lundi 20 novembre 2017

Pierre Laffitte (philosophe positiviste)




Les grands types de l'humanité. Appréciation systématique des principaux agents de l'évolution humaine, volume I, Paris, Ernest Leroux, 1875 :

"Hélas ! nous ne demandons que ce qu'ont fait de tout temps les grands politiques ; ce que faisait en France le cardinal de Richelieu, lorsqu'il déclarait la guerre au pape, s'alliait aux protestants et écrivait qu'il préférait les Turcs aux Espagnols. Ce grand homme faisait tout passer après l'intérêt de sa patrie et agissait dans les choses de la politique comme s'il n'eût pas cru en Dieu. Certes, nous nous contenterions aujourd'hui de la monnaie d'un Richelieu et nous serions trop fortunés si nos hommes d'Etat voulaient se rapprocher de ce grand modèle." (p. 91)

"Ce n'est pas d'aujourd'hui que les grands politiques du monde catholique ou mahométan ont compris qu'il y avait pour eux mieux à faire qu'à poursuivre éternellement une impossible suprématie. Déjà sons François Ier, la France ne craignait point de s'allier à la Turquie, et cette conduite trouvait un imitateur dans le grand cardinal de Richelieu." (p. 212-213)

"Le Prophète a-t-il ordonné comme Moïse qu'on exterminât jusqu'au dernier homme les sept peuples de Ghanaan ? Où sont ces atrocités épouvantables qui nous ont valu tant de tirades larmoyantes et éveillé si longtemps la compassion indignée des âmes sensibles ? Nous voudrions pour le catholicisme qu'il eût toujours fait preuve envers ses adversaires de la tolérance, de la longanimité, de la douceur, dont l'islamisme n'a cessé d'être animé à l'égard des siens. Nous voudrions pour lui qu'il eût à montrer dans son passé plus d'un Mahmoud [de Ghazni] et plus d'un Akbar [le Moghol]. Il est vraiment plaisant de la part de ceux qui ont inventé l'inquisition et les dragonnades et mis toutes les tortures au service de leur foi, devenir parler de persécutions et de cruautés. Si jusqu'au jour où ils ont été les maîtres, la persuasion a été leur seule arme, et pour cause, si même ils ont eu à subir l'intolérance de quelques empereurs, il faut convenir que la revanche a été terrible, et que le monde a payé cher pour le sang de quelques martyrs." (p. 389-390) 

Ibid., volume II, 1876 :

"(...) nous voulons parler de la tournure particulière qu'un long développement intellectuel avait donné à l'esprit grec. Une nation plus amoureuse de discussions que de lumière, plus avide d'écouter un beau discours qu'une argumentation solide, éprise de subtilités, prête à accueillir toutes les divagations, pourvu qu'elles fussent exposées avec art, n'avait pas le temps de prêter l'oreille à ceux qui venaient l'entretenir des graves questions de réformation sociale. D'ailleurs est-il admissible que des hommes, sans cesse occupés à discuter et à renverser leurs gouvernements et leurs chefs, incapables de subir aucune entrave, de se reconnaître aucune règle, prenant toujours l'anarchie pour la liberté, fussent convenablement préparés à comprendre et à accepter une tentative, qui réclamait par dessus tout le sentiment hiérarchique, l'aptitude vénérante, l'habitude de la soumission. Rien ne démontre mieux l'incapacité des Grecs à cet égard que ce qui se passa plus tard, lorsque Rome ayant fait l'unité politique de l'Occident, le monothéisme s'en empara. Le vieux monde romain reçut, avec respect, la doctrine régénératrice de Saint-Paul et pendant de longs siècles, lui garda une foi inébranlable. Les Grecs, eux, montrèrent moins d'empressement à l'accepter qu'à la détruire. Il n'y eut pas une parcelle du dogme qui ne fût aussitôt pour eux matière à discussions et à combats. A peine évangélisés, ils furent hérétiques, et jusqu'au jour où les Turcs, en les écrasant, firent taire ces bavards, ils ne cessèrent, par leurs querelles, de troubler et d'ensanglanter la chrétienté." (p. 229)

Conférence sur l'islam, cité par Ahmet Rıza dans "L'islamisme", La Revue occidentale philosophique sociale et politique, seconde série, tome III, 1er semestre 1891 :

"L'islamisme a fondé en Orient la liberté et l'égalité. Il y a un chef militaire, et les restes de la nation sont tous frères. L'histoire nous montre leurs actions humanitaires vis-à-vis des peuples conquis. La tolérance des Sarrazins en Espagne et celle de Mahomet II à Constantinople n'a malheureusement pas été imitée plus tard par les catholiques en Espagne et dernièrement par les Bulgares." (p. 116)

Voir également : Auguste Comte

Ahmet Rıza et la faillite morale de la politique occidentale en Orient

mardi 14 novembre 2017

Henri Martin (historien)




Henri Martin, La Russie et l'Europe, Paris, Fume, Jouvet et Cie, 1866 :

"La civilisation des peuples touraniens repose, il est vrai, sur d'autres bases que la civilisation des Aryas d'Europe ; mais elle est, à nos yeux, aussi respectable, et beaucoup mieux en rapport avec les facultés physiques, intellectuelles, psychologiques des peuples qui la mettent en pratique depuis la plus haute antiquité. La manière dont nous en avons parlé ailleurs (voyez notre Voyage dans la Turquie d'Europe) démontre assez que nous savons en apprécier le mérite. C'est à juste titre, à notre avis, que les Finlandais et les Ottomans se font gloire de leur nationalité touranienne, et que les Moscovites eux-mêmes s'en montrèrent tout aussi honorés, jusque vers le milieu du siècle dernier. Mais, en voyant approcher le moment du démembrement de la Pologne, le cabinet de Saint-Pétersbourg crut devoir renier cette origine et procéder aux falsifications historiques dont il a été question au début de ce résumé (page 5)." (p. 397-398)

"Résolue par la fédération, la question du Danube serait-elle résolue contre la Turquie ? En aucune façon. Ce plan politique, auquel inclinent aujourd'hui un si grand nombre d'esprits, n'a rien de commun avec l'idée de chasser le Turc de l'Europe, et les partisans de ce plan sont en général les plus décidés à demander qu'on défende à tout prix les Ottomans dans Constantinople. Mais la suzeraineté ottomane sur la Roumanie, si elle n'est un vain mot, est un fardeau que la Turquie ne peut soutenir. La Turquie est impuissante à défendre la Roumanie contre les Russes. Son intérêt plaide ici contre son amour-propre. Son intérêt est de se voir séparée de la Russie par un intermédiaire assez fort pour la couvrir en quelque sorte d'un solide boulevard extérieur. La force militaire de la Turquie n'est point à mépriser ; elle est aujourd'hui aussi sérieusement organisée qu'elle peut l'être ; mais les événements de ce siècle ont prouvé que cette force, toute de résistance, ne commence à se manifester efficacement qu'à partir de la rive méridionale du Danube. Couverte en première ligne par une Roumanie associée à la Hongrie, la Turquie serait en mesure de tenir solidement la seconde et la troisième ligne défensives, c'est-à-dire le bas Danube et les Balkans, et d'aider à la défense commune. Le jour où elle consentira d'évacuer les forteresses des Serbes et à laisser aux Serbes la garde du Danube supérieur, l'hostilité de cette race guerrière contre l'Ottoman disparaîtra comme a disparu la vieille haine des Roumains, et de justes concessions aux Bulgares et au reste des populations chrétiennes pourront faire durer le grand malade plus longtemps que ne le souhaite le voisin, si désireux d'accélérer son dernier jour. Si, comme nous le croyons, l'avenir doit voir la formation d'un état serbe embrassant les provinces qui séparent la Serbie actuelle de l'Adriatique, les contingents de l'Etat, lié à la suzeraineté ottomane, seront bien autrement efficaces pour la défense commune que ceux des pachaliks actuels, sans cesse en désordre ou en révolte." (p. 424)

"La Russie est plus assurée de la Crimée qu'avant la guerre, grâce à l'émigration des Tatars qu'elle a déportés en Turquie pour les punir de leurs sympathies envers les alliés, et qu'elle a remplacés par des colons moscovites et par des Cosaques. La Russie a repris, immédiatement après la guerre, l'entreprise poursuivie dans le Caucase depuis tant d'années, au prix de sacrifices incalculables, c'est-à-dire l'assujettissement ou la destruction des races guerrières qui occupent le double versant caucasique de la Caspienne et de la mer Noire.

Cette entreprise, elle l'achève aujourd'hui sans aucun obstacle.

Il y avait, entre l'Asie méridionale et la Russie, une frontière naturelle admirable, ces puissantes Alpes caucasiennes qui couvraient la Turquie et la Perse, et, par conséquent, les routes de l'Inde. Il y avait un intérêt général, pour l'équilibre du monde, à maintenir cette limite : il y avait là surtout un intérêt de premier ordre pour la puissance qui possède dans le sud de l'Asie un commerce plus vaste que celui de toutes les autres nations réunies et un empire de 180 millions de sujets. L'Angleterre, à ce qu'il semble, aurait dû faire, pour défendre la barrière du Caucase, autant d'efforts que la Russie pour l'abattre.

Le seul moyen était de soutenir la résistance des belliqueux montagnards qui n'avaient jamais subi le joug de personne et qui se défendaient à outrance. Ces tribus, auxquelles on donne improprement le nom de Circassiens, altération du nom tatar ou plutôt turc de Tcherkesses, appartiennent, sur la côte caucasienne de la mer Noire et dans le massif central, à la plus pure race aryenne ou indo-européenne ; ce sont des fils de Mèdes, d'Alains et de Sarmates, et un indomptable instinct leur fait repousser toute assimilation avec les masses moscovites.

Aussitôt après que, par le traité d'Andrinople (1829), la Russie se fut fait céder par la Porte Ottomane ce qui n'appartenait ni à l'une ni à l'autre, la prétendue souveraineté sur les tribus du Caucase occidental, les représentants de l'Angleterre en Turquie et en Perse jetèrent incessamment le cri d'alarme, « Constantinople, » écrivait, en 1835, l'ambassadeur anglais en Turquie, lord Ponsonby, « Constantinople ne respire qu'à l'ombre du Caucase. »

« Les vues de la Russie, » écrivait, en 1838, l'ambassadeur anglais en Perse, sir John Mac Neill, « ont quelque objet ultérieur bien autrement important que la possession de ces provinces du Caucase, qui n'ont été jusqu'ici que de coûteux appendices. Ces acquisitions ne peuvent avoir de valeur qu'autant qu'elles offrent des facilités pour arriver à quelque autre fin qui récompenserait la Russie de tout ce qu'elle aurait dépensé pour l'obtenir. »

Lord Ponsonby désignait Constantinople ; sir J. Mac Neill l'Inde, et tous deux avaient raison.

Lord Palmerston, cependant, se refusa obstinément à rien faire pour la Circassie.

Se réservait-il pour une action commune avec la France ? Il est certain qu'en 1838, il tâcha d'obtenir l'alliance de la France contre la Russie, et que Louis-Philippe refusa, ce qui amena la déplorable crise de 1840.

Celle alliance française alors refusée, elle s'offrit, elle s'imposa, pour ainsi dire, à lord Palmerston plus tard. En 1851, la résistance de la Circassie était plus vive cl beaucoup mieux organisée que jamais. Tout était réparable. Pour la première fois, sous l'influence d'un homme supérieur, Schamyl, les tribus de la Caspienne, de race turco-tatare et sémitique, concertaient leur action avec les tribus aryennes de la mer Noire. Un lieutenant de Schamyl, Mohammed-Emyn, s'était fait accepter comme chef par les trois peuplades réunies de la Grande-Abasie, élite héroïque du Caucase occidental ; les chefs circassiens envoyèrent à Varna offrir aux généraux français et anglais 40,000 montagnards pour couper la retraite aux Russes, si les Anglo-Français voulaient descendre sur la côte d'Abasie.

Toutes les conquêtes russes dans la région caucasique, depuis Catherine II, pouvaient être anéanties et l'Asie dégagée en une campagne. L'Angleterre aurait dû tout faire au monde pour obtenir que l'épée de la France s'employât à cette œuvre. Le général français y était très-disposé." (p. 241-243)

"La guerre de Crimée a eu pour conséquence directe de faire disparaître de la Crimée des milliers de Tatars, ennemis des Russes, qui nous avaient accueillis à bras ouverts, et que la Russie, vaincue, mais demeurée en possession de nos champs de victoire, a envoyé mourir de misère en Turquie.

La guerre, portée exclusivement en Crimée et non au Caucase, a eu pour conséquence indirecte de faire disparaître du Caucase occidental 700,000 Abases ou plutôt Adigues, inébranlables défenseurs de cette barrière maintenant abattue ; 400,000 ont émigré en Turquie ; le reste a été déporté dans les plaines au nord du Kouban, parmi les Cosaques de la mer Noire et les colons moscovites, où ils se trouvent désormais réduits à l'impuissance.

L'émigration a ensuite gagné l'autre revers du Caucase ; les compagnons de Schamyl suivent l'exemple des Adigues ; toute une peuplade du Daghestan a passé en Turquie.

Ceux qui restent, les Russes l'espèrent, se laisseront avec le temps englober dans l'organisation cosaque, ainsi que tous les nomades de l'Asie.

C'est une armée de 100,000 hommes, pour le moins, dont la disposition est rendue à la Russie ; c'est une plaie toujours saignante fermée, une source de dépense incalculable tarie. Ce sont les clefs de l'Asie occidentale dans la main de la Russie, et la libre entrée de la Turquie d'Asie et de la Perse ; la tête de route de l'Inde par la Perse, déjà occupée, mais jusque-là précaire et toujours susceptible d'être coupée derrière une armée russe, est désormais assurée.

C'est la Russie, campée sur le Caucase entre la Turquie et la Perse, comme dans le royaume de Pologne entre la Prusse et l'Autriche, mais avec une force relative bien plus grande encore, et dans une position matériellement bien supérieure. Elle ne possédait guère jusque-là que des plaines, des forêts et des marais ; elle a maintenant pour citadelle une chaîne d'Alpes énormes plantées entre deux mers et entre deux mondes.

L'extirpation des Abases a coïncidé avec l'écrasement de l'insurrection polonaise (1864). L'ambassadeur d'Angleterre en Russie a trouvé des euphémismes pour l'une comme pour l'autre extermination. Celle des Abases est à peu près achevée ; le procédé était simple : refouler successivement les montagnards de leurs rochers et de leurs vallées jusqu'à la mer, et là les réduire à capituler et à s'expatrier en masse.

En Pologne, le système de destruction nationale et sociale, qui a succédé à la conquête politique, est plus savant, plus complexe qu'au Caucase et demandera bien plus de temps et de peine ; les moyens différent , le but est le même : détruire les races indomptables au tsarisme, soit par la suppression pure et simple, soit en les décimant et en les dissolvant." (245-246)

Voir également : Franciszek Henryk Duchinski (historien polonais originaire de Kiev)

Mustafa Celâlettin Paşa alias Konstanty Borzęcki

L'épopée des volontaires polonais de l'armée ottomane

Adam Mickiewicz (poète et patriote polonais)
  
Les Valaques (Roumains et Aroumains) dans l'Empire ottoman tardif

La France des Bonaparte et la Turquie

samedi 4 novembre 2017

La symbiose turco-byzantine




Jean-Claude Cheynet, Pouvoir et contestations à Byzance (963-1210), Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, p. 419-421 :

"Grecs et Turcs prirent l'habitude de se rencontrer en dehors des périodes de confrontation militaire, des échanges commerciaux s'établirent. A Chônes, la métropole phrygienne proche de la zone frontière, s'était développée une grande foire extrêmement fréquentée par les habitants des villes voisines de Lydie, d'Asie, de Carie, de Pamphilie et aussi d'Iconium. Les contacts se multipliaient donc, même si des querelles éclataient éventuellement entre Byzantins et barbares. Certains aristocrates byzantins n'hésitèrent pas à franchir la frontière pour se réfugier chez les Turcs, attitude qui n'était pas inédite au temps où les musulmans du califat étaient les principaux adversaires de l'Empire ; mais au XIIe siècle les transfuges s'y établirent durablement, et contractèrent des mariages avec des princesses turques. Les Gabras illustrent cette perméabilité de la frontière ; une branche de la famille dirigeait de façon autonome la région de Trébizonde, tandis que d'autres membres étaient aux côtés de l'empereur, alors qu'un troisième groupe servait au plus haut niveau le sultan d'Iconium. En 1146, un Gabras, né byzantin mais élevé chez les Turcs, fut placé à la tête d'une province seldjoukide et tomba lors d'un combat contre Manuel. En 1176, Kilidj Arslan victorieux envoya un autre Gabras négocier la paix avec l'empereur peu après le combat de Myrioképhalon.

Des Comnènes, en désaccord avec les souverains, n'hésitèrent pas à passer chez les Turcs. Ainsi le sébastocrator Isaac et son fils Jean se réfugièrent une première fois vers 1130 auprès du Danishmendide Ghazi. De nouveau Jean, auparavant réconcilié avec l'empereur, passa à l'ennemi au moment où ce dernier entreprit le siège difficile de Néocésarée et il s'établit durablement à Iconium où il épousa la fille du sultan. Le frère de Jean, le futur empereur Andronic, aidé dans sa fuite par le Turc Poupakès passé au service de l'Empire, trouva naturel de gagner le territoire turc lorsqu'il lui fut nécessaire d'échapper à la colère impériale de Manuel, accepta de la part des Turcs un poste de gouverneur de province, et, avec les troupes qui lui furent confiées, n'hésita pas à attaquer et piller les Byzantins, vendant ses prisonniers comme esclaves. En dehors de ces exemples fameux, nous connaissons mal l'histoire des Seldjoukides et des Danishmendides au XIIe siècle, mais il est certain qu'ils employaient de nombreux fonctionnaires, y compris des militaires, de sang grec. Au XIIIe siècle encore, l'historien Ibn Bibi en cite un certain nombre. De plus, une grande partie, sinon la majorité de la paysannerie établie autour d'Iconium en Cappadoce restait grecque et gardait sa religion orthodoxe, car les Turcs du XIIe siècle n'exerçaient pas un grand prosélytisme religieux et permirent même à l'occasion à des prélats grecs vivant sur leur territoire de se rendre à Constantinople.

A l'inverse, des Turcs se ralliaient à l'Empire où ils étaient fort bien accueillis, même au temps de Manuel, souvent accusé d'être trop favorable aux Occidentaux. Les Turcs furent aussi nombreux que les Latins à rejoindre la plus haute strate de l'aristocratie, celle des parents de l'empereur. Au cours de la bataille de Myrioképhalon, durant la nuit, les Turcomans entourant l'armée de Manuel appelaient leurs congénères qui jadis s'étaient enfuis à Constantinople et s'y étaient convertis à l'orthodoxie, afin qu'ils désertent les rangs de l'armée impériale. Les souverains danishmendides ou seldjoukides pour leur part s'allièrent aux Byzantins dès qu'ils se sentirent en situation d'infériorité les uns vis-à-vis des autres. En 1176, lorsque Manuel voulut remettre la main sur Néocésarée, l'armée était dirigée par son neveu Andronic Comnène-Batatzès, accompagné par le prince danishmendide Dadounès.

Quel qu'ait été le sens des désertions, des Turcs vers Byzance ou l'inverse, l'interpénétration des mondes byzantin et turc était profonde, phénomène d'une extrême importance, même si les conséquences en apparurent pleinement seulement à la fin du XIIe siècle et au XIIIe siècle.

A la cour byzantine, tout un parti regardait avec plus de sympathie vers l'Orient turc que vers l'Occident latin, ce qui importait peu tant que l'Empire restait la puissance dominante, mais prendra toute sa signification lorsqu'avec son affaiblissement, la recherche des alliances imposera un choix entre Turcs et Latins. La désaffection des populations de race grecque était également lourde de conséquences puisqu'elle interdisait en fait à Jean et à Manuel Comnène tout espoir de reconquérir les territoires perdus à la fin du XIe siècle, en dépit de leur évidente supériorité militaire, et elle manifestait la perte d'attractivité de l'Empire. L'identité byzantine en Asie Mineure vacillait ; nous avons déjà noté le petit nombre de néo-martyrs lors de l'arrivée des Turcs en pays byzantin. Face aux Turcomans qui seuls restaient animés de l'esprit de djihad, les Grecs se tournaient pour assurer leur protection aussi bien vers l'empereur de Constantinople que vers le sultan d'Iconium, selon leur espoir que l'un ou l'autre serait le meilleur garant. Il convient donc d'établir une distinction fondamentale entre cette période où la zone frontière passait à travers l'Asie Mineure, et les périodes où les populations de cette partie de l'Empire devaient se défendre contre les attaques arabes. Il y avait eu, certes, des désertions, même du fait de hauts responsables byzantins, mais les deux camps étaient nettement délimités, bien que soldats acritiques et ghazis aient pu partager certaines valeurs d'honneur et de bravoure. Si nous devions comparer la nouvelle frontière du XIIe siècle à celle des époques antérieures, il faudrait évoquer la situation des Arméniens, situés entre les deux Empires et susceptibles de changer de camp à la faveur de la supériorité militaire de tel ou tel parti. Mais au XIIe siècle, c'étaient les Grecs qui tenaient le rôle des Arméniens, et étaient devenus un peuple αστατον [inconstant] et πολυπλανές [multilingue], comme en témoignait le comportement des populations d'Amasée ou de Néocésarée."

Voir également : L'héritage romain chez les Turcs seldjoukides et ottomans

L'Anatolie seldjoukide

La tolérance des Seldjoukides

L'Empire ottoman, empire européen

Les brassages successifs dont est issu le peuple grec actuel

Un tabou des nationalismes arménien et grec : le mélange avec les Turcs christianisés d'Anatolie

samedi 7 octobre 2017

L'héritage romain chez les Turcs seldjoukides et ottomans




Thierry Mudry, Guerre de religions dans les Balkans, Paris, Ellipses, 2005, p. 25-26 :

"L'héritage romain revendiqué simultanément par l'Orient et l'Occident européens présentait un triple aspect. Un aspect géopolitique que l'on peut définir en une formule simple : la maîtrise totale de l'espace méditerranéen, à laquelle les Romains étaient parvenus. Un aspect idéologique où se mêlent doctrine impériale et dogme catholique. Un aspect institutionnel enfin. Le catholicisme romain, l'orthodoxie et les puissances s'en réclamant n'étaient pas seuls à prétendre recueillir cet héritage. Les Ottomans y aspiraient également. La titulature impériale, que les sultans avaient reprise à leur compte en se proclamant basileis2, en atteste. De même que les efforts qu'ils dépensèrent, après avoir conquis Constantinople, pour s'emparer de Vienne, la capitale des Habsbourg, empereurs romains germaniques, et de Rome, et devenir ainsi les successeurs incontestés des Césars. Dans cette revendication de romanité, les Turcs ottomans avaient été précédés par les Turcs seldjoukides.

Tribu d'Asie centrale acquise à l'islam sunnite, les Seldjoukides s'étaient portés au XIe siècle au secours du califat abbasside de Bagdad, alors sur le point de succomber sous la poussée chiite. Les Abbassides, passés sous leur tutelle, élevèrent leur chef à la dignité de sultan. Les Seldjoukides, ayant repoussé le danger chiite, se tournèrent contre l'Empire byzantin dont ils défirent les armées et capturèrent le basileus, Romain Diogène, à la bataille de Mantzikert (1071). Ce faisant, ils prirent pied en terre byzantine, en Romanie ou pays de Rûm. L'un des cousins du Sultan, l'émir Süleymân, se tailla autour de Nicée, parmi les dernières possessions impériales d'Asie Mineure, un Etat distinct du sultanat seldjoukide de Bagdad et théoriquement vassal de Constantinople. Il y encouragea l'implantation de populations turques semi-nomades dotées du statut de « fédérés » byzantins. Chassé de Nicée que les Croisés avaient conquise puis remise à l'Empereur, le fils de Süleymân réussit à s'assurer le contrôle de la plus grande partie de l'Anatolie et y créa le sultanat de Rûm. Un écheveau de relations complexes s'établit entre le sultanat de Rûm et l'Empire byzantin, combinant conflits ouverts, alliances et assujettissements temporaires. Il se dégagea finalement de cette coexistence un patriotisme romain commun aux deux parties fondé sur la conscience d'appartenir à un même espace byzantin, majoritairement ou très largement peuplé de Grecs, situé au confluent de l'Europe et de l'Asie, où les affirmations de double allégeance (à Byzance et au sultanat de Rûm) n'étaient pas rares. Ce patriotisme se manifesta dans une hostilité partagée vis-à-vis des intrus venus de l'ouest (les Latins) et de l'est (les Mongols), et favorisa les échanges entre Byzantins et Turcs, modifiant la perception que les uns avaient des autres et bien des traits de leur culture propre. Vaincu par les Mongols en 1243, le sultanat de Rûm se délita et plusieurs émirats, principautés semi-indépendantes, se formèrent sur son territoire, au nombre desquelles figurait celle d'Osmân, l'ancêtre éponyme des Ottomans, un chef de tribu oghouz peut-être apparenté aux Seldjoukides, établi à la frontière byzantine non loin de Constantinople. Les Ottomans s'identifièrent à la romanité des Seldjoukides, affichée dans le nom même de leur Etat : leurs émirs, dès qu'ils eurent gagné suffisamment en importance, demandèrent au calife abbasside de leur attribuer le titre de sultans de Rûm. (...)

2. L'un d'entre eux, Mehmed II, entre les mains duquel Constantinople était tombée en 1453, avait fait graver cette proclamation sur une médaille commémorative en s'y désignant comme l'« empereur des Grecs et des Turcs » (Alain Ducellier, « Structures politiques et mentales de longue durée dans les Balkans », in Historiens et géographes, n° 337, septembre 1992, p. 103)."

Voir également : L'Empire ottoman, empire européen

Les Turcs et l'art : créateurs, mécènes et collectionneurs

Fatih Sultan Mehmet (Mehmet II)

Attila, roi des Huns 

vendredi 6 octobre 2017

Süleyman Ier vu de Venise




Alberto Tenenti, "La formation de l'image de Soliman à Venise (1520-1530 env.)", in Gilles Veinstein (dir.), Soliman le Magnifique et son temps. Actes du Colloque de Paris. Galeries Nationales du Grand Palais. 7-10 mars 1990, Paris, La Documentation Française, 1992, p. 44-48 :

"Plusieurs ambassadeurs de la Sérénissime se rendront auprès de Soliman avant 1530. Et pas plus qu'entre les propos de Contarini et ceux de Minio, il n'y aura beaucoup de parenté et de cohérence entre leurs impressions successives. Vers la fin de 1523 Francesco Zen croit bon de préciser que le monarque n'est pas un sodomite comme les autres seigneurs ottomans, bien que dans son sérail il y ait des jeunes hommes aussi bien que des jeunes femmes. Cet ambassadeur est tout à fait porté à le considérer comme un bon souverain, qui aime la justice. Il prête même volontiers l'oreille à la thèse ottomane suivant laquelle Soliman aurait été contraint de s'emparer de Rhodes et de Belgrade à cause des vexations chrétiennes contre les Turcs de ces régions.

Le témoignage de Piero Zen, un an plus tard, en novembre 1524, se démarque lui aussi de ceux qui l'ont précédé. Il nous dépeint un prince plutôt fidèle aux femmes auxquelles il se lie, qui n'est pas luxurieux bien qu'il lui semble plutôt voué aux plaisirs qu'à la guerre. Par contre le portrait que nous en a laissé le baile Pietro Bragadin reprend presque à la lettre le croquis initial de Tomaso Contarini. Il y ajoute des notations sans doute pénétrantes mais qui entrent mal dans le tableau : «E' di natura maninconico, molto libidinoso ; e liberal, superbo subito e talora humanissimo ». A l'automne de 1527, quand Marco Minio retourne comme ambassadeur à Constantinople, il se borne (au moins d'après Sanudo) à quelques notes succinctes qui ne s'accordent guère avec ses prises de position de cinq ans auparavant : « ... è iusto, chiamato philosopho ; sa ben la sua leze ».

A première vue on pourrait conclure que les patriciens de Venise n'étaient pas parvenus à se faire une idée tant soit peu cohérente du monarque ottoman. Il faut rappeler que les Diarii rédigés par Sanudo n'étaient pas destinés à la publication. On peut imaginer qu'il a sélectionné les témoignages, mais non qu'il l'ait fait pour influencer qui que ce soit et surtout pas l'opinion étrangère. Les divergences entre les portraits successifs peuvent être considérées comme sincères, non pas tendancieuses ; elles n'en sont que plus déroutantes. L'image qui se dégage du sultan est discontinue, souvent contradictoire : elle n'a rien d'un véritable ensemble. La personnalité du monarque ottoman semble n'avoir été perçue que superficiellement, avec des repères plutôt extérieurs. Sans doute, malgré la réputation dont jouissaient ces diplomates, il ne leur était pas loisible de pousser plus loin leur enquête.

Les gestes de Soliman ont-ils mieux orienté le jugement que les chrétiens pouvaient porter sur lui ? Sans aucun doute : même si, en fin de compte, les énigmes ne disparaitront pas toutes.

Disons tout d'abord que le sultan turc est l'un des personnages dont on est le plus curieux, peut-être même celui vers lequel l'attention la plus vive continue à se diriger d'année en année. Cela n'a rien d'étrange, puisqu'il était le protagoniste d'un monde mal saisi et peu saisissable, en même temps qu'un adversaire redoutable non moins que déroutant. En tout cas, rien de ce qui le concerne ne semble échapper à la curiosité : ni comment il chevauche dans sa capitale, ni comment il s'habille ou il dort, ni comment il traite sa mère et ses femmes. Tout est enregistré sans prévention apparente, tout est relaté sans blâme ni critique. Finalement, de cet ensemble assez nourri de témoignages, de date et de provenance fort variées, se dégage un portrait plutôt cohérent, plutôt favorable et teint parfois d'une sorte d'admiration. La diversité a-t-elle agi comme un attrait ? Ou bien la personnalité du monarque ottoman a-t-elle fini par attirer des sympathies plus ou moins conscientes et involontaires ? Le fait est que les traits positifs sont volontiers mis en relief tandis que les aspects négatifs sont présentés comme naturels chez un Turc. En définitive il semble que l'on puisse déceler dans cet ensemble de données un certain penchant, une vague bienveillance du milieu vénitien.

La diversité des éléments de cette mosaïque finit (malgré Sanudo et malgré nous-mêmes) par former sans doute la plus véritable image de Soliman dans l'opinion. La toile de fond sur laquelle se trouvent réunies toutes ces pièces à première vue disparates est constituée par un mélange d'intérêt et d'émerveillement. Il est probable que dès le début la figure de Soliman a exercé une sorte de fascination, même si celle-ci reste pour ainsi dire inavouée. Il est vrai que tous les souverains de l'époque jouissaient d'un préjugé favorable et que probablement en Occident, à Venise en particulier, on a regardé le sultan avec cette même considération qu'on réservait aux princes de la chrétienté. De là à dire que Soliman a été annexé à l'univers quasi sacré peuplé par les suprêmes autorités chrétiennes, il y a sans doute un pas difficile à franchir. Mais la diversité raciale et religieuse ne semble pas avoir joué du tout contre lui.

Ne croyons pas cependant à un optimisme culturel de circonstance. Même si cela n'explique pas tout, il faut prendre acte du fait que les Vénitiens semblent convaincus des bonnes dispositions de Soliman à leur égard au cours des premières années de son règne. Le sultan ne montre aucune velléité de s'attaquer à eux ; en fait il a d'autres objectifs qui n'inquiètent pas trop la Sérénissime. Et puis auprès de Soliman s'est affirmée assez vite l'influence de son favori Ibrahim, extrêmement bien disposé à l'égard de Venise. Une image favorable du sultan s'est formée d'autant plus facilement que les patriciens se sentaient à peu près à l'abri de la menace ottomane. N'oublions pas, enfin, un dernier élément, sans doute pas négligeable : l'avènement en 1523 aux fonctions de doge d'Andrea Gritti, qui avait vécu longtemps à Constantinople et y maintenait de multiples attaches.

La première présomption favorable envers Soliman semble avoir été provoquée par la piété religieuse dont il faisait preuve. Ainsi, au moment de la prise de Belgrade en 1521, à côté de scènes de grande cruauté, rapporte un geste de dévotion ou au moins de déférence envers le culte chrétien. L'incendie de la ville, le massacre des habitants, la transformation des églises chrétiennes en mosquées ou en hôpitaux sont évoqués mais non imputés au sultan. Par contre le transfert de certaines reliques ou d'objets sacrés chrétiens de Belgrade à Constantinople est présenté par le baile vénitien Contarini comme un acte méritoire du prince. Au moment de la prise de Rhodes les éloges vénitiens pour la piété de Soliman sont encore plus vifs et nombreux. Selon le Capitaine général de la Mer, Domenico Trevisan, le monarque est allé prier dans l'église de Saint-Jean, préalablement transformée en mosquée. Domenico Da Mula, fils d'un autre haut commandant naval de la république, vante sa clémence religieuse. Il aurait songé à s'emparer du trésor de l'église de Saint-Jean : mais lorsque le Grand maître des Chevaliers de Rhodes le prie de ne pas toucher aux reliques, il les lui laisse en s'attribuant seulement une Annonciation.

La chute de Rhodes est sans doute l'occasion dans laquelle l'humanité de Soliman brille de tout son éclat aux yeux des Vénitiens. Sa compassion à l'égard du vieux Grand maître est évoquée avec force aussi bien par Trevisan et Domenico Da Mula que par le Provveditore dell'Armata Giovanni Vitturi. Dans leur subconscient les chefs des forces navales de la république se réjouissaient-ils d'avoir éventuellement en face d'eux un adversaire si chevaleresque ? Ou bien cette grandeur d'âme leur paraît-elle d'autant plus louable chez un Turc ? Domenico Trevisan, en tout cas, n'oublie pas non plus d'évoquer l'échange de dons intervenu entre le Grand maître vaincu et le sultan triomphateur.

Que le Grand Seigneur fût cruel, ou tout au moins capable de disposer sans sourciller de la vie de ses sujets, apparaissait tout à fait normal, surtout s'il s'agissait de châtier des coupables. (...)

Il semble ainsi qu'il y ait eu, dans l'image vénitienne de Soliman, une curieuse distinction interne (ou si l'on veut une sorte de greffe) entre l'aspect de l'homme et celui du souverain. Tout se passe comme si l'on ne se sentait aucunement autorisé à juger le prince ottoman en tant que tel, quel que soit son comportement. Tandis que, dès que son attitude pouvait paraître humaine (à quelque égard que ce soit) la sympathie et une sorte d'admiration lui étaient acquises d'emblée. Parce qu'il s'agissait d'un Turc ou parce que l'humanité était chez un prince une qualité quasi inattendue ?"

Voir également : Kanuni Sultan Süleyman (Soliman le Magnifique ou le Législateur)

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jeudi 5 octobre 2017

Alexandre VI Borgia et Beyazıt II (Bayezid II)




André Clot, Soliman le Magnifique, Paris, Fayard, 1983, p. 175-176 :

"Le Roi Très Chrétien [François Ier], complice du Grand Turc, était le responsable de la mort du jeune roi [Louis II de Hongrie] ! La propagande autrichienne se déchaîna. Charles et Ferdinand oubliaient, ou feignaient d'oublier, que François Ier n'était pas le premier à être allé chercher appui auprès des princes musulmans. Le pape Innocent VIII n'avait guère eu de scrupule à garder en otage le prince Cem, frère de Bâyezîd, moyennant la belle somme de 40 000 ducats. Et si l'on croit Guichardin, Alexandre VI Borgia ne fut pas entièrement étranger à la mort de ce malheureux fils de Mehmed le Conquérant. Le même Alexandre VI encouragea Alphonse de Naples à s'allier au Grand Turc contre le roi de France Charles VIII. Ludovic Le More [duc de Milan] avait sollicité l'aide du sultan dans les Guerres d'Italie."

Nicolas Vatin, "L'ascension des Ottomans (1451-1512)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 107 :


"Sur le plan extérieur, la politique de Bâyezîd II vit le développement de l'activité diplomatique. Elle n'était pas inexistante auparavant, et Mehmed II avait organisé un appréciable réseau de renseignements. Mais les affaires d'Otrante, puis de Djem furent la cause (et sans doute aussi l'occasion) de nombreuses ouvertures diplomatiques de la Porte, qui envoya des représentants auprès de plusieurs cours occidentales. Tant que Djem était entre les mains des Occidentaux, il était utile de s'entendre avec eux : Bâyezîd versa à Rhodes, puis à Rome, un tribut annuel. Il donna de précieuses reliques. Il s'engagea en 1490 à ne pas attaquer Venise, les Etats pontificaux et Rhodes et à plusieurs reprises renonça à des préparatifs maritimes sur la pression du pape et de l'ordre de Rhodes. Bien plus, en 1494, le roi de Naples et le pape Alexandre VI allaient demander l'aide de la Porte contre Charles VIII de France. L'Empire ottoman entrait dans le concert des puissances."

Voir également : Les papes et les sultans

L'Empire ottoman et l'Occident chrétien à l'époque moderne

Les offres de Beyazıt II (Bayezid II) à Léonard de Vinci et Michel-Ange

L'appartenance de l'Empire ottoman au système diplomatique européen

mardi 12 septembre 2017

Citations du général Kenan Evren




Message en tant que président du Conseil national de sécurité, 12 septembre 1980 :

"Les forces armées ont pris le contrôle du pays pour sauvegarder son intégrité territoriale et son unité nationale. L'armée a été obligée de faire face au danger mortel que courait le pays. Nous avons réussi à prendre le contrôle complet du pays."

Déclaration, 15 septembre 1980 :

"Notre démocratie a déraillé. Nous sommes décidés à liquider tous les obstacles qui empêchent son fonctionnement normal. L'Armée, une fois cette tâche accomplie, retournera à ses missions traditionnelles."

Déclaration, 30 octobre 1980 :

"L'unique raison d'être des Forces Armées Turques est la défense du pays en tant qu'ensemble indivisible à la fois contre les ennemis intérieurs et extérieurs, et veiller à ce que ce pays soit toujours sûr."

Discours au Collège de guerre, cité dans Cumhuriyet du 4 octobre 1983 :

"Si nous sommes exclus du Conseil de l'Europe, ils n'auront plus la la possibilité de faire pression sur nous. C'est parce qu'ils veulent continuer à exercer cette pression qu'ils n'ont pas eu le courage de nous exclure. Mais laissez-moi vous dire encore une fois ceci : la République de Turquie ne doit pas son existence à sa participation au Conseil de l'Europe. La République de Turquie existe depuis des années et des années et la Nation turque continuera d'exister, qu'elle soit ou non membre du Conseil de l'Europe." 

Discours devant les étudiants de l'Université d'Adana, 8 janvier 1987 :

"La réaction religieuse existe en Turquie, elle est aussi dangereuse que le communisme. (...) la nation écrasera la tête de ceux qui veulent instaurer un Etat communiste ou basé sur la loi religieuse."

Déclaration à Sivas, 22 juin 1987 :

"(...) quelques pays alliés veulent diviser la Turquie. (...) Quelques pays alliés soutiennent les mouvements terroristes en Turquie (...) Nous sommes membres de l'OTAN, du Conseil de l'Europe et de l'OCDE. Quand nous avons présenté notre demande d'adhésion à la CEE, les communistes et les Verts ont voulu nous en empêcher. (...) ils ont voté la résolution qui a encouragé les terroristes."

Voir également : L'Armée, la gardienne de la démocratie turque

Le terrorisme arménien contre les démocraties

Le point de vue mitigé des généraux turcs par rapport à l'Occident