lundi 2 avril 2018

Papa Eftim, le patriarche des Karamanlides (Turcs chrétiens-orthodoxes)




"Nouvelle scission au sein de l'Eglise orthodoxe", La Croix, 2-3 janvier 1922 :

"Le principe schismatique produit ses fruits en Orient. On télégraphie de Constantinople que Mgr Melotis Metaxakis, élu dernièrement patriarche oecuménique, est attendu prochainement venant d'Amérique. Non seulement la scission est complète entre le Phanar et les gouvernements de Constantinople et d'Athènes, mais encore des courants séparatistes se manifestent au sein de l'Eglise orthodoxe. Suivant des nouvelles d'Angora, la population grecque orthodoxe d'Anatolie manifeste, par l'intermédiaire de son chef religieux, le métropolite de la localité de Keskine, reconnu également comme métropolite par les nationalistes, le désir de rompre avec le patriarcat oecuménique et de créer un patriarcat autonome en Anatolie dans les limites autorisées par le gouvernement d'Angora.

Le commissariat à la justice et au culte d'Angora, partageant le désir exprimé par le patriarche orthodoxe résidant en Anatolie, élaborera un projet de loi tendant à la création d'un patriarcat turc orthodoxe à Angora. Des approbations concernant le projet qui sera soumis à l'assemblée nationale et qui précédera la constitution du patriarcat sont déjà parvenues au gouvernement.

Selon diverses informations la motion des députés Djella-Eddine et Arif bey tendant à l'abolition des privilèges dont jouit le patriarcat, sera discutée en même temps que la proposition relative à la création d'un patriarcat turc orthodoxe."

"Dans le Proche Orient", Le Temps, 6 janvier 1922 :


"La question du patriarcat

On mande d'Angora :

Le conseil des ministres a approuvé la création d'un patriarcat turc indépendant en Asie-Mineure. Le conclave aura lieu très prochainement et probablement à Césarée.

D'après le bruit qui court, Mgr Papa Estym [Eftim] sera élu au patriarcat.

Mgr Papa Estym s'est distingué par sa proclamation dans laquelle il était dit qu'en Asie-Mineure il n'y avait qu'un seul peuple, les Turcs, musulmans ou chrétiens."

"Les Affaires d'Orient", Le Journal des débats politiques et littéraires, 27 février 1922 :

"Le Patriarcat turc

Le projet de loi pour l'élection d'un patriarche turc à Angora a été préparé pour être présenté à l'Assemblée nationale de Turquie. D'après ce projet, les coutumes patriarcales du Phanar seraient abandonnées. L'organisation des Turcs chrétiens d'Asie-Mineure ne sera pas différente de celle des Turcs musulmans."

"A propos de l'armistice turco-grec", Le Rappel, 11 avril 1922 :

Angora 9 avril. — Ces derniers jours, une réunion a eu lieu devant la grande Assemblée nationale. Plusieurs orateurs ont prononcé des discours rappelant l'armistice de Moudros, les conditions dans lesquelles il a été conclu et quels résultats il a donnés, (...).

Papa Eftime Effendi, patriarche des chrétiens turcs, a pris la parole et déclaré que les chrétiens turcs sont unis avec les musulmans pour la cause nationale."

"Les Turcs aux portes de Smyrne : L'armée grecque du Nord anéantie", L'Action française, 9 septembre 1922 :

"L'enthousiasme en Asie Mineure

Les nouvelles de la victoire turque ont produit en Asie Mineure un enthousiasme indescriptible. Dans toutes les villes des réunions et des fêtes ont été organisées. Les télégrammes de félicitations envoyés à Moustapha Kémal pacha dépassent plusieurs milliers.

Le patriarche orthodoxe turc d'Asie Mineure, dans une lettre pastorale, a ordonné trois jours de fêtes dans toutes les églises. La population de la ville d'Angora célèbre la victoire depuis trois jours."

"Chronique des Eglises orientales", Echos d'Orient, n° 125, tome 21, 1922, p. 111 :

"Un certain pappas Efthyme, de Keskine, un des plus fervents partisans du patriarcat anatolien et probablement un des candidats éventuels, a découvert que les orthodoxes turcophones sont de même race que les conquérants. Ils seraient venus un siècle avant les Seldjoucides et auraient embrassé le christianisme sous l'injonction des empereurs byzantins. Actuellement encore, ils se servent du turc dans la liturgie, et leurs livres saints sont également en turc."

Etienne Rollier, "Tentative d'expulsion du patriarche grec de Constantinople", La Croix, 19 juin 1923 :

"Le gouvernement d'Angora n'admet point l'existence d'une Eglise grecque sur son territoire, et accepte, au besoin, d'avoir une Eglise nationale turque : l'anomalie est dans le fait que le gouvernement n'est pas chrétien : mais ce n'est pas Angora qui aura du scrupule sur ce point, et la vérité est que, déjà, durant les hostilités de 1920-1923, les nationalistes turcs avaient fondé à Angora même une Eglise turque-orthodoxe, avec, en tête, un certain papa Eftym (c'est la forme turque du nom grec Efthymos) ; la langue liturgique était le turc : la messe de saint Jean Chrysostome traduite dans la langue de Mahomet ! Qui les empêchera d'implanter cette Eglise à Constantinople ? Ce n'est pas l'Europe qui voudra intervenir dans cette affaire intérieure, elle qui a tant de peine à sauvegarder ses propres intérêts auprès des Turcs. Sans doute, la délégation turque n'a pas réussi à supprimer le siège du patriarche oecuménique ; on y parviendra par une voie détournée en favorisant, par exemple, l'entreprise de Damianidis, qui, du reste, n'a pu se lancer dans cette affaire sans le consentement ou même l'instigation des autorités locales : il n'est que de voir l'empressement avec lequel la requête de Damianidis a été accueillie par le préfet de la ville et communiquée sans retard à Angora.

Si ces projets se réalisent, il arrivera qu'effectivement, au lieu de la tiare, l'Eglise de Constantinople aura hérité du turban."

Paul Gentizon, "Lettre de Turquie : La question du patriarcat", Le Temps, 28 mars 1924 :

"Tandis que ces débats se poursuivent autour du maintien ou de la suppression du patriarcat, des événements lamentables, faisant revivre les époques les plus sombres de l'histoire byzantine se déroulent au Phanar. Depuis le jour où quelques centaines de Grecs de Galata firent irruption dans le palais patriarcal en y brisant les meubles et malmenant les prélats, sous prétexte d'exiger la démission de Meletios IV, dissensions, rivalités, intrigues, procès, excommunications n'ont cessé d'agrandir le chaos moral dans lequel se débat la communauté grecque de Constantinople. Au lieu d'atténuer le mal, l'élection du nouveau patriarche Grégoire VII n'a fait que l'envenimer. En face de ce vieillard et du Saint-Synode, se dresse, en effet, le Papa Eftim, qui, venu, il y a quelques mois, du fond de l'Anatolie, se donne comme le chef de la nouvelle Eglise, dite turque-orthodoxe. Or, ce fougueux prélat paraît décidé à tout prix, si ce n'est à abolir le patriarcat, du moins à le réformer radicalement. Chaque semaine, des notes solennelles que l'on publie intégralement, tout comme des documents diplomatiques, sont échangées entre les deux parties. « Par la lecture de nos livres sacrés, écrit un jour le Papa Eftim, j'ai acquis la conviction inébranlable que le devoir religieux qui vous incombe est d'aimer le gouvernement turc... » Et le lendemain : « Si vous n'êtes pas les esclaves de votre ambition égoïste, laissez le soin de diriger l'Eglise à ceux qui ne sont pas politiquement compromis. » A ces diatribes fulminantes, le patriarche répond une fois en frappant d'interdit le pope anatolien, puis une autre, en le dépouillant de ses titres ecclésiastiques. Le Papa Eftim contre-attaque alors en adressant au Phanar un protêt l'avisant de l'ouverture d'une action contre le chef de l'Eglise orthodoxe pour indemnisation du préjudice moral."

Voir également : La Turquie kémaliste et les Turcs gagaouzes (chrétiens-orthodoxes)

Les peuples turcs non-musulmans à l'époque contemporaine

Un tabou des nationalismes arménien et grec : le mélange avec les Turcs christianisés d'Anatolie

La symbiose turco-byzantine

L'intégration de populations turques dans l'Empire byzantin

lundi 19 mars 2018

"Bouclier de l'Euphrate" : la reconstruction du nord de la Syrie et le souvenir d'Atatürk

L'opération "Bouclier de l'Euphrate" a libéré une partie du nord de la Syrie de l'EI (incluant les villes de Jarablus, Al-Raï, Dabiq et Al-Bab). Ces territoires sont désormais administrés par l'ASL (affiliée au gouvernement intérimaire syrien), avec l'assistance de l'armée turque (TSK).

En mai 2017, dans un centre d'entraînement à Sivas, les Syriens de la nouvelle police d'Al-Bab (issue de l'ASL) se sont vu remettre leurs diplômes sous le portrait d'Atatürk :



Atatürk est présenté comme un patriote courageux dans les nouveaux manuels scolaires (en arabe) des zones libérées. Informations ayant circulé en janvier 2018 :

"Jomana Qaddour
‏@jomanaqaddour

Textbooks in Euphrates area of Syria now incorporate lessons about Ataturk in the curriculum"

Source : https://twitter.com/jomanaqaddour/status/953383528233885696

"Abdulrahman al-Masri
@AbdulrhmanMasri

"[Ataturk] showed great bravery for the sake of defending the homeland." In curriculum textbook teaching Syrians in northern Syria's Euphrates Shield zone (areas controlled by Turkey-backed FSA groups)"

Source : https://twitter.com/AbdulrhmanMasri/status/953411744260640769




Recep Tayyip Erdoğan lui-même a comparé l'ASL à la résistance armée des kémalistes : "L'ASL, au même titre que les forces nationales durant notre guerre d'indépendance, est une formation civile [comprendre : différente des djihadistes]. C'est une source de fierté que l'ASL combatte aux côtés de nos troupes courageuses." (déclaration, 30 janvier 2018)

Pour rappel : La place du kémalisme et du nationalisme turc dans la rébellion syrienne

Voir également : La différence de nature entre les sécularismes kémaliste et baasiste

Alexandrette, Mossoul, Ourmia : les politiques suivies par Mustafa Kemal Atatürk

Le "rayonnement" de la Turquie kémaliste dans le monde musulman

Le kémalisme et l'islam 

La lutte d'indépendance impulsée par Mustafa Kemal : une résistance à l'occupation de l'Entente et aux irrédentismes gréco-arméniens
  
Al-Hayat (média de l'EI) condamne pêle-mêle Atatürk, le nationalisme turc et l'AKP... mais cherche à amadouer les Kurdes de Turquie

vendredi 2 mars 2018

IIe Congrès d'histoire turque (1937) : allocution d'Eugène Pittard, au nom des savants étrangers




"Allocution de M. Eugène Pittard, professeur à l'Université de Genève, au nom des savants étrangers", La Turquie Kemaliste, n° 21-22, décembre 1937, p. 23-24 :

MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
Mesdames et Messieurs,
On m'a demandé de prendre la parole au nom des savants étrangers participant à ce Congrès. Je le fais bien volontiers.

Pourquoi m'a-t-on choisi ? Sans doute, parce que j'appartiens à un petit pays qui ne porte ombrage à personne ; peut-être parce que je ne suis pas un historien classique ; mais surtout, j'imagine — et alors cette raison, je l'accepte avec joie — parce que, depuis 36 ans — plus, sans doute, que la plupart d'entre nous, congressistes étrangers, je suis devenu un ami du peuple turc. Au cours de la fabuleuse carrière qu'il vient d'accomplir, et qu'il continue à développer, j'ai été le témoin objectif — et non pas, croyez-le, le thuriféraire — d'un effort colossal, dont il serait bien difficile de trouver l'équivalent dans le monde. Cette objectivité même, je veux le croire, a dicté la raison pour laquelle je suis ici.

J'ai dit que je n'étais pas un historien classique : au moins au sens scolaire du mot (qui devrait être singulièrement élargi). Mais je revendique pour moi, et pour ceux de ma sorte, les droits et les devoirs de l'historien, tel que je le conçois, tel qu'il doit être : celui qui écrit la chronique des hommes.

En effet, qu'est-ce une histoire qui ne tiendrait compte que d'un temps restreint, que d'un espace restreint, comme ceux indiqués dans nos manuels ? Il n'y aurait là qu'une infime portion des aventures humaines et pas toujours les plus capitales. Et les relations lointaines nous échapperaient. Depuis 40 ans, par la plume et par la parole, j'enseigne que l'Histoire ne peut séparer ses périodes, qu'elle ne peut débuter à un moment arbitrairement choisi ; qu'en un mot, elle commence avec l'homme, en y prenant tout l'espace et tout le temps. La période paléolithique, la civilisation de nos plus lointains prédécesseurs nomades, appartient ainsi à l'Histoire.

D'ailleurs l'exposition si riche, si bien ordonnée, si claire, si pédagogique, mise sous les yeux du Congrès, est une démonstration magnifique de cet enchaînement de toutes les aventures d'un pays, d'une région, d'un peuple. De telles aventures nous contraignent à ne pas séparer un moment d'un autre moment. Encore une fois tous sont solidaires. Les fils ne peuvent oublier leurs pères !

L'Histoire proprement dite — telle qu'hélas ! on l'entend aujourd'hui, — n'est pas née spontanément, à un moment donné, dans un endroit déterminé. Partout elle découle de sa Protohistoire qui, elle même, est fille de sa Préhistoire. Si nous prenons, comme exemple, l'Anatolie qui est à nos portes, — et dont, à deux pas d'ici on nous montre les richesses archéologiques — que voyons-nous ? A la civilisation de la pierre taillée, ignorée il y a peu d'années, aujourd'hui acquise sur plusieurs points du territoire, succède la civilisation néolithique, puis vient celle du cuivre et celle du bronze. C'est alors que des peuples, tels que les Protohittites entrent dans l'Histoire. Mais ces Protohittites, qui sont-ils ? Sans aucun doute les descendants des hommes qui avaient créé sur les mêmes lieux, ou dans des lieux voisins, les civilisations précédentes. Ainsi, en remontant de génération en génération, nous établirions une généalogie qui nous conduirait fatalement jusqu'au Paléolithique, jusqu'à ces hommes qui, dans des conditions très difficiles, ont maintenu la vie. Sans eux, il n'y aurait pas d'Histoire.

Tout à l'heure, j'ai parlé du prodigieux renouvellement de la Turquie, de ce redressement à nul autre pareil, auquel nous avons assisté, et qui doit émerveiller les ennemis mêmes — s'ils en ont encore — de nos hôtes de ces journées.

La Société d'Histoire Turque, création toute naturelle dans le nouvel Etat, émanation directe de cet intense désir de rénovation totale d'une nation qui veut se saisir elle-même et se retrouver dans son passé — qu'il soit lointain ou proche, heureux ou malheureux, mais dans tout son passé — la Société d'Histoire Turque est une compagnie scientifique qui a déjà fait de grandes choses. Nous avons l'assurance qu'elle en accomplira beaucoup d'autres. Son énergie va de pair avec celle du constructeur même du pays, de l'édificateur glorieux de la République.

D'ailleurs, je crois savoir que le Président de la République Turque s'intéresse de tout cœur à cette association patriotique, qu'il lui insuffle ses prestigieuses qualités d'enthousiasme et de travail acharné. Aussi, Messieurs les Congressistes, quels résultats en si peu d'années ! Des recherches dans les archives et dans les vieux monuments, des champs de fouilles ouverts en maints endroits, des trouvailles admirables ! Partout, il en surgit des lumières au sujet de savants turcs ignorés, comme Piri Reis ; partout il en ressort des conceptions nouvelles au sujet des rapports entre elles des antiques populations anatoliennes connues par l'Histoire. Puis simultanément, des découvertes de préhistoire qui reculent dans un passé fabuleux les ancêtres de ceux dont les tépés jalonnent le plateau anatolien, nous révélant ainsi les origines et les successions des civilisations.

Ils nous les révèlent sans cesse, élargissant notre horizon de connaissances et de pensées. Au cours de ces civilisations diverses, les hommes, réunis en Cités plus ou moins grandes, dès la période néolithique, ont parlé des langues différentes ; ils ont porté des noms variés, dont plusieurs nous seront toujours inconnus. Ils ont parfois été associés pour leurs destinées, ou sont devenus d'irréductibles ennemis, mais ce sont presque toujours et presque partout les mêmes hommes. L'Histoire classique en connaît quelques-uns, mais tous, ils descendent les uns des autres ! Il ne peut en être autrement. Les Turcs d'aujourd'hui se sont appelés jadis à l'aurore d'une histoire qui donnait aux peuples des dénominations, des Hittites, comme plusieurs millénaires plus tard, ils s'appelleront des Seldjouks, puis des Ottomans, enfin des Turcs.

C'est à la Société d'Histoire Turque qu'il appartient de nous éclairer sur tous ces points, de nous instruire sur tous ces événements, d'établir les raccords obligatoires entre les millénaires et les siècles, entre les peuples et les états de civilisation. Elle s'y apprête avec une ardeur qu'il nous faut tous souligner, à laquelle nous devons tous applaudir. Car l'histoire turque, considérée dans sa totalité, c'est aussi notre histoire. Il ne peut y avoir de doute à cet égard. La solidarité humaine de l'Eurasie — j'entends d'une Asie centrale et occidentale, et d'une Europe en son entier — qui doit remonter aux premiers temps du monde, sera de mieux en mieux démontrée.

L'autre jour, au Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques de Bucarest, Bayan Âfet, l'une des animatrices de la Société d'Histoire Turque — et aussi du présent Congrès — a montré quelques résultats des dernières fouilles faites en Anatolie par la Société d'Histoire Turque. Les confrères qui étaient là et que je retrouve aujourd'hui ne me démentiront point si je dis que Bayan Âfet eut, par cette présentation d'un chapitre de l'histoire turque, le plus légitime succès. Tellement même, qu'un vœu unanime de la deuxième section, ratifié par le Congrès, demanda l'intensification des recherches en Anatolie.

Ainsi, la Société d'Histoire Turque nous a déjà donné de magnifiques présages. Nous attendons d'elle des récoltes qui enrichiront, non pas seulement le pays auquel elle appartient, mais l'histoire universelle dont tous, nous sommes comptables, qu'elle soit politique, religieuse, sociale, artistique — mais aussi la philosophie même, qui découlera de cette histoire. Nous ayant fait connaître ce que nous sommes, elle doit nous aider à nous conduire vers l'avenir.

Au nom des savants étrangers réunis ici, j'adresse mes hommages respectueux à Monsieur le Président de la République Turque, chef suprême de cet Etat. Et je prie la Société d'Histoire Turque de bien vouloir accepter nos félicitations pour ses travaux et nos vœux pour un magnifique avenir. Et aussi, nos remerciements pour avoir assumé les charges de ce Congrès.

Il doit être aux yeux de tous la démonstration de la solidarité scientifique, culturelle, humaine qui doit réunir tous les hommes. A quelque partie du monde qu'ils appartiennent, ils doivent vivre dans un sentiment de confraternité. Ils doivent tous collaborer.

Nous ne doutons pas qu'il ressorte de ce Congrès d'importantes connaissances nouvelles pour l'Histoire générale. Et pour la Turquie même, le sentiment que s'étant désormais placée à l'avant-garde, elle devra, pour notre bien à tous, y demeurer fidèlement.

Voir également : Eugène Pittard : "L'effort matériel et intellectuel de la Turquie"

Les Turcs de la Dobroudja

La révolution kémaliste : une "restauration de l'histoire turque"

Kémalisme : les théories raciales au service de la paix

Les contacts des Proto-Turcs avec les Indo-Européens et les Ouraliens 

La proximité des langues altaïques (incluant le turc), ouraliennes et indo-européennes selon la théorie de la macro-famille linguistique nostratique

La communauté culturelle entre Celtes et Proto-Turcs

Aspect et beauté physiques des Turcs

Eugène Pittard : "L'effort matériel et intellectuel de la Turquie"




Eugène Pittard, "L'effort matériel et intellectuel de la Turquie", La Turquie Kemaliste, n° 21-22, décembre 1937, p. 21-22 :
APRES NEUF ANNEES, je me retrouve à Ankara. Il me faut vérifier une découverte faite en 1928 dans l'Est de l'Anatolie et Ankara est la première étape du voyage. Je retrouve une ville extraordinairement agrandie. Laissant la vieille cité turque dans ses murailles historiques, où, pendant beaucoup de siècles, chaque civilisation qui survenait a laissé des souvenirs, la Cité nouvelle s'est installée au pied du rocher et, sans arrêt, se développe dans toutes les directions. Musées, hôpitaux, instituts scientifiques, banques, école d'agriculture, école vétérinaire, ministères, ambassades etc., se sont installés le long de magnifiques avenues, dans des constructions somptueuses, telles qu'en montrent les très grandes villes. Avant qu'elle devînt capitale, Ankara avait 5000 habitants. Elle est en train d'atteindre, m'assure-t-on, 150.000 âmes. Ceux qui voudraient se représenter ce que peut être la création intégrale d'une ville moderne, avec tout ce que comporte ce terme, dans un désert où, il y a dix ans, on souffrait de manquer d'eau, doivent aller faire un tour à Ankara. Ils pourront considérer là une partie du colossal effort turc, depuis que la République a été proclamée. Il est certainement un des plus considérables que l'histoire, dans son ensemble, puisse enregistrer.

Mais l'effort de la Turquie kemaliste ne s'est pas borné à des constructions. Il a été aussi très grand dans l'ordre intellectuel : la création de l'Université d'Ankara (qui sera bientôt réalisée), celle du musée d'ethnographie, du musée hittite (dont l'édification s'approche à grands pas) sont déjà d'admirables institutions. Des chantiers de fouilles scientifiques ont été ouverts en maints endroits de la Thrace et de l'Anatolie. Quelques-unes des trouvailles faites sont tout simplement magnifiques. Elles éclairent déjà d'un jour nouveau certains états de civilisations anciennes sur lesquelles nous étions encore mal ou peu ou pas informés. Par exemple, chaque jour la civilisation des Hittites nous est mieux révélée. Nous avons admiré à l'Exposition du Congrès de la Société d'Histoire Turque quelques-uns des objets provenant des dernières trouvailles. Quelles richesses et quelles beautés ! Et aussi quel intérêt pour l'histoire du monde d'il y a 4.000 — 5.000 ans.

Parmi les animateurs de cet élan scientifique où l'archéologie a la part principale, il faut citer la Société d'Histoire Turque qui fut à la tête du deuxième Congrès turc d'histoire réuni dernièrement à Istanbul et dont je voudrais dire quelques mots. Car ses recherches et ses publications nous touchent de près : une liaison toujours plus évidente existe entre l'Asie Mineure préhistorique et l'Europe de cette même époque. Il semble de plus en plus certain que la plus grande révolution sociale qui ait jamais existé, celle qui fit passer nos ancêtres mésolithiques de la vie nomade à la vie sédentaire, celle qui apporta la culture des céréales et la domestication des animaux, nous est venue de l'Anatolie. Elle fut apportée chez nous par les brachycéphales de l'Asie Mineure dont l'avant-garde peut être représentée par le petit groupe mésolithique enterré à Ofnet. On comprend, par ces seules indications, l'intérêt que pouvait présenter, pour l'histoire de la civilisation, le Congrès turc d'histoire. Celui-ci avait réuni de nombreux savants étrangers : Allemands, Autrichiens, Français, Grecs, Hongrois, Italiens, Suédois, Suisses, Tchécoslovaques appartenant aux diverses disciplines de l'histoire, — celle-ci étant élargie jusqu'au Paléolithique — ce qui est l'intelligence même.

Toutes ces séances eurent lieu dans une grande salle du palais de Dolmabahçe, au bord du Bosphore. Elles furent chaque jour honorées de la présence du président de la République, Kemal Atatürk. Il voue à la Société d'Histoire une attention passionnée ; il se rend compte que c'est un sûr moyen (nous l'oublions parfois chez nous) de donner à son peuple, sans égoïsme, le sentiment de sa nationalité, de sa grandeur, de son avenir. Plusieurs centaines d'instituteurs, venus de tous les points de l'Anatolie, suivirent avec assiduité toutes les séances. Ils prirent ainsi un contact plus étroit avec l'histoire de leur pays. Exemple qu'on devrait suivre ailleurs.

Plus de septante communications furent présentées par les savants turcs et étrangers. Elles avaient trait à tous les chapitres de l'histoire de l'Asie Mineure. La préhistoire la plus reculée y eut son compte comme les moments les plus rapprochés de nous. Dörpfeld parla de Troie et Landsberger des "questions fondamentales de l'histoire de l'Asie antérieure". Il fut question de linguistique, de l'histoire des religions et d'art monumental, comme il fut question des coutumes funéraires, d'astronomie ancienne et de droit. Les rapports ayant existé, à toutes les époques, entre l'Asie Mineure et les pays voisins furent évoqués, sous des aspects différents, par une dizaine de savants turcs et étrangers. C'est ainsi que le professeur Marinatos d'Athènes, parla du "monde crétois et vieil anatolien pendant le deuxième millénaire", que les professeurs Persson et Dixon indiquèrent respectivement les "relations entre l'Asie Mineure et la Grèce pendant la préhistoire" et les "relations entre l'Ibérie et la mer Egée avant l'ère romaine". La période seldjoukide fut aussi étudiée sous ses perspectives diverses : professeur Sarre : "l'art seldjoukide à Konia" ; professeur Gabriel : "l'architecture seldjoukide" ; professeur Kansu, "étude anthropologique des Seldjouks" ; etc.

En bref, les congressistes eurent chaque jour sous les yeux de substantielles pages d'histoire, écrites sur un des coins du monde qui a joué un des plus grands rôles de l'histoire universelle. Lorsque le volume du Congrès sera publié, on se rendra compte de l'effort collectif accompli pendant les six journées que durèrent les exposés et les discussions.

J'ai dit qu'une exposition archéologique — de la préhistoire aux temps actuels — était annexée au Congrès. Claire, admirablement ordonnée, sans surcharge, pédagogiquement bien comprise, elle fit, par son ordonnance même et par la nature des objets exposés, l'admiration de tous ceux qui la visitèrent.

Comme il convient, le Congrès fut suivi d'excursions, à Pergame et Ephèse par Smyrne ; à Troie ; à Boğazköy et Alacahüyük dans l'Anatolie centrale. Cette dernière excursion réunit le plus grand nombre de participants. Et je puis assurer qu'elle fut du plus vif intérêt.

L'hospitalité turque — au cours du Congrès et des excursions — fut tout simplement admirable. J'ai suffisamment vécu en pays turc pour ne pas insister : je sais que je désobligerais nos hôtes. Qu'au moins ils me permettent, au nom des savants étrangers, de leur dire un seul mot : merci !

Voir également : Les Turcs de la Dobroudja

La révolution kémaliste : une "restauration de l'histoire turque"

Kémalisme : les théories raciales au service de la paix

Max Bonnafous

Aspect et beauté physiques des Turcs

jeudi 15 février 2018

Ernesto Giménez Caballero (écrivain espagnol)




Ernesto Giménez Caballero, Genio de España. Exaltaciones a una resurrección nacional y del mundo, Barcelone, Planeta, 1983 (première édition : 1932), p. 108-111 :

"Les Ottomans apparaissent comme les Castillans de l'Islam. Unificateurs, ordonnateurs et impériaux. Ils ont battu les Serbes au Kosovo (1389), les Bulgares à Tirnovo (1393). Ils ont envahi la Zéta en 1499. Belgrade en 1521. Et ils sont arrivés sur le Dniestr en 1538. (...)

Mais l'empire turc, comme l'empire espagnol, se démembre et se désintègre au XIXe siècle, au rythme de la Marseillaise jouée par la France dans tous les Balkans, comme dans toutes les républiques américaines. A partir de l'anarchie consécutive, les autonomies est-européennes se sont cristallisées ; le royaume serbe, la basileia grecque, le tsarat bulgare, etc.

Lorsque vient la Grande Guerre de 1914, la Turquie, réduite, vaincue, rêve sans doute d'une renaissance guerrière, avec l'aide de l'Allemagne. Mais l'Allemagne est vaincue. Et le patriotisme turc doit en subir les conséquences. L'Angleterre aide les Grecs, ennemis séculaires du Turc, pour une incursion en Asie Mineure. On essaie donc, non seulement de jeter l'Osmanli hors de l'Europe, mais aussi de l'Asie. La Turquie semblait irrémédiablement perdue. Son sultan Mohamed VI [Mehmet VI] n'avait plus de courage ou de sentiment patriotique. Il s'appuie sur l'Angleterre et se livre à elle.

Mais en Turquie il y avait, depuis 1908, des groupes de jeunes, des faisceaux de patriotes, qui aspiraient à un vaste avenir, à une résurgence. Ces groupes s'appellent « La Jeune Turquie », « Union et Progrès »... Une de ces sociétés romantiques et héroïques s'appelle « La Patrie ».

Et son fondateur : Mustafa Kemal. Mustafa Kemal était d'une pure lignée, une lignée macédonienne. Fils d'un commerçant et fonctionnaire de Salonique, natif de cette ville et de la lignée d'Alexandre le Grand. Dans cette lignée macédonienne, on trouve des grands hommes d'Etat guerriers : Niasi [Niyazi] Bey, Talaat, Mohamed Ali [Mehmet Ali Paşa], Enver... En 1904, il était capitaine de l'état-major. Et, comme nos militaires des juntes de défense, il passe sa vie à conspirer, ce qui lui coûte parfois cher.

La Grande Guerre éclate ; Mustafa est responsable du commandement de la 19e division et se bat à Ariburnu. Bientôt, des divergences apparaissent avec le commandement allemand. Mustafa Kemal est tout d'instinct guerrier, et le général tudesque Falkenhayn, de pédanterie. Celui-ci abandonne sa pédanterie. Quand ils se rappellent que Mustafa avait raison et qu'on lui ordonne de marcher sur Bagdad, il est déjà trop tard. L'armistice a été signé : c'est la défaite. Ne sachant que faire de ce Mustafa, le sultan le cantonne à l'Anatolie, pour diriger un groupe de troupes. (Ainsi, au XVe siècle, le Basileus byzantin laissa ses auxiliaires, des Turcs, à Gallipoli, ignorant que ces guerriers auxiliaires allaient le battre.) En effet, alors que l'armée turque est démoralisée, Kemal organise la résistance nationale avec les meilleurs des anciens combattants. Et, depuis Angora, la Tolède anatolienne, avec un climat rude et de haute altitude, il commence à entrevoir l'avenir de la Turquie.

Le 14 mai 1919, la Conférence de paix se tient tranquillement à Versailles pour partager la Turquie. Pour les Yankees, l'Arménie et Constantinople ; pour la Grèce, Smyrne ; pour la France, l'Anatolie septentrionale... Les Grecs n'attendent pas grand-chose. Le 19 mai, ils débarquent à Smyrne, aidés par leur protecteur anglais, qui a un agent fidèle en Venizelos.

Smyrne est la Fiume des Turcs. Une clameur nationale s'élève dans le domaine turc. « Smyrne restera turque » — est-il proclamé —. Et Mustafa, de son point de vue, les bras croisés, dit à ses hommes : « Le Turc n'a jamais été un esclave et ne le sera jamais. » Le sultan, corrompu par l'Angleterre, hésite. Mais Mustafa Kemal, en octobre 1922, pousse la poitrine de ses chevaux jusqu'à la mer Egée, poursuivant les Grecs terrifiés.

Une nation renaît. Ce grand capitaine, Mustafa, s'appelle le Ghazi, le Conducteur, le Victorieux. Sa puissance avance sur Constantinople.

Le 17 novembre, un télégramme annonce au peuple : « Le sultan s'est enfui à l'aube et s'est embarqué sur le croiseur anglais Malaya, partant pour Malte. » La révolution nationale s'est faite en Turquie. Et la Turquie commence à retrouver son génie, son destin.

Que fait Mustafa Kemal en Turquie pour redresser le génie turc ? D'un côté : moderniser l'islam turc. L'occidentaliser. D'autre part : traditionaliser l'islam turc. L'orientaliser. La Turquie : en tant que pont entre l'Asie et l'Europe, elle se voit chargée de la mission d'européaniser l'Orient. En d'autres termes : introduire la civilisation occidentale avec la substance turque, avec le style asiatique.

S'appuyant sur la plus pure tradition coranique qui postule : « Allez vous instruire partout, jusqu'en Chine », cet homme n'a pas peur de réprimer le mahométisme guindé du sultan en tant que religion officielle. Il proclame la liberté des cultes et de la conscience. Il laïcise les écoles et la vie publique. Mais en même temps, il tente une réforme intense du mahométisme. Il nationalise la langue turque, en la purgeant de ses barbarismes. Il introduit l'alphabet latin. Il amorce le vêtement à l'européenne. Il met un chapeau au lieu d'un fez. Et une queue-de-pie. Et il danse en public. Et il arrache le voile des visages féminins. Et il met en ordre l'administration. Et il entreprend des travaux publics dans le cadre de vastes plans. Et des réformes sociales. Et une réorganisation de l'armée, avec des vues impériales et efficaces. Sa République est née au son de la Marseillaise. La Turquie s'européanise. Mais elle s'européanise à l'ombre d'une loi d'ordre public, d'une dictature sans appel. La République, c'est un dictateur. Un seul homme. Le Ghazi. (En Espagne, on obtiendrait le même type en ajoutant celui de Primo de Rivera [général et dictateur] à celui d'Azaña [Premier ministre républicain]. C'est pourquoi la dictature et la république sont en Espagne si complémentaires et si opposées ; malheureusement.)

(...)

Le génie osmanli s'est réveillé. Voilà. Il renaît. Et il triomphe. Avec son vainqueur : Mustafa, le Ghazi."

Ernesto Giménez Caballero, Manuel Azaña (Profecías españolas), Madrid, Ediciones de la Gaceta Literaria, 1932, p. 270-271 :

"Azaña a également certains contacts turcs. (L'Espagne ressemble beaucoup à la Turquie. Le saviez-vous ?)

(...)

Mustafa Kemal en est venu à européaniser l'islam. Il attaqua "les forces traditionnelles". L'Eglise, l'Armée, l'Aristocratie. C'est pourquoi ces forces organisèrent un 10 août [allusion au pronunciamiento du général Sanjurjo en 1932], la fameuse insurrection des hommes et des femmes "kurdes". Son Sanjurjo s'appelait le cheikh ou le général Saïd.

Cette volonté d'européaniser par la force un pays presque oriental a été la clé de la politique de Lénine, de Mustafa Kemal. Sans doute aussi est-ce la clé de celle du Duce italien. Et de Don Manuel Azaña."

Voir également : XVIIe siècle : l'Europe des Habsbourg et l'"apaisement turc"

L'autoritarisme kémaliste

mercredi 14 février 2018

Richard Coudenhove-Kalergi




Richard Coudenhove-Kalergi, An Idea Conquers the World, Londres, Hutchinson, 1953, p. 130-132 :

"Parmi les nombreux hommes d'Etat étrangers qui vinrent à Vienne, celui qui me fit la plus forte impression fut Eleftherios Venizelos. Partisan enthousiaste de la Paneurope, il était pleinement confiant dans son avenir. (...)

Il revenait d'Ankara [en 1930] et était encore rempli des impressions acquises au cours de cette visite. Tout d'un coup, l'inimitié héréditaire entre Grecs et Turcs s'était transformée en alliance amicale. « Peu de temps après mon arrivée au pouvoir, me dit-il, j'ai passé en revue l'ensemble des relations turco-grecques. Il m'est soudainement apparu très clairement qu'il n'y avait vraiment que deux façons de sortir de l'impasse créée par une masse de revendications et de contre-revendications contradictoires : soit nos deux pays continueraient à se quereller — auquel cas ils s'extermineraient tôt ou tard, ou il devait y avoir une véritable réconciliation — après quoi les deux pays travailleraient harmonieusement ensemble.

« J'ai fait savoir à Mustapha Kemal que j'étais prêt à oublier le passé, que je souhaitais tourner la page dans nos relations mutuelles et faire place à une politique de collaboration turco-grecque. Kemal, qui est un grand homme d'Etat aussi bien qu'une personnalité d'envergure, a immédiatement accepté ma suggestion. Je me suis donc rendu à Ankara où il ne nous a pas fallu longtemps pour parvenir à une pleine compréhension des principes d'une étroite entente turco-grecque. »  

La sublime simplicité de cette action ressort d'autant mieux si l'on considère pleinement la longue histoire de l'antagonisme entre les deux peuples, remontant à huit cents ans et attisé à tous les stades par la haine et le fanatisme religieux. Seulement cinq ans plus tôt, les Grecs et les Turcs avaient été enfermés dans une lutte impitoyable pour la vie et la mort dans laquelle les deux parties semblaient exclure la pensée de la réconciliation. Maintenant, toute cette haine amère avait disparu soudainement, simplement parce que le génie politique de deux hommes d'Etat s'était révélé plus fort que toute la gamme des querelles héréditaires. Voici en effet un exemple édifiant pour les dirigeants de la France et de l'Allemagne. Il y a là aussi la preuve éclatante que les dirigeants, et non les peuples, étaient responsables de la lenteur des progrès du projet paneuropéen.

Nous en sommes venus à parler des questions raciales. Venizelos soutint qu'il n'y avait pas de différences raciales entre les Grecs et les Turcs. « Ceux qui continuaient à adhérer à l'Eglise chrétienne, disait-il, étaient considérés comme des Grecs, tandis que ceux qui adhéraient à la foi musulmane devenaient des Turcs. Si mes ancêtres étaient devenus musulmans et ceux de Kemal disciples du Christ, je serais aujourd'hui turc et lui grec. » Pour souligner ce point, Venizelos m'a raconté qu'à Ankara, il avait assisté à un défilé de scouts : la proportion de Turcs aux cheveux clairs parmi ceux qui marchaient était d'environ un tiers, plus importante, en fait, que chez les scouts athéniens. Au cours de notre discussion, Venizelos m'a convaincu de la nécessité d'inclure la Turquie dans le projet paneuropéen. J'avais délibérément laissé cette question ouverte à cause du caractère partiellement asiatique de la Turquie. Mais Venizelos a fait savoir qu'étant donné la communauté d'intérêts qui s'était maintenant établie entre les deux pays, la Grèce aurait du mal à poursuivre sa collaboration, à moins que la Turquie ne trouve également une place dans l'Union."

Richard Coudenhove-Kalergi, "La race européenne", Nouveaux Cahiers, n° 36, 15 décembre 1938 :

"L'aryanisme est un attentat contre l'idée de la race blanche, contre la communauté de sang européenne : et pour finir, contre l'idée européenne elle-même. Car le concept d'Europe est indissolublement lié à l'idée de race, de culture blanche.

Voir également : Kémalisme : les théories raciales au service de la paix
  
Le kémalisme : un nationalisme ouvert et pacifique

lundi 12 février 2018

Mustafa Kemal Atatürk : ce qu'il était, ce qu'il n'était pas




Philippe de Zara, "Profils de dictateurs : Mustapha Kémal", Sept (hebdomadaire du temps présent), 28 avril 1934 :

"Les sceptiques — et ses adversaires — ont commencé par traiter de bolchevik ce défenseur tenace de la propriété, — puis d'athée ce déiste à la Robespierre qui a mis le Coran à la portée de tous, — puis de fauteur de désordre, cet avant-courrier de la civilisation européenne vers l'Orient, — puis de militariste ce chef pacifique qui a réussi à dissoudre la haine gréco-turque cinq fois séculaire et à vivre en harmonie avec tous ses voisins, — puis de xénophobe, ce libéral sous le règne duquel nos écoles religieuses ont atteint leur maximum d'élèves. On a prédit, chaque mois d'abord, sa chute pour le mois suivant, puis chaque année pour l'année suivante : Mustapha Kémal est toujours Président à vie de la République turque."

Voir également : Qui était Mustafa Kemal Atatürk ?

L'autoritarisme kémaliste

L'étatisme kémaliste

Le kémalisme et l'islam

Le kémalisme : un nationalisme ouvert et pacifique

Un génie de ce temps : Kemal Atatürk

La mort du Ghazi (1938)