : ce qui ne fera jamais que le quatrième alphabet utilisé en un siècle ! Des bourses sont offertes à des étudiants pour qu'ils viennent achever leur formation dans les universités du Bosphore ou en Anatolie. Un satellite turc diffuse des programmes de télévision.

Communauté linguistique et efforts de rapprochement peuvent déboucher quelque jour sur une « ligue turque », comme il y a une ligue arabe, ce qui ne serait pourtant pas une union. Le panturquisme, qui fut à la mode dans les premières décennies du XXe siècle, n'est pas mort, mais il semble relever quelque peu de l'utopie, bien que le mouvement du monde conduise à de grandes fédérations (et, paradoxalement en apparence, à un réveil de toutes sortes de nationalismes, tadjik, kurde, tchétchène, pour rester dans notre sujet) ; bien qu'il soit de plus en plus de difficile de demeurer isolé ; bien qu'une « Grande Turquie » puisse apparaître, du moins pour Ankara, comme une alternative à l'Europe. Mille difficultés se dressent devant elle dont la moindre n'est pas la dispersion, l'absence de frontières communes. L'Arménie sépare les Turcs « occidentaux », ceux de Turquie et d'Azerbaïdjan ; la Caspienne et le monde iranien séparent ceux-ci des Turcs « orientaux ». L'organisation de coopération économique (ECO), restructurée et élargie en 1992, a été obligée de tenir compte de la réalité géographique puisque les pays adhérents (Turquie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Türkmenistan, Iran, Tadjikistan, Afghanistan et Pakistan) sont turcs et iraniens (ou indo-iraniens)." (p. 417-419)

mercredi 17 novembre 2010

Le Turc ottoman, un être hautement civilisé

Robert Mantran, Istanbul au siècle de Soliman le Magnifique, Paris, Hachette Littératures, 2008 :

"Dans l'ensemble, le Turc est un individu calme, ennemi des grands mouvements d'humeur : il laisse cela à la soldatesque, à la racaille des tavernes. Lui se contente de mener une vie paisible, familiale, conforme aux préceptes coraniques. Il est dévot sans excès, il est assidu à la mosquée, mais pas plus qu'il ne faut, en se gardant bien de ne l'être pas assez, car il peut alors encourir les foudres du mouhtésib qui a droit de punir les mauvais croyants, ceux qui ne pratiquent pas le jeûne du ramadan ou ne se rendent pas à la mosquée pour la prière du vendredi. Il a une ambition très limitée, car il sait que Dieu l'a mis à une place déterminée dans la société, et qu'il lui est quasi impossible de sortir de son milieu social ou professionnel. Si bien qu'il se contente de ce qu'il a et s'efforce de vivre en fonction de ses moyens, en bonne intelligence avec ses collègues, ses voisins, même s'ils sont des non-musulmans. Il n'est pas fanatique, et de fait on ne signale aucun pogrom, aucune manifestation antichrétienne, aux XVIe et XVIIe siècles. Juifs, Grecs et Arméniens de leur côté se gardent de toute action pouvant avoir un caractère de provocation contre les musulmans, de sorte qu'on peut affirmer que le climat humain de la ville est bon, même si parfois les conditions politiques ou économiques apportent quelque difficulté passagère." (p. 287)

"L'usage a prévalu en Occident de considérer le Turc comme un barbare, féroce, cruel, sanguinaire. A lire les récits des voyageurs européens qui ont visité Istanbul et parcouru l'Empire ottoman aux XVIe et XVIIe siècles, il n'y paraît guère. Ce qui ressort, au contraire, c'est l'absence de fanatisme à l'égard des étrangers, c'est le goût des belles choses, c'est la douceur de vivre : tableau idyllique, qui dépasse certainement la réalité, mais qu'on ne saurait sous-estimer, surtout si l'on compare la vie des Stambouliotes à celle de leurs contemporains de Paris, Londres et de quelque cité d'Occident. Il reflète une civilisation mal connue, mais qui n'en a pas moins été capable de faire de Constantinople-Istanbul la première ville du vieux monde, en un temps où l'Occident n'avait pas encore définitivement accaparé l'histoire..." (p. 308-309)

mardi 16 novembre 2010

Chronologie de la géopolitique turque

1921 : traités d'amitié entre les kémalistes et la Russie bolcheviste, accord entre les kémalistes et la France sur la Cilicie.

1923 : traité de Lausanne.

1925 : traité de neutralité avec l'URSS.

1928 : traité d'amitié avec l'Italie.


1932 : adhésion à la SDN (Société des Nations).

1934 : Pacte balkanique (Turquie, Yougoslavie, Roumanie, Grèce).

1935 : soutien aux sanctions de la SDN contre l'Italie après l'invasion de l'Ethiopie.

1936 : Convention de Montreux.

1937 : Pacte de Saadabad (Turquie, Irak, Iran, Afghanistan), reconnaissance du gouvernement du général Franco en Espagne.


1938 : traité d'amitié avec la France.

1939 : refus d'entériner l'annexion italienne de l'Albanie (maintien d'une mission diplomatique albanaise), accord avec la France sur la cession du sandjak d'Alexandrette, traité d'assistance mutuelle avec l'Angleterre et la France (excluant toute entrée en guerre contre l'URSS).

1941 : pacte de non-agression et d'amitié avec la Bulgarie, traité de non-agression avec l'URSS, traité d'amitié avec l'Allemagne (suivi d'un traité de commerce), inclusion dans la loi américaine
prêt-bail.

1944 : rupture des relations diplomatiques avec l'Allemagne.

1945 : déclaration de guerre formelle à l'Allemagne.

1947 : accord d'assistance militaire avec les Etats-Unis (suite aux revendications soviétiques sur Kars, Ardahan et les Détroits), vote à l'ONU contre le plan de partage de la Palestine en 1947 (aux côtés des autres pays musulmans).

1948 : adhésion à l'OECE (Organisation Européenne de Coopération Economique) issue du Plan Marshall.

1949 : reconnaissance de l'Etat d'Israël, adhésion au Conseil de l'Europe.

1950 : envoi d'un contingent dans le cadre de l'ONU en Corée.

1951 : adhésion à l'OTAN.

1952 : établissement de relations diplomatiques avec Israël.

1954 : Pacte balkanique (Turquie, Grèce, Yougoslavie).

1955 : Pacte de Bagdad (Turquie, Irak, Iran, Pakistan).

1956 : rappel de l'ambassadeur à Tel-Aviv lors de la crise de Suez.

1958 : accord de coopération secret avec Israël.

1959 : adhésion au CenTO (Central Treaty Organisation), demande d'adhésion à la CEE comme membre associé.

1960 : adhésion à l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques).

1963 : accord d'association avec la CEE.

1964 : création de la Coopération Régionale pour le Développement avec l'Iran et le Pakistan.

1965 : refus de participer à la force nucléaire multilatérale de l'OTAN suite à la lettre du président américain Johnson mettant en garde contre une intervention turque à Chypre.

1967 : condamnation d'Israël à l'ONU suite à la guerre des Six Jours (réclamation du retrait des territoires arabes occupés, critique de l'annexion de Jérusalem-Est), interdiction du survol des avions de reconnaissance américains.

1969 : adhésion à l'OCI (Organisation de la Conférence Islamique).

1971 : établissement de relations diplomatiques avec la République populaire de Chine.

1973 : interdiction aux Américains d'utiliser les bases de l'OTAN pour ravitailler Israël lors de la guerre du Kippour (et tolérance du survol des avions soviétiques ravitaillant les belligérants arabes).

1974 : intervention militaire à Chypre, vote de la résolution reconnaissant les droits inaliénables du peuple palestinien à l'ONU.

1975 : établissement de relations diplomatiques avec l'OLP, adhésion à l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), vote de la résolution assimilant le sionisme au racisme à l'ONU, fermeture des bases américaines en riposte à l'embargo sur les armes voté par le Congrès américain.

1978 : accord sur les principes de bon voisinage et de coopération amicale avec l'URSS.

1979 : ouverture d'un bureau de l'OLP à Ankara, reconnaissance de la République islamique d'Iran.

1980 : accord de défense et de coopération économique avec les Etats-Unis, refus d'appliquer les sanctions commerciales américaines contre l'Iran, rappel du personnel diplomatique à Tel-Aviv en protestation contre la proclamation de Jérusalem comme capitale d'Israël.

1983 : reconnaissance de la RTCN (République turque de Chypre du Nord), accord avec l'Irak contre les combattants séparatistes kurdes.

1985 : création de l'Organisation de Coopération Economique avec l'Iran et le Pakistan.

1987 : renouvellement de l'accord de défense et de coopération économique avec les Etats-Unis, déposition de la candidature d'adhésion à la CEE.

1988 : reconnaissance de l'Etat de Palestine.

1991 : participation à la guerre du Golfe dans les rangs de la coalition.

1992 : soutien à la reconnaissance internationale de la Bosnie-Herzégovine, refus de rappeler l'ambassadeur à Belgrade, accord de coopération militaire avec la Bulgarie, accords de coopération avec l'Albanie, accord sur l'éducation militaire avec l'Azerbaïdjan, création de l'Organisation de Coopération Economique de la Mer Noire.

1993 : création de la TÜRKSOY (Administration Conjointe de la Culture et des Arts Turcs) regroupant les pays turcophones, mémorandum avec l'Ukraine en vue de l'établissement d'une coopération militaire.

1995 : adhésion à l'OMC, traité d'amitié et de coopération avec la Macédoine, accord de coopération militaire avec la Bosnie-Herzégovine, accord d'union douanière avec l'UE.

1996 : accords de coopération militaire avec Israël, accord énergétique avec l'Iran (fourniture de gaz iranien), contribution à la SFOR (OTAN) en Bosnie-Herzégovine.

1997 : accord d'assistance militaire et de coopération avec la Géorgie.

1998 : proposition d'une solution autonomiste pour le Kosovo (respectant l'intégrité territoriale de la Yougoslavie), menace d'intervention militaire contre la Syrie en raison de son soutien au PKK.

1999 : contribution à la KFOR (OTAN) au Kosovo, adhésion au G20.

2001 : contribution à l'ISAF (OTAN) en Afghanistan.

2002 : accord sur la fourniture d'eau douce à Israël.

2003 : opposition à la guerre en Irak (interdiction aux Américains d'utiliser leurs bases sur le territoire turc).

2004 : soutien au plan onusien de réunification de Chypre.

2005 : accord sur la fourniture de 50 millions de m3 d'eau douce par an et pendant 20 ans à Israël, inauguration de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, médiation en vue de la normalisation des relations entre le Pakistan et Israël, lancement des négociations d'adhésion à l'UE.

2006 : abolition du régime des visas avec la Géorgie, ouverture du gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum, contribution à la FINUL (ONU) au Liban.

2007 : ouverture de l'aéroport turco-géorgien de Batoumi, accord préliminaire de principe avec l'Iran pour le transport de gaz vers l'Europe, réunion tripartite à Ankara en vue d'un accord de paix entre l'Autorité palestinienne et Israël, inauguration d'un gazoduc turco-grec acheminant le gaz de la Caspienne vers l'Europe, accord de libre-échange avec la Géorgie, raids aériens contre les bases du PKK dans le nord de l'Irak.

2008 : offensive militaire contre les bases du PKK dans le nord de l'Irak, médiation dans les négociations indirectes entre la Syrie et Israël, proposition d'une plate-forme pour la stabilité et la coopération du Caucase, cessation du soutien à la candidature russe auprès de l'OMC (en réponse aux mesures de rétorsion russes contre les entreprises turques).

2009 : annulation des manoeuvres militaires communes avec Israël, accord de coopération militaire avec l'Irak contre le PKK, accord en vue de la réalisation du projet de gazoduc Nabucco (UE), acceptation du projet de gazoduc South Stream (Russie), abolition du régime des visas avec la Syrie, accord avec l'Arménie en vue de la normalisation des relations entre les deux pays.

2010 : accords sur la coopération bilatérale avec la Russie, abolition du régime des visas avec le Liban, établissement de manoeuvres militaires communes avec la Syrie, accord sur l'abolition du régime des visas avec la Russie, accords de coopération économique avec la Grèce, accord avec le Brésil et l'Iran sur un projet d'échange d'uranium iranien, accord de coopération militaire avec l'Arabie saoudite, normalisation des relations avec le gouvernement régional kurde d'Irak (au détriment du PKK), proposition d'une médiation en vue de la réconciliation du Fatah et du Hamas, accord de libre-échange avec la Serbie, établissement de manoeuvres militaires communes avec la Chine, ralliement au projet de défense anti-missiles de l'OTAN.

Chronologie des réformes kémalistes

1924 : abolition du califat, suppression des tribunaux religieux et des medrese.

1925 : interdiction du port du fez et du turban au profit du chapeau, dissolution des tarikat (confréries religieuses), fermeture des tekke (couvents de derviches) et des türbe (tombeaux de saints), suppression des ulema, obligation du mariage civil.

1926 : adoption du calendrier grégorien, du Code civil suisse, du Code commercial allemand et du Code pénal italien, interdiction de la polygamie.

1928 : séparation de l'islam et de l'Etat, adoption de l'alphabet latin, réforme de la langue turque la purgeant de ses éléments arabo-persans.

1929 : interdiction de l'enseignement de la langue arabe.

1930 : droit de vote et éligibilité pour les femmes aux élections municipales.

1931 : adoption du système métrique universel.

1932 : création des Maisons du peuple.

1933 : institution de l'appel à la prière en turc.

1934 : mosquées inutilisées rendues à des fins civiles, droit de vote et éligibilité pour les femmes aux élections générales, obligation de prendre un nom de famille, suppression des anciens titres de paşa, dey, efendi et ağa.

1935 : institution du dimanche comme jour de repos hebdomadaire.

1938 : interdiction des associations religieuses.

1940 : création des Instituts de village.

jeudi 11 novembre 2010

Le point de vue mitigé des généraux turcs par rapport à l'Occident

Kenan Evren (président de la République), discours au Collège de guerre, cité dans Cumhuriyet du 4 octobre 1983 :

"Si nous sommes exclus du Conseil de l'Europe, ils n'auront plus la la possibilité de faire pression sur nous. C'est parce qu'ils veulent continuer à exercer cette pression qu'ils n'ont pas eu le courage de nous exclure. Mais laissez-moi vous dire encore une fois ceci : la République de Turquie ne doit pas son existence à sa participation au Conseil de l'Europe. La République de Turquie existe depuis des années et des années et la Nation turque continuera d'exister, qu'elle soit ou non membre du Conseil de l'Europe."

Tuncer Kılınç (secrétaire général du Conseil national de sécurité), déclaration, 7 mars 2002 :

"L'Europe ne veut pas et d'ailleurs ne peut pas nous admettre ; cessons de nous bercer d'illusions et cherchons une autre orientation, qui ne peut être qu'un rapprochement avec, non pas le monde arabe, mais l'Iran et la Russie."

Hilmi Özkök (chef de l'état-major), discours à Istanbul, 20 avril 2005 :

"A peu près 99 % de la population turque est musulmane. Mais la Turquie est un Etat de droit, laïque et démocratique. Elle n'est ni un pays de l'islam, ni un Etat islamiste. Il serait erroné de nous montrer comme modèle pour démontrer que l'on peut transformer facilement les pays à majorité musulmane en Etats démocratiques. Ce qu'on oublie c'est que le moteur du développement de la démocratie turque c'est la laïcité."

"La République turque n'a pas de religion officielle. La République prend soin de ne pas mêler les préoccupations religieuses avec les affaires d'Etat et du monde et voit dans le progrès de notre nation en accord avec son temps, la condition sine qua non de la réussite. Les principes laïques constituent les valeurs-clés de la République turque. C'est seulement avec cette qualité que la Turquie peut être donnée comme exemple. Il faut avoir présent à l'esprit que toute la nation se dressera devant la volonté de ceux qui voudront la transformer en « un modèle de pays de l'islam modéré »."

mercredi 10 novembre 2010

L'AKP et le "jeu" américain au Moyen-Orient

Robert Kagan (néo-conservateur), interview avec Tony Jones, ABC, 8 novembre 2004 :

"Je pense que nous devrions être prêts à voir l'influence de l'islam et de la charia dans le système irakien.

Je pense que l'un des développements les plus encourageants a été l'arrivée au pouvoir d'un parti islamique [l'AKP] en Turquie, par exemple.

Maintenant, la Turquie a, bien sûr, une tradition séculière beaucoup plus forte que l'Irak, mais je ne pense pas que nous devrions exiger le sécularisme comme une condition pour laisser les chiites prendre un certain pouvoir en Irak."

Richard Perle (néo-conservateur), interview au magazine Turkish Policy Quarterly, volume 4, n° 1, 2005 :

"Je pense que le gouvernement américain a adopté le point de vue pragmatique [sur l'AKP] : "Attendons de voir ce que fait le gouvernement." Il y avait beaucoup de gens qui craignaient que l'AKP serait une autre version du Parti de la Prospérité et tenterait une transformation islamiste extrême. Il y en avait d'autres qui n'étaient pas d'accord. Nous avons écouté ce que Tayyip Erdoğan disait et il n'approuvait pas l'ordre du jour radical, les dirigeants de l'AKP non plus. Nous avons donc décidé d'attendre et de voir ce qui arriverait. Jusqu'ici, je n'ai pas vu de base pour s'attendre aux politiques extrêmes que certaines personnes craignaient."

Graham E. Fuller (expert issu de la CIA), interview à Zaman, 18 janvier 2006 :

"L’approche turque [vis-à-vis de la Syrie] est certainement la plus sensée. Il existe deux zones sur lesquelles l’indépendance de la Turquie vis-à-vis de Washington a été appréciable. L’Irak, d’une part : une implication turque en Irak aurait conduit à de très sérieuses complications en assimilant la Turquie à une force d’occupation qui l’aurait affrontée à la colère des sunnites et des autres. Elle y a échappé et se réserve ainsi la possibilité de jouer un rôle majeur en Irak lorsque les Américains se retireront. Mais il a été sage de ne pas prendre part à l’erreur américaine. La Syrie de son côté est certainement un pays prêt à certains changements, à une ouverture et à une évolution vers plus de modération. Et je pense que la Turquie a ici un très grand rôle à jouer. Je ne pense pas que la politique d’isolation suivie par les USA mène à grand chose.

Ni avec la Syrie, ni avec l’Iran d’ailleurs. L’Iran serait la troisième zone sur laquelle la politique turque pourrait différer de la politique américaine. Et les approches turques sont plus sages et plus appropriées quant il s’agit de traiter les réalités iraniennes. J’espère que la Syrie sera désormais très attachée et attirée par la Turquie ; elle cherche à prendre part à l’expérience turque. Je peux constater combien la Turquie est en train de devenir une sorte d’aimant, d’une façon que le Kurdistan irakien pourrait aussi copier en essayant de s’associer de très près à la Turquie."

Morton Abramowitz (ex-ambassadeur en Turquie) et Henri J. Barkey (professeur en relations internationales), "Turkey's Transformers", Foreign Affairs, novembre-décembre 2009 :

"Beaucoup de changements politiques qu’il [Erdogan] a menés perdureront, mais une politique turbulente peut mettre en danger son héritage. Si l’AKP devait perdre les prochaines élections, par exemple, les progrès sur la question des droits des Kurdes seraient probablement retardés pendant une longue période. (...)

Les relations de la Turquie avec l’Arménie sont peut-être au goût du jour, parce qu’Obama a besoin de gérer l’électorat arménien-américain. Se concentrer sur cela uniquement sans reconnaître l’ouverture de l’AKP vers les Kurdes (qui offre une chance de transformer la Turquie de façon importante) serait une terrible erreur. Les Etats-Unis devraient soutenir les efforts de l’AKP en se tenant à l’écart du débat sur la réforme en Turquie et en encourageant la démobilisation du Parti des Travailleurs Kurdes, ou PKK, dans le nord de l’Irak.

L’AKP a une opportunité unique de changer la société turque, de changer la constitution du pays et son système politique archaïque, et de faire la paix avec ses voisins et sa propre population. Il semble prêt à s’y mettre. Mais il a besoin d’aide. L’Occident ne devrait pas agir comme si la Turquie allait dans la bonne direction à tout égard, mais il peut aider la Turquie à rester sur la bonne voie pour devenir une démocratie libérale tolérante."

Jean-Paul Roux, entretien à L'Express, 12 décembre 2002 :

"En 1946, les Etats-Unis ont fait pression sur les Turcs pour qu'ils se dotent du bipartisme, encourageant ainsi la création d'un parti religieux qui leur paraît une barrière contre le communisme. J'ai vu de mes yeux des agents non turcs accompagner les gens au bureau de vote et leur donner un bakchich pour déposer un bulletin intégriste... C'est l'engrenage."

mercredi 3 novembre 2010

Les Turcs de la Dobroudja

Eugène Pittard, La Roumanie ; Valachie, Moldavie, Dobroudja, Paris, Bossard, 1917, p. 297-299 :

"La population turque, considérée du point de vue anthropologique, constitue une masse hétérogène. Déjà en Asie, avant que s'ébranlent les contingents qui submergeront l'Europe du sud-est, elle est formée d'éléments ethniques divers.

Telle que nous la connaissons aujourd'hui, la race turque est une belle race, et dans cette Péninsule des Balkans où l'on rencontre de remarquables types humains, les Turcs ne sont pas à l'arrière-plan. On ne rencontre jamais chez eux les souvenirs mongoloïdes que l'on signale souvent chez les Tartares.

Généreux, honnêtes, paisibles, hospitaliers, les Turcs de la Dobroudja m'ont paru dignes d'une véritable estime. Souvent, d'ailleurs, de hauts fonctionnaires roumains m'ont confirmé cette impression. Je me demande quelle doit être aujourd'hui l'attitude de ces hommes, agrégés depuis 1878 au corps politique roumain, devenus soldats du royaume, et qui voient passer, devant eux, les régiments turcs, envoyés au secours des Bulgares par leur ancienne patrie.

L'origine ethnique indiscutable des Turcs n'est pas encore connue. Dans certaines terminologies on les appelle des Ouralo-Altaïques, dans d'autres, des Ougro-Finnois, mais ces définitions sont tellement vagues qu'elles ne signifient rien du tout. Sous l'étiquette de Turcs, on a enrôlé des populations asiatiques diverses — probablement apparentées par la langue qu'elles parlaient, mais qui, somatologiquement, n'avaient aucune raison d'être confondues avec les Turcs.

On a cru aussi que les Huns étaient des Turcs, mais il y a entre la description connue de Jornandès et les caractères extérieurs d'un Turc, un abîme. Rien ne ressemble moins à un Turc qu'un des hommes d'Attila.

Depuis la guerre de 1877-1878 on a assisté, dans tous les pays qui furent autrefois sujets de la Porte, à un exode marqué des Turcs. Les Osmanlis ont repris, par étapes, et en sens inverse, le chemin parcouru par leurs aïeux. Qui aurait prédit, au moment où cette vague immense recouvrait toute l'Europe du sud-est et menaçait Vienne, qu'il suffirait de quatre cents ans pour la faire revenir à son point de départ ? Le rêve prophétique d'Osman, après avoir paru se réaliser, n'est plus aujourd'hui qu'un petit amas de cendres...

Cette puissance politique et militaire, devant qui l'Eurasie trembla, et à laquelle tant de gouvernements européens proposèrent des alliances, repassera-t-elle, à la fin de cette guerre, les détroits ? Je ne suis pas de ceux qui pensent que ce serait pour le plus grand bien de l'Europe."

Aspect et beauté physiques des Turcs

Dominique Alexandre Godron :

"Les Turcs Osmanlis, les plus anciennement civilisés de toute la race [turque] et qui, depuis huit siècles, sont établis dans l'empire Ottoman, se distinguent aujourd'hui des Kirghis et des autres peuplades turques, qui errent encore dans les grandes plaines de l'Asie centrale. Ils constituent une très-belle race humaine ; ils ont la barbe épaisse et longue, les yeux coupés en amande et non pas bridés, et l'on trouve en outre dans l'ensemble de leur organisation et dans leur physionomie beaucoup de caractères qui sont ceux du type Européen, même dans la conformation de la tête et du crâne, qui a cessé d'être pyramidal. On prétend, toutefois, pour expliquer ces changements, qui se sont opérés dans la race turque et qui ont transformé ses caractères mongols en caractères caucasiens, à l'introduction dans les harems d'esclaves circassiennes. Cette cause n'a pu évidemment avoir d'influence que sur les riches et sur les grands, qui seuls ont des harems et peuvent les peupler de Femmes blanches. Mais la masse de la population n'a certainement pas formé d'unions en dehors de son propre sein. D'une autre part la haine des Grecs pour leurs conquérants et les antipathies religieuses si vivaces entre les deux races n'ont pas non plus favorisé les alliances, puisque les deux peuples, bien que vivant ensemble, sont encore aujourd'hui aussi séparés qu'au premier jour de la conquête." (De l'espèce et des races dans les êtres organisés et spécialement de l'unité de l'espèce humaine, Paris, J. B. Baillière et fils, 1859, p. 322)


Eugène Pittard :

"La population turque, considérée du point de vue anthropologique, constitue une masse hétérogène. Déjà en Asie, avant que s'ébranlent les contingents qui submergeront l'Europe du sud-est, elle est formée d'éléments ethniques divers.

Telle que nous la connaissons aujourd'hui, la race turque est une belle race, et dans cette Péninsule des Balkans où l'on rencontre de remarquables types humains, les Turcs ne sont pas à l'arrière-plan. On ne rencontre jamais chez eux les souvenirs mongoloïdes que l'on signale souvent chez les Tartares. (...)

L'origine ethnique indiscutable des Turcs n'est pas encore connue. Dans certaines terminologies on les appelle des Ouralo-Altaïques, dans d'autres, des Ougro-Finnois, mais ces définitions sont tellement vagues qu'elles ne signifient rien du tout. Sous l'étiquette de Turcs, on a enrôlé des populations asiatiques diverses (probablement apparentées par la langue qu'elles parlaient, mais qui, somatologiquement, n'avaient aucune raison d'être confondues avec les Turcs).

On a cru aussi que les Huns étaient des Turcs, mais il y a entre la description connue de Jornandès et les caractères extérieurs d'un Turc, un abîme. Rien ne ressemble moins à un Turc qu'un des hommes d'Attila." (La Roumanie ; Valachie, Moldavie, Dobroudja, Paris, Bossard, 1917, p. 297-298)

"Telle que nous la connaissons aujourd'hui, la race turque est une belle race, et dans cette Péninsule des Balkans où l'on rencontre de remarquables types humains, les Turcs sont loin d'être à l'arrière-plan. Et tout de suite, nous pouvons dire, nous qui avons vu beaucoup de Turcs, que très peu d'entre eux pourraient imaginer une origine rapprochée de celle des Mongols. Il ne faut pas complètement perdre de vue que, par l'institution du harem, il a pu entrer une petite quantité de sang étranger dans les veines du peuple turc. (...) Mais ces mélanges, certains, appellent aussi quelques explications. D'abord, cette introduction de sang étranger n'a guère affecté que la partie la plus riche de la population, celle qui pouvait se payer le luxe d'une polygamie plus ou moins étendue. Ce seraient donc quelques gouttes, dans un grand vase ; elles ne changeraient pas beaucoup la nature du liquide. On sait que les aristocraties sont les groupements sociaux qui ont toujours été les plus métissés. La noblesse, dans tous les pays, n'est guère une noblesse de race. Ensuite, il y en avait certainement un assez grand nombre, de ces Géorgiennes, de ces Grecques, de ces Arabes, qui pouvaient être considérées, tout en possédant d'autres qualificatifs, comme appartenant à la même race que les Turcs." (Les races et l'histoire : introduction ethnologique à l'histoire, Paris, Albin Michel, 1953, p. 393)


Claude Farrère :

"Un Turc, n'allez pas vous figurer que ça ressemble de près ni de loin à aucune espèce de nègre ! Dieux, non ! Au milieu du pêle-mêle balkanique (parmi les Grecs à cheveux bleus, les Bulgares à pommettes jaunes, les Arméniens à nez crochu), les vrais Osmanlis, mi-Circassiens, mi-Turkmènes, font plutôt figure d'hommes du nord, d'Anglais ou de Flamands, voire de Français, fourvoyés, Allah sait pourquoi ! dans la galère levantine." (L'Extraordinaire Aventure d'Achmet Pacha Djemaleddine : Pirate, Amiral, Grand d'Espagne et Marquis, Charleston, BiblioBazaar, 2009, p. 267)



Aimé-François Legendre :

"Le Turc est l'un des plus beaux spécimens de la race blanche, grand, avec un visage long et ovale, un nez mince, droit ou arqué, des lèvres fines, des yeux assez ouverts, très souvent gris ou bleus, sans sourcils proéminents.

Il est inutile d'ajouter que les Magyars et les Bulgares font également partie de la race blanche, même si un certain auteur les a récemment assignés à la race jaune, comme le Turc également, anciennement confondus avec les Huns et les Mongols.

De la même façon, n'a-t-on pas écrit, et des imitateurs n'ont-ils pas répété, que les Turcs ottomans devaient leur beau type physique à l'institution du harem ? Comme si la possession d'un grand nombre de femmes étrangères était possible pour la masse des Turcs ! Comment les habitudes de quelques personnes privilégiées pourraient affecter le caractère ethnique de toute une race ?

Maintenant, il y a certains faits historiques indéniables qui rappellent que la plus grande partie des armées d'Attila, et plus tard celles de Gengis Khan, étaient composées de Turcs, d'Iraniens, et de Wou-soun aux yeux bleus. Et tous ces peuples de race caucasienne étaient les véritables Huns, les Mongols, les guerriers barbus de grande stature dont les annales chinoises parlent (des guerriers irresistibles à cause de leur supériorité en termes d'organisation et d'équipement)." (Modern Chinese civilization, Ayer Co Pub, 1972, p. 221)



Tekin Alp :

"Voici encore des ouvrages persans écrits sept à huit siècles auparavant qui nous font le portrait des princes et des héros turcs Seltchoukis, des Alp Arslan et des Melikchah et de leur époque, presque tous sont de taille gigantesque. Ils ont des cheveux longs et ondulés, des visages beaux et longs et des poitrines larges. Les auteurs arabes d'il y a dix siècles décrivent à leur tour les « Atabey » qui ont régné pendant longtemps sur la Syrie et la Mésopotamie. Tous les princes de cette dynastie sont présentés par les auteurs arabes comme étant de couleur blanche, de taille élancée, ayant des fronts larges et de grands et beaux yeux. Mêmes caractéristiques chez les Seltchoukis d'Anatolie rapportées par les auteurs arabes de l'époque.

Les pionniers de la révolution kemaliste font de larges citations du célèbre poète persan Firdevsi ainsi que de différents poèmes et épopées des autres poètes persans qui décrivent des personnages légendaires turcs avec des caractéristiques morphologiques qui n'ont absolument rien de commun avec celles des Mongols. Surtout la beauté des femmes turques avec leur longue taille, leur couleur rose, leurs lèvres rouges, leur petite bouche, leurs sourcils arqués, leurs longs et abondants cheveux, est particulièrement exaltée par Firdevsi et autres poètes persans célèbres." (Le Kemalisme, Paris,
Félix Alcan, 1937, p. 116-117)


Carleton S. Coon :

"Dans ces dimensions, les Turcs ressemblent aux méditerranéens et aux alpins des Balkans, leurs visages ne sont pas assez longs pour des dinariques exagérés. (...)

La couleur de la peau non-exposée des Turcs est surtout blanche-brune ou basanée (von Luschan # 11-16), la couleur des cheveux, dans 90 % des cas, est le brun foncé. Les cheveux noirs, toutefois, se trouvent dans moins de 5 % des cas, et le blondisme est rare. Le ratio de cheveux bruns foncés est constant, sauf dans les provinces de l'Est, où il est proche de 100 %. Les poils de la barbe sont souvent plus clairs que les cheveux, seulement 70 % sont noirs ou bruns foncés, tandis que les tons roux sont trouvés dans près de 10 % des cas. Les barbes roussâtres ou blondâtres sont de loin plus communes à l'Ouest et au Nord que dans les autres provinces, et sont trouvées dans un tiers du groupe observé dans ces lieux.

Les yeux purement sombres sont trouvés dans 40 % du total, tandis que 40 % des autres possèdent des yeux foncés mixtes, dont beaucoup semblent bruns d'après une observation occasionnelle. Les autres 20 % sont presque entièrement composés d'hommes qui possèdent des iris mélangés ou clairs-mélangés, mais avec moins de 2 % de clairs purs. Dans l'ensemble, les Turcs d'Anatolie sont de pigmentation brune de manière prévalente, mais bruns dans une condition où la peau est blanche-brune, les cheveux bruns foncés et les yeux marrons foncés ou mixtes. Il y a plusieurs teintes de brun en ce qui concerne la couleur des yeux, et il est évident que plus d'une souche brune est présente. La quasi-absence de cheveux noirs, toutefois, la présence de tâches de rousseur, et le haut taux de mélange des yeux, lorsqu'ils sont combinés aux données métriques, indiquent que la principale souche brune est une forme alpine. (...)

Le caractère dinarique associé à un profil nasal convexe se trouve dans 58 % du total, le ratio est légèrement plus élevé dans le Nord et l'Est que dans l'Ouest. (...)

Les Turcs d'Anatolie sont pour la plupart des méditerranéens cappadociens, avec un mélange d'alpins en quantité suffisante pour produire la transformation dinarique." (The Races of Europe, chapitre XII, section 17 : "The Osmanli Turks", New York, The Macmillan Company, 1939)



Jean-Paul Roux :

"Les peuples turcs que nous voyons aujourd'hui installés dans les limites de la Turquie et répandus en Europe orientale et en Asie des plaines du nord de la mer Noire jusqu'aux rives de l'Océan Pacifique sont originaires de l'Asie Centrale. Ils sont partiellement au moins de race jaune 1. Toutefois en ce qui concerne ceux qui habitent la République turque, leur mélange avec les populations indigènes (telles que les Grecs) et leur occidentalisation ont détruit presque totalement les caractéristiques mongoliques et on a souvent l'habitude de les considérer comme de purs Européens. Eux-mêmes revendiquent d'appartenir à la race blanche, leur langue fait partie de la grande famille linguistique ouralo-altaïque ou, plus exactement, de la branche altaïque qui groupe le Mongol, le Mandchou et le Turco-Tatar. (...)

1. Cette question est loin d'être tirée au clair. On constate que les Turcs d'Asie Centrale sont actuellement de race jaune. L'Asie Centrale étant le berceau des Turcs on a conclu peut-être trop vite qu'ils descendaient d'une même souche ethnique. Cependant il est fort possible que dès les temps les plus anciens il y ait eu des Turcs de race blanche à côté de Turcs de race jaune. Dans ce cas ce nom servirait à couvrir une unité linguistique et non pas une unité ethnologique. L'appartenance des Anatoliens à la race blanche serait peut-être due alors à une ascendance indo-européenne et non seulement à l'occidentalisation." (La Turquie : géographie, économie, histoire, civilisation et culture, Paris, Payot, 1953, p. 59)

"Les vainqueurs des Ouïghours [les Kirghiz] constituent un très vieux peuple turcophone habitant depuis la plus haute antiquité dans la vallée du moyen-Iénissei, en Sibérie méridionale, dans la région des villes actuelles de Minousinsk et d'Abakan. Dès l'époque des Han, un peu avant le commencement de l'ère chrétienne, les Chinois les connaissent par leur nom et les décrivent comme « des hommes blonds, aux yeux bleus », manifestement de type nordique. Plus tard, l'écrivain arabe Gardizi, qui s'appuie sur des sources anciennes inconnues, rapporte qu'ils ont des cheveux rougeâtres et un teint clair, ce qui l'incite à voir en eux des Slaves.

L'archéologie a confirmé les sources textuelles en mettant au jour des tombes d'hommes manifestement européanides. Cela pose le problème de l'appartenance, généralement admise, des turcophones à la « race jaune ». (...) Il est piquant de constater qu'ils [les Kirghiz] sont aujourd'hui les plus mongoloïdes des peuples turcs, sans doute parce qu'ils sont largement métissés avec des Mongols." (L'Asie centrale. Histoire et civilisations, Paris, Fayard, 1997, p. 206)

"Les archéologues ont cherché à localiser le peuplement turc le plus ancien dans des régions où les tombes contiennent des crânes exclusivement brachycéphales, c'est-à-dire présentant des caractères mongoloïdes. Ils ont eu probablement raison, bien que leur démarche pût être imprudente ; le rameau primitif des Turcs présente bien des caractères raciaux. Mais cette qualification anthropologique perd vite de sa pertinence. Dès avant l'ère chrétienne, on mentionne comme turc le peuple kirghiz composé d'hommes blonds, de haute taille, aux yeux bleus qui doivent être des Paléo-Asiates ou plutôt des Indo-Européens turquisés." (Histoire des Turcs. Deux mille ans du Pacifique à la Méditerranée, Paris, Fayard, 2000, p. 22)

"(...) on sait qu'en ces mêmes XIIe et XIIIe siècles les Turco-Mongols sont, avec leurs longues tresses, leurs pommettes saillantes, leurs yeux fendus en amande, l'idéal de la beauté humaine pour l'esthète musulman : quel charme n'ont-ils pas en effet sur les miniatures iraniennes et les fresques ghaznévides !" (ibid., p. 107)

"Les Iraniens louent sans réserve la supériorité militaire des Turcs mais n'oublient pas qu'ils les ont d'abord connus comme esclaves, ghulams, puissants certes, mais sans droits légaux. Retrouvant envers eux le regard qu'ils avaient jadis porté sur les Arabes, ils ont profondément conscience que leurs ancêtres avaient une civilisation bien plus élevée que la leur. Cela ne les empêche pas d'être sensibles à la beauté des femmes turques, « pleines de grâce et de vivacité », aux « yeux petits, mais séduisants », dira le médecin Ibn Butlan, mort en 1063. Les poètes chanteront inlassablement les yeux fendus en amande, les tresses noires, les visages ronds, en pleine lune, (...)." (Histoire de l'Iran et des Iraniens. Des origines à nos jours, Paris, Fayard, 2006, p. 318)