mardi 1 janvier 2019

La turcophilie française au temps de Louis XIV




Louis XIV, lettre à Abraham Duquesne (lieutenant général des armées navales), Brisach, 16 octobre 1681 :

"Pour cet effet, je vous dirai qu'il ne convient en aucune façon à mon service, ni au commerce que mes sujets font dans le Levant, d'en venir à une guerre ouverte avec le Grand Seigneur, et qu'il n'y a rien que vous deviez éviter avec plus grand soin, la disposition des affaires présentes de l'Europe ne me permettant pas de penser à présent à soutenir une guerre contre les Turcs, quelque certain qu'en puisse être le succès. Ainsi, non seulement vous devez persuader les officiers de la Porte, par toutes sortes d'assurances, que je ne veux point de guerre avec leur maître ; mais aussi vous ne devez rien faire, à l'égard des barques et vaisseaux turcs qui naviguent dans l'Archipel, qui puisse altérer l'alliance que j'ai avec le Grand Seigneur, quand même vous sauriez que ces barques porteraient des marchandises aux vaisseaux de Tripoli qui sont dans Chio."

François Michel Le Tellier de Louvois (secrétaire d'Etat à la Guerre), lettre à son frère (archevêque de Reims), Versailles, 25 avril 1689 :

"Les Turcs font merveilles. Ils ne veulent plus de paix, et toutes les lettres de Vienne disent que M. le duc de Lorraine ne viendra pas sur le Rhin."

Jean de La Fontaine (poète), lettre au duc de Vendôme, septembre 1689 :


"J'aime mieux les Turcs en campagne,
Que de voir nos vins de Champagne
Profanés par des Allemands [les Habsbourg]."

Madame de Sévigné (épistolière), lettre à Madame de Grignan, Les Rochers, mars 1690 :


"On nous envoie la liste des officiers généraux ; on parle de toutes sortes de voyages de Monseigneur [le Dauphin], généralissime sur le Rhin. Cela fait concevoir de grandes espérances de notre supériorité sur les ennemis. Notre frère le Turc fait des merveilles pour nous : le vizir est un Coprogli [Köprülü], toujours victorieux comme son père."

Voir également : L'Empire ottoman et l'Occident chrétien à l'époque moderne

XVIIe siècle : l'Europe des Habsbourg et l'"apaisement turc"


L'appartenance de l'Empire ottoman au système diplomatique européen

Louis XVI et Selim III


L'amitié franco-turque

samedi 8 décembre 2018

XVIe-XVIIe siècles : les musulmans puritains s'opposent à l'islam officiel ottoman




Ahmet Yaşar Ocak, "Idéologie officielle et réaction populaire : un aperçu général sur les mouvements et les courants socio-religieux à l'époque de Soliman le Magnifique", in Gilles Veinstein (dir.), Soliman le Magnifique et son temps. Actes du Colloque de Paris. Galeries Nationales du Grand Palais. 7-10 mars 1990, Paris, La Documentation Française, 1992, p. 187-188 :

"En ce qui concerne la deuxième grande catégorie de mouvements socio-religieux, nous y incluons les mouvements ou plutôt les courants apparus dans ce qu'on peut considérer comme les milieux intellectuels de la capitale ottomane, se composant des 'ulemâ et des soufis issus de la classe supérieure de la société ottomane. Il est cette fois encore nécessaire de distinguer ces mouvements, comme ceux de la première catégorie, en deux groupes, dont le premier se rapporte aux 'ulemâ de différentes tendances religieuses, et le second aux soufis appartenant à deux ordres de derviches célèbres à l'époque.

Le premier courant religieux né dans les milieux d''ulemâ est celui de Birgivî Mehmed Efendi et de ses disciples, représentant une tendance puritaine qui visait à purifier l'islam de tous les éléments mystiques, seuls responsables à leurs yeux de la décadence de la société musulmane. Birgivî et ses partisans accusaient les hommes d'Etat de l'époque, d'avoir encouragé les soufis par de nouvelles fondations de vakf. Pour soutenir sa thèse, Birgivî avait rédigé certains ouvrages et opuscules dans lesquels il critiquait sévèrement le Şeyh ül-islâm Ebû's-Su'ûd Efendi, représentant le plus éminent de l'islam officiel appuyé par l'Etat.

Par son comportement, Birgivî donnait l'image d'un vrai successeur de l'école hanbalite, et il partageait les idées d'Ibn Teymîye el-Harrânî (mort en 1328), célèbre théologien arabe. Si l'on étudie ses ouvrages, on constate en effet que Birgivî avait été fortement influencé par ce grand savant hanbalite, bien qu'il ait été lui-même hanéfite. Ainsi a-t-il réussi à former une école sunnite puritaine qui allait donner naissance, au XVIIe siècle, sous Murad IV, à un mouvement rigoriste représenté par les Kâdîzâdeli.

Bref, ce courant religieux à tendance hanbalite, qui se transformera avec le temps en un véritable mouvement religieux au XVIIe siècle, né au sein du hanéfisme, mais opposé au sunnisme pratiqué par le pouvoir central, doit être considéré comme un phénomène religieux très important dont l'influence s'exerce jusqu'à nos jours en Turquie."

Voir également : La pluralité de l'Islam turc

La législation ottomane : du kanun aux Tanzimat

Mehmet II et la lutte entre impériaux et cléricaux

Le réformisme du sultan Mahmut II

Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) : un sultan autoritaire et réformateur
  
Une hypothèse sur l'anticléricalisme kémalien

L'Empire ottoman : un "système beaucoup plus libéral qu'on ne le dit"

François-Georges Dreyfus, De Gaulle et le gaullisme : essai d'interprétation, Paris, PUF, 1982, p. 200 :

"Dans le monde arabe, la situation a été bouleversée en 1919, comme l'avait noté Lyautey : la déstabilisation du Moyen-Orient est le résultat d'une volonté franco-britannique. Jusqu'en 1917, de l'Adriatique jusqu'à Médine, il n'y a qu'un seul Etat, au système beaucoup plus libéral qu'on ne le dit, l'Empire ottoman qui regroupe les musulmans arabes et turcs.

Le Moyen-Orient a été déstabilisé après 1919 et se sont alors constitués trois ensembles : un ensemble turc indépendant, réduit à la seule Turquie d'aujourd'hui, un ensemble français qui réunit la Syrie et le Liban et un ensemble britannique qui groupe trois mandats, l'Irak, la Palestine, la Transjordanie, et l'Egypte. Tout ceci entraîne une série de conflits entre la France et la Grande-Bretagne qui se déroulent jusqu'à l'éviction de la France du Moyen-Orient en 1945."

Voir également : Les Tanzimat
  
Le régime politique ottoman : culture de consultation et respect viscéral des libertés de chacun

L'auto-administration dans l'Empire ottoman

Le mythe du "joug ottoman" dans les Balkans

dimanche 4 novembre 2018

Meurtres impunis de journalistes : la Turquie ne figure pas dans le classement du CPJ (2018)

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a dressé la liste des 14 pays qui enregistrent les pires résultats en matière de poursuites contre ceux qui tuent des journalistes, pour la décennie 2008-2018, ces pays sont classés en fonction du degré d'impunité de ces crimes :



Source : https://cpj.org/reports/2018/10/impunity-index-getting-away-with-murder-killed-justice.php

La Turquie ne figure pas dans cette liste (alors que les "experts" ont beaucoup glosé sur l'"Etat profond"), tandis que c'est le cas pour :
- le Mexique (7e position, 26 morts), la Colombie (8e position, 5 morts) et le Brésil (10e position, 17 morts) ;
- la Russie, dont le régime est assez largement encensé par la classe politique française (11e position, 8 morts) ;
- l'Inde (14e position, 18 morts).



Voir également : La question des libertés et des droits de l'homme dans la Turquie actuelle

Indice de démocratie : le classement de la Turquie en 2016

Liberté de la presse : le classement de la Turquie en 2017

L'accès à la contraception en Turquie

Quelques données factuelles sur la Turquie

vendredi 26 octobre 2018

Marc Pierrot (médecin et militant anarchiste)




M. Pierrot, "Controverse", Les Temps nouveaux, 2e année, n° 49, 3-9 avril 1897 :


"Il règne actuellement une sympathie de bon goût pour le peuple hellène. Cette sympathie est même montée jusqu'à l'enthousiasme il y a quelques semaines. Tous les boutiquiers professaient ouvertement leurs sentiments philhellènes ; la presse et les étudiants bourgeois allèrent jusqu'aux manifestations dans la rue. Il y eut une émotion dans le pays ; on proclama que le feu sacré n'était pas éteint et que la France savait encore s'émouvoir pour le droit des peuples opprimés. Cependant cela n'avait pas laissé que de surprendre. On était habitué à considérer que la non-intervention était le grand principe de la bourgeoisie en matière d'affaires extérieures. Chacun maître chez soi, le droit de propriété inviolable, chaque pouvoir gérant ses propres affaires et ses propres sujets selon sa volonté, telles étaient les maximes reconnues comme étant celles de l'intérêt bien entendu de tout pays ou plutôt de tout gouvernement. Il faut bien dire que le gouvernement français a gardé la ligne de conduite imposée par ces maximes et qu'il les a même poussées au point d'aller aider un autre gouvernement à maintenir chez lui l'observation de la loi.

Les événements furent ainsi compris. On crut à un réveil de l'esprit public ; on alla jusqu'à parler des « sentiments généreux et désintéressés des coeurs nobles » de la classe bourgeoise, et quelques révolutionnaires s'en félicitèrent hautement ; on écrivit que « ces bourgeois deviennent de vrais internationalistes révolutionnaires en se solidarisant avec les Crétois qui luttent pour leur liberté, ces Grecs qui aident leurs frères en la lutte ».

On n'a pas fait attention que toutes ces manifestations étaient inspirées par un esprit fortement nationaliste et fort peu par sympathie pour la révolte des opprimés. On cria beaucoup : Vive la Grèce ! et pas du tout : Vivent les Crétois ! cris platoniques sans doute, mais indiquant l'état d'esprit des manifestants. Des bourgeois auraient-ils pu manifester librement en faveur d'une simple révolte ? C'eût été contraire et à leur tempérament et à leurs principes. Mais il y avait la Grèce, et la question se présentait tout autrement. (...)

Ces revendications nationalistes des Grecs sont aussi peu intéressantes que possible, du point de vue révolutionnaire ; mais elles font encore illusion à ceux qui sont imprégnés des idées de liberté et d'indépendance nationales. — Le partage de l'Europe en patries, c'est-à-dire en groupes hostiles les uns aux autres, est postérieur à la Révolution ; ce fut la conséquence des guerres du premier Empire. On crut alors que la liberté devait consister dans l'autonomie des peuples. En réalité, on sait que cette autonomie se réduit en fin de compte à la suzeraineté d'une classe mi-partie aristocratique, mi-partie bourgeoise et à la continuation de l'oppression pour les prolétaires. On arriva à la constitution de la Belgique, de l'Italie, de l'Allemagne ; la Hongrie obtint la reconnaissance de sa personnalité légale, si l'on peut s'exprimer ainsi. Ce mouvement nationaliste s'est continué dans les Balkans.

Certes, les sujets de la Porte sont malheureux ; ils n'ont aucun moyen de faire entendre leurs revendications, ni aucune espérance d'obtenir quelques libertés. Ils n'ont que la révolte — comme bien d'autres d'ailleurs. Ils se révoltent donc ; mais, aveuglés par les préjugés de religion et de race, ils partent en guerre contre les Turcs, marchands, ouvriers, ou paysans ; et le sultan trouve, dans ces tueries mutuelles et ces haines intestines, le meilleur moyen d'assurer son trône et son autocratie. Car il y a des Turcs aussi — on semble l'avoir oublié — et ces Turcs sont malheureux, aussi malheureux que les chrétiens, et, eux, ils n'ont aucune chance d'échapper au joug qui les opprime ; car enfin ils possèdent l'autonomie, l'indépendance sous un prince de leur race et de leur religion. Ils trouvent cependant que ce n'est pas un avantage ; les plus instruits sont révolutionnaires, à peu près de la même façon que les nihilistes en Russie. Ces révolutionnaires se recrutent parmi les élèves des quelques écoles supérieures existantes, parmi les officiers surtout. La situation est en tout point comparable à celle de la Russie. Ces révolutionnaires avaient formé un parti, le parti jeune turc, ils avaient créé une agitation, ils organisaient la propagande. Le sultan, à l'imitation du tsar, a fait pendre, noyer, empoisonner et emprisonner tous ceux que la police a pu pincer. Qui a protesté en Europe ? C'étaient des révolutionnaires ; personne n'a rien dit. Tout gouvernement n'est-il pas libre de se défendre ?

Le mouvement continue toujours ; il est très intéressant ; il y aurait intérêt pour les opprimés de toute race à s'unir à ce mouvement et à le faire triompher. Au lieu de cela, tous les efforts se perdent en révoltes partielles qui dégénèrent en guerres intestines, qui n'ont d'autre résultat que de réveiller le fanatisme religieux et les haines de race, et qui, en fin de compte, sont facilement écrasées par le sultan.

C'est le préjugé patriotique qui est la cause de tout cela. Je parlais, il y a deux ans, du mouvement jeune turc avec des étudiants arméniens ; ils ne voulurent rien entendre ; cela ne les regardait pas. Ils craignaient de compromettre le succès de leurs revendications légitimes, en se commettant avec des révolutionnaires. Ils voulaient un prince, un pays à eux, un drapeau. C'était pour obtenir ces avantages qu'ils se révoltaient contre les Turcs.

La Turquie est habitée par des individus de race et de religion différentes — comme d'ailleurs les autres pays d'Europe. Ces individus, soumis à un pouvoir autocratique et écrasés par les exactions de l'administration, sont tout disposés à se révolter. C'est de cet état d'esprit que cherchent à profiter les Etats voisins de la Turquie, soit de grandes puissances comme la Russie, soit les petits pays des Balkans (Grèce, Serbie, Bulgarie). Des agitateurs sillonnent le pays, distribuent des brochures, parlent aux gens du peuple ; ils sont envoyés par les comités patriotiques des pays voisins. Ils s'efforcent de faire naître chez les sujets du sultan de race grecque ou slave, etc., le sentiment nationaliste.

C'est qu'en effet ce sentiment patriotique n'existe pas du tout chez ces gens-là. Il est dû à une culture artificielle. J'ai appris d'un de ces agitateurs combien il était difficile de faire comprendre aux paysans de la Macédoine, qui sont de race bulgare et qui parlent cette langue, pourquoi ils devaient faire leurs efforts pour secouer le joug des Turcs et se réunir à la Bulgarie. Ces paysans avaient la haine de l'administration turque, comme on a ici la haine du gabelou et du gendarme ; mais ils n'allaient pas plus loin.

Il est probable que cette haine se serait fait jour, que, l'agitation jeune turque progressant, il en serait sorti une révolution et la conquête de libertés. Au lieu de cela, toutes ces tendances sont converties par suite de l'ambition territoriale des Etats voisins en préjugés et en haines patriotiques. On arrive à ceci, d'ailleurs, que les efforts restent divisés : un Bulgare méprisant profondément un Arménien, lequel jalouse le Grec, lequel hait le Serbe, lequel déteste le Bulgare. La Russie a, elle aussi, un grand intérêt à toute cette agitation, grâce à laquelle elle espère un jour pouvoir intervenir et s'emparer de l'héritage turc. L'agitation, qui travaillait le pays arménien depuis longtemps avant les troubles et les massacres qui s'ensuivirent, fut entretenue par la Russie et par des comités siégeant pour la plupart à Odessa. Ces comités, placés sous le patronage de quelque puissant personnage russe, distribuaient des armes, organisaient la propagande dans le seul intérêt de la Russie. Le tsar possède déjà une partie de l'Arménie, et ses sujets n'y sont guère plus libres que ceux du sultan ; il n'est pas encore parvenu, l'occasion n'ayant pas été favorable, à mettre la main sur le reste.

L'agitation en Crète a été entretenue par les Grecs dans le seul but d'étendre leur territoire propre.

Tous ces mouvements nationalistes sont peu intéressants. Ils n'aboutissent qu'à servir l'ambition des Etats environnants, jusqu'au jour où ces Etats s'entre-dévoreront entre eux. Leur résultat le plus net consiste à faire passer des populations du joug du sultan sous le joug d'autres potentats ; il contribue cependant à la libération de la classe bourgeoise dans le cas où le pays est rattaché à une monarchie constitutionnelle. Quand le rattachement a lieu avec la Russie (Arménie, Bessarabie), les habitants perdent au change. La population israélite de la Bessarabie dut émigrer en masse, à partir du moment où la Russie se fut emparée de ce territoire.

La Turquie est gouvernée par un pouvoir autocratique, quelquefois féroce, ordinairement tolérant par apathie et par politique, et certainement beaucoup moins lourd que le tsarisme russe, dont l'intolérance religieuse est extrême (Pologne catholique, les israélites) et qui impose à tous le militarisme de l'Europe occidentale. L'administration turque n'est ni plus, ni moins mauvaise, en principe, que celle des autres Etats de l'Europe ; dans l'application, elle est extrêmement corrompue à peu près au même degré que celle de la Russie ou des Etats-Unis. — Réunies aux petits Etats des Balkans, les populations de la Turquie retrouveront une bonne partie des qualités de l'administration du sultan. Le parti bourgeois aura, lui, libre accès aux affaires et même participera dans une certaine mesure au gouvernement du pays. Le peuple aura l'avantage d'avoir un drapeau, d'apprendre à faire l'exercice pour la gloire de la patrie.

Les Crétois ont certainement à se plaindre de l'administration turque. Qu'ils en rendent responsable le gouvernement turc et qu'ils s'insurgent, c'est très bien. On leur offre l'autonomie, et la Grèce refuse à leur place. Ne voit-on pas dans cette attitude de la Grèce la preuve de la réalité du panhellénisme ?

Qu'on ne vienne pas nous parler du danger que courent les Crétois ; les journaux nous ont prophétisé des massacrés semblables à ceux des Arméniens, si on laisse, retomber la Crète sous la suzeraineté — nominale — de la Turquie. La population de l'île de Candie compte environ deux tiers de chrétiens pour un tiers de musulmans ; de plus, c'est une île et non un pays ouvert comme l'Arménie, avec une population homogène, tandis que les Arméniens, marchands pour la plupart, sont dispersés un peu partout. Le résultat est que ce sont les chrétiens qui, à l'heure actuelle, massacrent en Crète les musulmans, lesquels n'ont rien fait pour cela. Est-ce pour cette raison que les Crétois ont droit à notre sympathie ? Pourquoi les musulmans de Candie doivent-ils plutôt être soumis à la Grèce, que les chrétiens à la Turquie ? Questions nationalistes !"

Voir également : Elisée Reclus

dimanche 7 octobre 2018

Republika Srpska (partie serbe de la Bosnie) : édification d'une statue en l'honneur de Sokollu Mehmet Paşa

A l'entrée de la ville nouvelle d'Andrićgrad (près de Višegrad), une statue en l'honneur de Sokollu Mehmet Paşa (Mehmed-paša Sokolović) et du patriarche Makarije Sokolović a été édifiée cette année. L'initiative revient au cinéaste Emir Kusturica et la réalisation au sculpteur Zoran Kuzmanović, dans une volonté affichée d'apaisement à l'égard du poids de l'histoire dans les Balkans.

Sokollu Mehmet Paşa, né dans une famille de bergers chrétiens-orthodoxes de Bosnie, fut grand-vizir sous les sultans Süleyman, Selim II (dont il épousa la fille Ismihan Sultan) et Murat III. Il est une figure historique ambivalente pour les Serbes : perçu comme un "traître" (en raison de sa conversion à l'islam et de son ascension au sein de l'Etat ottoman), mais aussi comme un "patriote" (pour avoir permis la restauration du patriarcat de Peć, à la tête duquel il a placé Makarije, un proche parent). Sa vie témoigne du fait que les recrues du devşirme (pré-adolescents, adolescents ou jeunes adultes) étaient trop âgées pour oublier leurs racines ethno-confessionnelles.

Ce qui est peut-être navrant, c'est qu'en Europe de l'Est, et même en Serbie (où sont diffusées des séries turques) et en Republika Srpska, on a une approche moins manichéenne que celle renvoyée par le prisme du philogauchisme et du repentisme pro-minorités (cf. ce qui se passe en France et en Allemagne).

Le monument en question :



Nikola Selaković (chef de cabinet du président de la Serbie Aleksandar Vučić), Emir Kusturica, le métropolite Chrysostome Jević, Matija Bećković (membre de l'Académie serbe des sciences et des arts) et Milorad Dodik (président de la Republika Srpska) étaient présents à l'inauguration (juin 2018) :



Voir également : Le devşirme (devchirmé) dans l'Empire ottoman

Les Ottomans et le patriarcat de Peć

Les Croates et l'Empire ottoman

Ömer Lütfi Paşa alias Mihajlo Latas 

dimanche 30 septembre 2018

Cartographie de la pratique religieuse en Turquie




Cette carte établie par Yılmaz Esmer (professeur de science politique) montre les disparités régionales de la pratique religieuse en Turquie, suivant un critère précis : le pourcentage d'hommes fréquentant régulièrement la mosquée (une ou plusieurs fois par semaine).

C'est un contredit à la lecture sommaire qui oppose systématiquement un coeur anatolien "ultra-conservateur" à des régions périphériques "sécularisées" ou "occidentalisées" : en effet, le taux d'adeptes de l'assiduité cultuelle est de seulement 63 % dans l'Anatolie centrale (espace d'intense peuplement turkmène depuis le Moyen Age seldjoukide), alors qu'il est de 71 % dans la région de la mer Noire (où le folklore local est imprégné d'influences grecques-pontiques et géorgiennes) et de 82 % dans le Sud-Est (où se trouvent les réserves de voix kurdes du HDP, parti ultra-nationaliste et pro-terroriste, qui se dissimule sous une mince couche de vernis "libertaire").

Merci à Turk - ish/ic history.

Voir également : La question des libertés et des droits de l'homme dans la Turquie actuelle

L'accès à la contraception en Turquie

Quelques données factuelles sur la Turquie

La répartition géographique des votes pour la gauche kémaliste (CHP, puis SHP et DSP) et la droite nationaliste (CKMP, puis MHP)

La réussite de la modernisation turque

Le particularisme démographique kurde en Turquie (et ailleurs)